Le burlesque et le grotesque qui déclenchent le rire cachent, comme souvent, une angoisse profonde de l'existence et un art du raté, qui fait rire le public seulement parce qu'il est ressenti comme sans conséquence et parce qu'il arrive à un autre. Cette ambiguïté du rire vient donner une profondeur à ce spectacle qui parle donc différemment mais avec le même plaisir à des public divers et de tous âges.
Catégorie : Critique de spectacle
BIOPHONY / SAND par ALONZO KING LINES BALLET
Alonzo King est sans conteste l'un des chorégraphes les plus importants de la côte ouest. Il nous arrive donc des États-Unis avec sa troupe époustouflante de technique pour deux créations parfaitement maîtrisées et très caractéristiques de son travail, toujours en collaboration étroite avec des artistes performants.
Combat de nègre et de chiens de Bernard-Marie Koltès dans une mise en scène de Laurent Vacher (Cie du Bredin)
Par une curieuse inversion, cette pièce que l'on croyait cathartique s'avère diagnostique. Telle est l'oblique énonciation des désirs que Laurent Vacher puise chez Koltès. Sa mise en scène nous piège finalement moins au jeu des désirs des personnages qu'au jeu des nôtres, si occidentaux : faire de la couleur de peau la cause de l'explosion ne vise-t-il pas inconsciemment à en disculper ceux que nous disons hautement désapprouver ?
Al Atlal, chant pour ma mère, par Norah Krief
Norah Krief entre sur scène. Elle se met à chanter, elle rajeunit alors de 10 ans. Elle se place ensuite, humblement, en spectatrice de ses musiciens. Elle rajeunit alors encore. A la fin du spectacle, au bout de cette heure de doux voyage, le miracle est accompli, et Norah Krief n'a plus que 10 ans, ou peut-être 1000. Et quand Norah Krief sort de scène, elle ne quitte jamais nos esprits ni nos cœurs.
Mirages et miracles, une exposition d’Adrien M et Claire B
Alors l'expérience est aussi belle que terrifiante. Mais elle parvient surtout à provoquer le débat, à amener des questions, qu'on aurait tendance à accepter en tant que telles, sur le devant de la scène, à nous pousser à nous interroger sur ces nouveautés et leurs implications. Car si elles ne sont qu'outils, et peuvent donc être utilisées par les hommes pour des activités nobles et humaines, les potentiels excès qui les entourent peuvent aussi inquiéter, tant qu'on ne prend pas conscience de leur nécessaire contrôle. Mais le pari de créer du beau, sous différentes formes, avec l'aide du numérique est remporté ici par le duo d'artiste.
20 000 lieues sous les mers, de Jules Verne, par la troupe du Français
Ce voyage permet donc à la fois de voyager dans un monde enfantin et merveilleux, avec une puissance créatrice sans limite qui ouvre les portes d'une illusion largement poétique ; sans pour autant oublier la portée philosophique et ontologique du texte. La mise en scène traduit ainsi sans les trahir les grands axes de l'oeuvre de Jules Verne, charmant un public de tout âge.
