Mirages et miracles, une exposition d’Adrien M et Claire B

Aux Subsistances à Lyon jusqu’au 22 décembre dans le cadre du festival Nuage Numérique

Une expérience aussi belle que terrifiante

Comme on a pu le voir dans différents spectacles de cette saison, les nouvelles technologies qui ont envahi et transformé nos vies envahissent et transforment aussi le théâtre et les autres domaines artistiques. La compagnie Adrien M & Claire B travaille sur ces sujets depuis de nombreuses années, utilisant le numérique dans leur recherche autour des différents moyens du mouvement.

Cette saison, ils explorent ces thématiques dans une forme un peu nouvelle : une exposition d’art, que le public visite en plusieurs temps distincts. Dans une première partie, le spectateur est invité à observer au travers d’un iPad des œuvres de Claire Bardainne, œuvres graphiques en noir et blanc qui envahissent l’espace lorsqu’on les voit via l’écran, et autour desquelles on peut tourner, changer de point de vue, et observer le mouvement depuis n’importe quelle source. Chaque spectateur peut donc se faire son propre spectacle, choisir ce qu’il regarde, et d’où. Au-delà de la prouesse technique, les œuvres en mouvement apportent une profondeur poétique au tracé en 2D sur la feuille, même si parfois cela se fait aux dépens de l’œuvre : le spectateur peut être tenté de ne regarder que le mouvement dans l’écran, sans plus prêter attention à l’oeuvre originale.

Ces différentes animations peuvent prendre différentes formes : tracés abstraits, images conceptuelles, ou encore silhouettes sombres qui utilisent leur environnement. Le dessin tracé est souvent accompagné d’une ou plusieurs pierres : le minéral naturel brut est souligné par une oeuvre humaine artistique, sur laquelle s’ajoute encore cette création numérique, que d’aucuns ont encore du mal à caractériser d’artistique, du fait de sa technicité. Cette multiplication des couches et des formes crée l’oeuvre, que le spectateur appréhende donc seul face à son écran. La notion de public est rompue, même si souvent on se retrouve à discuter et débattre de ce qu’on voit.

Car cette exposition soulève beaucoup de questions, de débats, et d’inquiétudes. D’autant plus dans la seconde partie de l’exposition, qui utilise les technologies de la réalité virtuelle pour proposer une expérience complètement immersive au spectateur. Dans deux dispositifs distincts, l’homme devient un démiurge, un créateur qui de ses mains modèle la glaise pour construire un univers sablé, ou par la danse fait se mouvoir des corps holographiques poétiques.

Alors l’expérience est aussi belle que terrifiante. Mais elle parvient surtout à provoquer le débat, à amener des questions, qu’on aurait tendance à accepter en tant que telles, sur le devant de la scène, à nous pousser à nous interroger sur ces nouveautés et leurs implications. Car si elles ne sont qu’outils, et peuvent donc être utilisées par les hommes pour des activités nobles et humaines, les potentiels excès qui les entourent peuvent aussi inquiéter, tant qu’on ne prend pas conscience de leur nécessaire contrôle. Mais le pari de créer du beau, sous différentes formes, avec l’aide du numérique est remporté ici par le duo d’artiste.

Louise Rulh

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