Festival d’Avignon OFF

Les comédies musicales au Festival d’Avignon OFF

A l’heure où le théâtre musical s’invite au Festival d’Avignon avec plus ou moins de succès (L’Amour vainqueur de Py par exemple), on se dit que le théâtre public a parfois à apprendre du théâtre privé, et le Festival d’Avignon du festival d’Avignon Off. Ainsi, en France la culture de la comédie musicale est liée à des réseaux de diffusion très différents des canaux traditionnels du théâtre public, et cela nous empêche parfois de croiser dans les salles labellisées du territoire des œuvres novatrices, intéressantes et profondes. Etat de fait à réinterroger ? Voici en tout cas un bref florilège des comédies musicales qu’on a pu apprécier au Festival d’Avignon OFF cette année.

COMEDIENS ! [de Raphaël Bancou, Eric Chantelauze, Samuel Sené par Nouvelle scène Prod, au théâtre de l’Oulle à 17h30

comédiens affiche off

Entrez dans les coulisses d’un spectacle juste avant le lever de rideau. Trois comédiens se préparent tant bien que mal à jouer le soir même leur pièce : malgré le fait que seule une moitié du décor soit arrivée, que l’un des comédiens soit un remplaçant qui n’a pas encore pu bien répéter, que l’auteur soit stressé par la première présentation de son œuvre à Paris… Ils essayent de faire face aux difficultés avec le courage des comédiens qui rêvent leur métier.

Il s’agit d’un spectacle – hommage à ce métier et à tout l’univers du théâtre –  au cours duquel on assiste à des répétitions, puis à sa première… Qui ne se passera bien sûr pas comme prévu.

L’intégration de la musique est ici complètement intra-diégétique, elle fait vivre les personnages qui répètent eux-mêmes une comédie musicale. Comme le spectacle est conçu comme un mille-feuille qui superpose plusieurs cadres narratifs en mise en abîme, la musique s’adapte à cette complexité et permet des liens entre les différentes strates de la narration.

Les comédiens sont justes, ils excellent à changer de registre entre les moments où ils “jouent qu’ils sont en train de jouer” et les moments où on en vient à oublier qu’ils jouent. La mise en abîme repose sur leur virtuosité en jeu qui leur permet de basculer sans cesse entre les différents registres de l’histoire. L’humour n’empêche pas de bâtir la tragédie qui s’annonce, et de nous entraîner malgré nous dans un univers brutalement commun, en opposition au lyrisme de la pièce répétée.

Un bijou d’écriture donc, qui nous emmène de manière très fine et pertinente dans les coulisses d’un théâtre.

EGO SYSTEM, le musée de votre existence [de Raphaël Callandreau, Cie la Servante coprod La Voix du Poulpe, au théâtre Au coin de la lune à 12h50] 

EGO SYSTEM

Ego System c’est une comédie musicale très originale, puisqu’elle repose sur quatre comédiens-chanteurs et… C’est tout. A capella, ils nous entraînent par leur impressionnante virtuosité vocale dans le voyage intérieur d’un homme lambda en pleine crise de la trentaine.

Le sujet lui-même est particulièrement original, puisque c’est par un voyage intérieur provoqué par la drogue que notre protagoniste se retrouve mis face à lui-même, son double jeune plein de rêves, son double professionnellement ambitieux, son double militant écologiste, son double amoureux au cœur brisé… Il s’agit ici de se mettre face à la complexité de vivre avec qui on est, qui on était, et qui on rêve d’être. Retrouver une unité, pour se tenir droit dans ses baskets, en accord entre les valeurs qu’on veut défendre et les ambitions de nos vies, trouver à être socialement liés les uns aux autres dans des rapports justes et humains.

Tous ces sujets, universels et profonds, sont traités ici dans une complète simplicité, voire nudité. Plateau nu, lumières simples, peu de costumes, simplement quatre corps et quatre voix dans un espace qu’ils construisent par l’imaginaire qu’ils convoquent. Et une création musicale d’une grande richesse qui permet aux quatre chanteurs de basculer entre théâtre et chant sans cesse, et de nous entraîner dans l’union intérieure pour mieux avancer dans la vie.

LE MALADE IMAGINAIRE EN LA MAJEUR [d’après Molière, une adaptation de Raphaël Callandreau, La comédie des 3 bornes Coprod Maedesrosiers / La Voix du Poulpe, au théâtre des Corps Saints à 14h45 

MALADE

Créée par le même auteur que Ego System, Le malade imaginaire est une version en comédie musicale du texte original de Molière. La comédie originale est retranscrite par les quatre comédiens qui interprètent tous les personnages, grâce à une ingénieuse mise en scène.

La création musicale vient faire rejaillir les caractères dépeints par Molière dès l’origine du texte. Accompagnés en direct par un pianiste, Simon Froget-Legendre (qui interprète également quatre personnages…), les comédiens portent le propos autant par les parties théâtralisées que dans les parties chantées. La parfaite comédie musicale à voir si vous aimez les classiques et si vous n’avez encore jamais trop eu l’occasion de découvrir l’univers du théâtre musical…

PIEZZ’E CORE, une part de mon cœur [ de Claudia Palleschi et Léa Dubreucq, Compagnie Idéale, au Pixel à 14H05

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la Cie Idéale (photographie issue du site internet de la compagnie)

Piezz’e Core, c’est la première création d’un duo prometteur. C’est l’histoire de deux sœurs, dans un Naples appauvri par la seconde guerre mondiale. C’est l’histoire d’une fratrie qui tente de rester soudée dans l’adversité. C’est l’histoire d’un traumatisme, d’une violence, et de la manière dont le beau peut jaillir de la laideur. C’est une histoire d’espoir, c’est une histoire d’amour en famille, c’est une histoire de foi. C’est aussi une ode à une ville, personnifiée, rendue vivante et humaine, Naples.

Porté par cinq comédiens, dont deux musiciens/conteurs/narrateurs, le spectacle nous embarque dans un univers complexe et violent, où la beauté n’est jamais loin mais où la misère reste présente. L’utilisation des masques de comedia dell’arte est brillante, elle permet de mettre à distance certaines scènes très violentes et au contraire d’humaniser les personnages qui interagissent avec, par contraste.

Un premier pari brillamment remporté par les deux jeunes autrices donc, et un spectacle à voir pour tous les amoureux d’Italie et de chansons traditionnelles napolitaines.

Louise Rulh.

Hurt me Tender / Compagnie CirkVOST au Festival Villeneuve en scène

Deux dernières représentations à venir le 20 et le 21 Juillet à la Plaine de l’Abbaye

Blesse-moi, tendrement ?

Sous un immense chapiteau rouge de presque trente mètres de haut, vous êtes conviés à un véritable « show » où déjà sur scène attendent une batterie étincelante et ses acolytes électriques, guitare, basse, synthé, micros. Une femme hurle dans le public, cherche sa place, pousse un homme assis, tombe… Le spectacle commence en trombe dans un humour proche du burlesque quand retentit la musique. Les acrobates sont tous là dans le public et commencent à danser avant de descendre sur scène.

Une grande énergie se dégage de la troupe qui, par un jeu de « je t’aime moi non plus » va habiter le plateau, les gradins, et surtout les airs. En effet, leurs corps taillés au fil du temps dans leur art qu’ils maîtrisent s’enlacent violemment puis plus doucement. On dirait qu’ils se disputent, s’agacent, se courent après. Un couple joué par un fille un peu folle perchée sur ses rollers rétro nous fait son cinéma comme on pourrait dire, tandis que son amant essaie de la convaincre, sans doute « qu’il n’a rien fait », et tous deux finissent dans un ballet digne de patineurs sur glace. Tournant autour de ces relations sociales qui tissent un groupe d’amis de longue date, la troupe est malgré tout unie, car il le faut lorsqu’on envoie son partenaire virevolter à l’autre bout de l’arène ! Les êtres sont bruts, les femmes hurlent et pépient et à certains moments on se demande où est passé le « tender », pendant du « hurt me ». Car les scènes intermédiaires aux numéros virtuoses manquent parfois d’authenticité, de tendresse justement, et on peut rester sur une sensation de prétexte malgré la volonté très certaine d’emmener le spectateur dans une narration.

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© P.Rigo / CirkVOST

Au delà de ce ballet festif, la musique prend une place particulière. Déjà, la présence des musiciens sur scène jouant un rock proche d’un univers electro aux accents Bowie rythme à merveille la pièce ; ils font intégralement partie de la création et sont attentifs à la gestuelle des interprètes.  Le chanteur relève son col, un instant nous sommes dans un bar un peu ringard au fin fond des années 90. On est de fait très entraîné, et le groupe réussit à tenir éveillé le public jusqu’à ce qu’il aille spontanément danser à la fin spectacle.

Ainsi, avec Hurt me tender, le cirkVOST emmène le public dans un spectacle qui fait du bien, coupant le souffle avec ces voltigeurs, qui par ailleurs jouent avec facilité de chutes assumées allant dans la continuité de l’univers. On en sort heureux, et c’est bien ce qui fait qu’au fond, c’est un moment réussi.

Eléonore Kolar

Mise en scène Florent Bergal assisté de François Juliot. Regard acrobatique Germain Guillemot du Cirque Soleil. Durée 1h. Acrobates Benoît Belleville, Arnaud Cabochette, Théo Dubray, Sebastien Lepine, Jef Naets, Océane Peillet, Jean Pellegrini, Tiziana Prota, Elie Rauzier, Cécile Yvinec. Musiciens Johann Candoré, Kevin Laval, Benjamin Nogaret, Lionel Malric. Créations lumières Simon Delescluse, Christophe Schaeffer. Technique Frédéric Vitale, Christophe Henry, Simon Delescluse, Maxime Leneyle. Costumes Anaïs Forasetto

Echos Ruraux par la Cie Les Entichés

Jusqu’au 24 Juillet à 10H00 (les jours pairs) au Théâtre du Train Bleu dans le cadre du Festival d’Avignon OFF

Une indignation essentielle

En France, un agriculteur se suicide tous les deux jours. C’est 20 à 30% de plus que dans les autres catégories socio-professionnelles. C’est d’ailleurs la seconde cause de mortalité dans ce milieu, après le cancer.

Ces chiffres effarants, on les connait. Ils résonnent avec des mots comme “crise du lait”, “importations”, “passage au bio”, “économies locales et circulaires”, “baisse des prix du marché”. Ils impliquent aussi souffrance animale des bêtes élevées, et souffrance psychologique des agriculteurs. Ils appellent aussi avec eux les thèmes traditionnels de “montée du FN dans les campagnes”, “baisse des services publics”, “désertification rurale”, “centralisation et concentration dans les villes”…

Alors comment parler de ça ? Au théâtre, au plateau, comment faire parler ces sujets de manière claire mais pas démagogique, de manière frontale mais pas simpliste, de manière douce mais révoltée ? C’est le pari que relève la compagnie des Entichés avec cette nouvelle création.

échos ruraux

Source Facebook de la Compagnie les Entichés

Comme pour leur précédent spectacle, Provisoire-s, l’équipe artistique est partie chercher les mots sur le territoire, sans idées préconçues, en essayant de s’imprégner, de comprendre, sans juger, en évitant absolument une posture de bobos parisiens revenus en ruralité pour crier un discours convenu et préparé sur les places publiques. Grâce à des entretiens, à des ateliers, ils réunissent un matériau riche, nuancé, complexe, qui leur permet de créer un spectacle en fictionnalisant un cadre narratif dans lequel viennent s’inscrire toutes les individualités diverses rencontrées.

On suit donc le parcours d’un jeune agriculteur qui reprend la ferme familiale, de sa sœur partie à Paris qui revient un peu plus étrangère à chaque jour, de la grand-mère inquiète et perdue dans un monde qui ne l’inclut plus, de l’aide-soignante qui prend soin d’elle tant que son poste est financé par la communauté de commune, du néo-rural qui quitte une vie bien rangée pour essayer de faire du maraîchage autrement en retournant à la terre, de l’assistante sociale dépassée qui fait de son mieux pour inventer des solutions, du maire qui s’épuise à vouloir faire revivre son village… et toute une autre galerie de personnages.

Incarnés avec humour par une bande de jeunes comédiens, ces personnages sont saisis en actes avec une justesse qui ne tombe pas dans la caricature et évite toujours la simplification du propos. Sans jugement, on assiste au dérèglement d’un monde qui court à sa perte et délaisse l’humain au profit de rentabilité, productivité et compétitivité. Et on comprend mieux les réactions perdues et désespérées (et donc parfois désespérantes) des victimes de ce jeu de dupes.

La colère qui explose à la fin du spectacle sonne juste. On s’indigne, on est saisis, on est empathiques. Et on se demande quoi faire de plus, de mieux, pour inverser les rapports et sortir de l’impasse. Or, peut-être que cette reconnexion empathique à ces proches-lointains est déjà un pas, une réponse, une proposition. Et pour cela, merci les Entichés.

Louise Rulh.

On est sauvages comme on peut par le Collectif Greta Koetz

Vu au théâtre des Doms, spectacle joué jusqu’au 27 juillet à 19h40

Bienvenue à table !

Au repas des invités vous êtes tous et toutes les bienvenus ! Thomas et Léa nous accueillent, enthousiastes à l’idée de recevoir à nouveau du monde aujourd’hui que Thomas va mieux, qu’il est presque… guéri. Le public est accueilli au même titre que Marie et Antoine pour partager un repas, revenir à un état de sociabilité, pour un homme dont on comprend qu’il a perdu toute habitude et toute facilité de connexion avec les autres. On comprend rapidement que leur cellule de couple s’est isolée, s’est déshabituée aux relations humaines normales et saines, suite à un probable burn out de Thomas. Ils sont ravis de retrouver un peu de chaleur humaine, par le couple invité et la présence du public, et le début du spectacle s’écoule dans un espace drôle, léger, frais et dans lequel on sent pourtant affleurer des situations de gêne extrême, de malaise drôle et décalé dû à cette distance bizarre d’un couple isolé depuis longtemps qui a oublié comment marchent les relations humaines les plus simples.

Un couple isolé… Et pourtant jamais seul, puisqu’il y a une troisième cellule, un homme seul, muet, mais toujours présent, qui vient jouer la bande son de leurs vies. Pas ignoré par les autres, pas non plus pris en compte, il est le témoin muet et central du jeu des conventions qui s’exerce entre ces deux couples réunis autour de la table. Car c’est au fond ce qu’interroge ce spectacle : une observation des conventions sociales, polies, lissées. Ce vernis est interrogé de trois manières différentes au fur et à mesure du spectacle : d’abord par la présence de ce personnage présent, muet, phare et roc autour duquel s’agitent les personnages en tous sens. Il marque un bloc dans l’espace autour desquels on voit s’agencer les rapports humains entre les deux couples.

Mais aussi par la présence et l’inclusion du public. Fi du 4ème mur, le public est là comme un invité au même titre que les autres. Seulement c’est bien connu, c’est le public qui continue à faire exister un 4ème mur même quand les artistes le détruisent. C’est le public qui se croit invisible, qui se croit masse collective anonyme, qui se croit regard omnipotent qui a tous les droits puisqu’il est hors du cadre de la narration. Or, ici… La prise en compte directe et complète du public est un mécanisme qui fait exploser le vernis. Si chacun des membres individuels du public était invité en son nom à manger chez des amis, la violence et le haut degré de gêne qui se dégage des relations étranges de ces deux couples l’impacterait tout autant que ces pauvres personnages englués dans les conventions sociales de la politesse. Mais en tant que collectif, le public est impoli, sans filtre, sans limite : il rit aux situations gênantes, il marque son extériorité, il souligne les bizarreries des autres qu’on aurait préféré faire disparaître. De ce fait, et puisqu’il n’est pas ignoré par les comédiens, pour qui le mur n’existe pas, puisqu’il est introduit dans l’espace intime du dîner, puisqu’il est présent à cette table, sa présence et ses réactions soulignent avec violence et beaucoup d’humour en même temps le décalage avec les normes sociales et de politesse qui régissent les relations entre les êtres humains adultes et civilisés.

On est sauvages comme on peut / Théâtre National Wallonie-Bruxelles / Théâtre des Doms Avignon OFF 2019 © Dominique Houcmant – Goldo

Le spectacle ensuite interroge ces conventions sociales par un troisième moyen : en les faisant disparaître, complètement et absolument, dans la deuxième moitié du spectacle, en s’agitant dans tous les excès pour faire tomber les couches successives de vernis accrochées. Paradoxalement, c’est le personnage muet, jusqu’alors garant-témoin de ces relations codées, qui fait bouger les lignes le premier. Un premier geste absurde, et c’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase (c’est le cas de le dire) : les comédiens rejoignent le public dans cette liberté complète donnée par le théâtre, ils se libèrent du monde humain de la vraie vie et entrent dans la farce, l’absurde, le grotesque, bref le spectacle vivant. Finies les conventions, les politesses, le fait de se surveiller soi-même en permanence pour ne pas gêner les autres ou vivre la Honte par le regard d’autrui. Comme le spectateur protégé par son statut de public, les comédiens protégés par le statut des personnages qu’ils incarnent deviennent à leur tour des êtres agissants sans aucun filtre. Explosion du “ça” freudien, fin des filtres humains. La moindre pensée, qu’elle soit trash, pornographique, violente, cannibale, monstrueuse, qui peut traverser la tête d’un adulte civilisé sans être mise en pratique est à présent immédiatement exécutée. Stop aux limites psychologiques, stop aux choses raisonnables, stop aux cheminements logiques et rationnels dans la narration.

Le vernis explose, et laisse voir la sauvagerie, qui renvoie alors le public qui était jusqu’alors impoli mais raisonné face à l’étape ultime de ce processus qui consiste à effacer les filtres de la sociabilité, l’amenant à se poser cette question : et moi, ma sauvagerie, elle s’exprimerait comment si je la laissais libre de s’exprimer absolument pleinement ? Si j’allais au bout de ce chemin ? Nous aurions des surprises sans doute. Expérience incroyable donc que la traversée de ce spectacle si intelligent, si drôle, et si bien mené et joué. Exaltant, fin, profond aussi et très intense. Alors que vive la sauvagerie : après tout… On est sauvages comme on peut.

Louise Rulh

Road movie en HLM mis en scène par Cécile Dumoutier

Vu au théâtre de l’Artéphile

Une épopée maternelle aux accents féministes

La petite salle de l’Artéphile accueille pendant toute la durée du festival un seul en scène de la tête brulée déterminée Cécile Dumoutier, dans lequel elle retrace son parcours de mère célibataire dans une vie de petites galères et de beauté construite à force de bouts de ficelle. Avec détermination et courage, elle parvient à construire un quotidien sain et prometteur pour elle et son petit Loup, mais surtout à se reconstruire elle-même, après un grand changement de vie et une période difficile.

© Stéphane Ouradou

Car un enfant c’est un bouleversement, alors associé à une séparation, un déménagement et aux aléas de la vie, Cécile est passée par des années de changement radical. Elle se fixe alors comme objectif de s’adresser à la caméra tous les soirs, filmée de face, afin de garder trace de ces quelques années d’évolution. Matière première du spectacle, ces entretiens avec elle-même permettent d’entrer dans l’incroyable et irrévocable processus du changement, qui ne se fait que touche par touche chaque jour de manière imperceptible mais se révèle radical et total.

Radical et total, il l’est aussi, ce processus qu’elle parvient à s’imposer à elle-même, l’aidant peu à peu à s’accepter, à s’aimer. Construire sa nouvelle vie passe par cette acceptation, et notamment de son corps, changeant au fil des ans et particulièrement après une naissance. C’est là que la pièce prend des accents féministes plus que salutaires, touchant à des sujets de société tels que le bodypositivisme, le chemin vers l’amour de soi, la nécessité pour une femme de s’imposer et de travailler à déconstruire les normes imposées restrictives et réductrices, notamment en matière de beauté. Cependant ce travail sur le corps va de pair avec un travail sur les aspects plus intellectuels ou moraux, prendre confiance en soi passant également par la capacité à reprendre un travail artistique, à se sentir capable de garder sa vie en main, à garder le contrôle sur le monde extérieur et sur les émotions qu’on est amené à ressentir. Le spectacle travaille ainsi sur les questions du bonheur, de l’épanouissement personnel, professionnel et familial, de manière concrète et philosophique à la fois.

En effet, la langue du spectacle est un autre élément central de cette performance. Alternant sans cesse entre anecdotes crues, concrètes et scènes plus poétiques, la comédienne évolue entre lyrisme et trivial à chaque tableau. Et de la même manière que les mots simples savent se faire envolées, le corps en jeu devient parfois chorégraphié. La gestion du geste évoque en effet ce que les anglos-saxons aiment à appeler « physical theater ». Le mouvement, s’il n’est pas chorégraphié à une intensité qui classerait à proprement parler le spectacle dans la catégorie des spectacles de danse, est utilisé comme moteur de sens à de multiples endroits, outil sensible en adéquation avec le propos du spectacle.

Cette dimension est enfin amplifiée par la présence au plateau de la musicienne qui a composé et joue en live la musique et l’environnement sonore de la pièce. Ce seul en scène est donc un duo, la comédienne étant sans cesse placée sous le regard bienveillant de la musicienne qu’on devine derrière un voile. Personnage témoin, qui accompagne et soutient le processus libératoire de Cécile Dumoutier par sa musique, elle vient teinter d’une autre aura la solitude de notre protagoniste. Outre sa présence riche, la puissance de la composition musicale illumine et soutient le texte porté au plateau.

Ainsi dans cette proposition qui lie des thèmes de société et à des sujets très politiques, la puissance du texte liée à celle de la musique permet de construire une performance riche et sensible dans une grande simplicité. Et de voir une épopée douloureuse s’achever dans la certitude que ce petit Loup est bien accompagné et bien entouré dans ce monde piquant qui peut se charger de tant de douceur.

Louise Rulh.

Épilogue de l’Alchimie du Verbe pour l’édition 2016 du Festival d’Avignon

Cette année encore, nous avons été présent sur Avignon tout au long du festival et nous vous remercions tous pour votre attention portée à notre travail de critique dramatique. Ainsi, nous avons pu assister cette année à pas moins d’une quarantaine de spectacle. Nous avons publié 36 critiques de spectacles. Raphaël a pu réalisé dans son travail à l’écho des planches une dizaine d’itws, un plateau Regards Intimes, une émission spéciale avec Olivier Py et enfin un reportage. Son travail à la radio est d’une aussi grande importance pour lui que le travail de Blogger puisqu’il lui permet de travailler avec une équipe formidable toujours prodigue de précieux conseils. Nous commençons ainsi cet épilogue en remerciant Luc Magrina directeur de la radio pour son soutien et sa confiance, Sarah Hauthesserre pour ses précieux conseils et Antoine Maignan.

Nous en profitons également pour remercier les équipes du Festival d’Avignon, sans qui ce blog et notre venue à Avignon ne serait pas possible. Nous remercions ainsi l’Opus 64 pour leur accompagnement pour le Festival In, ainsi que Jean Philippe Rigaud et Pascal Zelcer pour leur indéfectible soutien à notre travail dans le Festival OFF.

Pour le Festival OFF, Charlotte Auloy a publié deux articles sur  Marguerite D et Conte d’une révolution. Noéllïe Mariani a pu en publié un sur le spectacle de la très belle compagnie des Vivi qui jouait cette année une très belle adaptation d’Alceste d’Euripide. Raphaël Baptiste a publié 15 critiques de spectacle sur le Festival OFF dont une publiée sur IO à propos d’Artaud Passion, très beau travail de la compagnie Terrain de Jeu.

Il a pu également dans le cadre de son stage à l’écho des planches, une radio éphémère basée à la Maison Jean Vilar, réalisé deux itws d’artistes du OFF :

Frédéric Farge, metteur en scène du spectacle Les Créanciers

Thomas Pouget, metteur en scène et comédien du spectacle Épître aux jeunes acteurs

Dans le cadre de la programmation des Outre-mer en Avignon, Raphaël a pu également publié 4 articles, réalisé un reportage sur la Gazette I/O. Enfin dans le cadre de son stage à la radio l’écho des planches, il a pu réalisé un plateau avec une émission Regards Intimes en direct en présence d’Aliou Cissé, de Bernard Lagier et de El Madjid Saindou pour évoquer leurs travaux en Outre-Mer :

Regards Intimes spécial Outre-Mer / Podcast de l’émission

Il y a seulement deux spectacles pour lesquels nous n’avons pas daigné écrire. Pour Timeline qui jouait au Girasole parce que leur spectacle ne valait absolument rien et mériterait la palme de la nullité absolue pour ce festival OFF, et l’Arrache-Cœur qui jouait à l’Atelier 44 par manque d’inspirations et de motivations même si ce spectacle était par ailleurs assez bien.

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Pour le Festival IN, Raphaël a publié 18 articles pour 21 spectacles vus. Il n’a écrit ni pour le spectacle de Marie Chouinard ni pour celui d’Amos Gitaï. Un article sur le spectacle d’Olivier Py, Eschyle Pièces de Guerre paraîtra d’ici quelques semaines.

Dans le cadre de son travail à l’écho des planches, Raphaël a pu assister chaque jour au point presse du IN, et aux dialogues artistes-spectateur, de même qu’il a pu réalisé un certain nombre d’entretiens avec les artistes suivants :

Un regards Intimes Spécial en compagnie d’Olivier Py

Dans le cadre son émission L’écho des artistes, Raphaël a pu rencontré :

Le BlitzTheaterGroupCornélia RainerMaëlle PoésyGianina CarbunariuArnaud MeunierMohammad Al Attar et Les FC Bergmann.

Il a pu également réalisé une itw de Patrick Boucheron à la suite d’une Controverse du Monde.

Dans le cadre des Bînomes, Raphaël a également réalisé un reportage dans lequel se trouve un entretien avec Daniel Danis : Binômes du 19 Juillet.

Nous allons à présent ordonner notre traditionnel classement, cette année, nous retiendrons ancrés dans nos mémoires et dans nos cœurs plus particulièrement 6 Spectacles pour leurs grandes et orageuses qualités artistiques parfois teintées de génie :

Pour le OFF :

Bérénice de Racine dans une mise en scène de Maxim Prévot par la compagnie Les Rivages

Épîtres aux Jeunes Acteurs pour que la parole soit rendue à la parole dans une mise en scène de Thomas Pouget par la Compagnie de la Joie Errante

L’Orchidée Violée de Bernard Lagier  dans une mise en scène de Hassane Kassi Kouyaté

Pour le IN

Le collectif des FC Bergmann pour Het Land Nod

Angelica Liddell avec ¿QUÉ HARÉ YO CON ESTA ESPADA?

La Dictatura de Lo Cool de Marco Layera.

Hors catégorie, il nous faut souligner la beauté du travail d’Olivier Py avec ses trois comédiens autour d’Eschyle. Il y eut tant d’autres spectacles, tout aussi bon les uns les autres que les citer tous serait périlleux. Olivier Py et la direction du Festival In ont en effet cette année, créer un cru exceptionnel de théâtre.

C’est après cette sorte de récapitulatif que l’Alchimie du Verbe remercie tous ses lecteurs t vous souhaite un très bel été.

On se retrouve l’année prochaine, et pour les dizaines d’années qui viennent !

Raphaël Baptiste, rédacteur en chef de l’Alchimie du Verbe.