Théâtre en Mai

Sous d’autres cieux d’après l’Enéide de Virgile [Cie Crossroad]

Libre adaptation et Mise en scène Maëlle Poésy / Libre adaptation, traduction et écriture originale Kévin Keiss.

Création découverte pour sa Première au Festival Théâtre en Mai à Dijon le vendredi 31 Mai. Le spectacle sera joué au Cloître des Carmes au Festival d’Avignon du 6 au 14 juillet.

Une expérience sensorielle

L’Enéide apparaît comme un excellent choix pour extraire une matière théâtrale, loin de tout souffle épique. De fait, le texte original de Virgile décrit l’impuissance du héros face à une destinée qui serait prescrite par les dieux. Le spectacle se dévoile alors que renaît sous nos yeux cette résurgence du divin : les dieux parlent, secourent et accablent, tandis que la scénographie figure par un amoncellement de plateaux le chemin tortueux et escarpé par lequel ils descendent parmi les hommes. La terre, misérable terrain de jeu de leurs inclinations, est figurée par une étendue terreuse en même temps que son luxe précaire se révèle à travers un lustre démesuré figurant le palais de Didon, à qui Enée raconte les embuscades du fatum. Le territoire des dieux surplombe la profondeur de la scène à travers d’immenses baies vitrées qui peuvent faire apparaître ou disparaître les figures inquiétantes, humaines [tellement humaines parfois] des divinités… La scénographie met en évidence cet espace divin qui écrase la terre des hommes car il est le lieu où se fomente la violence à laquelle on doit échapper, en se faufilant parmi les naufrages annoncés et irrémédiables… Plus encore, la dramaturgie de la pièce corrobore davantage cette frontière entre l’espace divin et l’espace humain en jouant les répliques des dieux dans d’autres langues que la langue des humains.

Car adapter l’Enéide, c’est se plonger dans un monde disparu, que seule la force du théâtre peut évoquer. A travers la dramaturgie, on peut transposer une représentation du monde, ici antique, et en faire émerger les peurs pour dire quelque chose de notre temps. Cette apparente correspondance de l’œuvre avec notre époque appartient au spectateur en tant que la pièce se dévoile comme un paysage fragmenté et parcellaire, un espace qui confronte tous les drames de la vie comme la perte d’un être cher, des épreuves difficiles liées à l’exil et à la fuite d’un pays détruit par la guerre, ou encore une rupture amoureuse… C’est là toute la complexité du mythe qui ne se contente pas de raconter une histoire mais qui cherche à nous forger et à métamorphoser nos peurs en une éternelle contemplation. Même si la souffrance demeure, même si les blessures restent intactes, le corps continue de vivre et doit transposer ce renoncement passager en un désir de lutte. Et c’est là que les passages chorégraphiés prennent toute leur épaisseur : en même temps que les danseurs et les comédiens dévoilent l’épreuve physique de la traversée, leurs visages éblouis par l’effort font surgir un renouveau. Le sur-place dans la danse, son effet groupé et ses mouvements d’épaules qui donnent l’impression qu’on se dégage sans cesse du poids du destin et des dieux, incarnent parfaitement la tempête sous un crâne des exilés aussi bien que le déchaînement des flots qu’ils essuient. Ce sont dès lors non pas simplement des chorégraphies qui rythment la pièce mais bien des élans qui ponctuent la reconstruction progressive de la dignité du héros et qui donnent toute sa substance à la mise en scène.

Sous d'autres cieux Vincent Ardelet

Cie Crossroad  « Sous d »autres cieux » © Vincent Ardelet / Instagram du photographe.

En effet, montrer des êtres sans cesse brisés par de fausses espérances, ballottés entre des spectres et des morts, déchirés entre leurs désirs et l’exécution de leurs destins, c’est raconter une descente aux enfers très proche de celle que l’on pourrait vivre aujourd’hui. Cette catabase est bien effective dans l’histoire d’Énée, puisqu’elle précipite le héros dans la révélation de sa gloire future. A cette gloire future d’Énée et de ses descendants répondent les applaudissements du spectacle théâtral, célébration inouïe des valeurs humaines contre la tentation du chaos, car à la fin du spectacle, Anchise désigne les spectateurs comme les porteurs de la future gloire de Rome : nous serions les âmes des morts en attente d’une réincarnation, nous, spectateurs, précisément porteurs et garants d’une conscience du monde à travers l’idéal humaniste qui survit encore fort heureusement dans la création théâtrale contemporaine.

Les errances d’Énée en Méditerranée et la fuite de Troie sont accentuées par un jeu d’acteur qui oscille entre la déploration et le lyrisme. La force d’incantation devient force de pénétration par toute l’atmosphère que la dramaturgie déploie, et de là sort une énergie enivrante, qui se tisse peu à peu au gré et au grès des réminiscences et des renoncements du héros. Surtout, plus essentiel encore, la mise en scène parvient à situer cette action hors de tout temps, à en suspendre le cours, à lui donner un cadre presque naturel. La pièce se construit également autour d’un univers magique et mystérieux et même largement énigmatique qui donne au texte original de Virgile toute sa force d’évocation, car l’entremise de la magie et plus largement de la communication entre les vivants et les morts permet quelque chose d’unique, d’incroyablement théâtral, qui est ici représentée subtilement : c’est la possibilité de demander pardon à ceux que l’on offensât, la possibilité et même la certitude que notre culpabilité de ne pas avoir agi est un geste de désespoir envers l’autre et non pas une façon de lui rendre hommage, de le rendre à la mémoire. C’est là que porter les cendres de Troie vers le Latium prend tout son sens car il ne s’agit seulement pas de recommencer mais bien de renaître, de passer outre ce sang versé par les Grecs qui ne cesse de hurler aux oreilles d’Énée.

La dramaturgie le met parfaitement en évidence, Énée n’est pas un héros rongé par la culpabilité, attisant la volonté d’une vengeance à son égard, il est survivant des flammes et en lui brûle ce feu que sont ses pénates et son père et plus largement ses ancêtres dont la scène insuffle parfaitement l’osmose. Cela est mis en évidence par le simple fait que lorsqu’un personnage meurt, il quitte la scène alors que la lumière s’estompe peu à peu. Finalement un livre comme l’Enéide est dans le refus du spectaculaire, la mort n’est qu’une étape de la traversée. Et c’est dans ce refus du spectaculaire et dans la « simplicité » des effets scéniques que s’illustre particulièrement ce travail. Parce que là encore, on y perçoit toute une sensibilité de la metteuse en scène Maëlle Poésy qui fait avancer la pièce par petites bribes préférant à l’exécution de la geste, la cadence d’un récit qui s’installe délicatement dans chaque tableau dont la violence est toujours enclose et offerte, mais jamais subie par le spectateur. C’est un choix bien maîtrisé ici que la violence soit toujours précipitée par l’imaginaire, et jamais lancée en pleine face comme quelque chose de physique.

Tout comme Palinure qui ayant survécu aux tempêtes finit par mourir en s’endormant dans des flots apaisés, le spectateur dans les spectacles de Maëlle Poésy est forcé de contempler les tempêtes sans hystéries et sans grondements parce qu’elles résonnent plus intensément en nous que tous les artefacts exubérants que peut construire la théâtralité, que la metteuse en scène refuse ici au profit d’une expérience sensorielle et quasi mythique où le souffle de l’acteur et son regard suffisent à engendrer tout un cosmos impatient d’espérances.

R.B

Atomic Man, chant d’amour de Julie Rossello-Rochet dans une mise en scène de Lucie Rébéré [Une conception Cie LA MAISON]

Vu à Théâtre en Mai [ 30ème édition du festival au Théâtre Dijon Bourgogne] le jeudi 30 mai.

Une impossible construction de soi…

Le travail scénique est une adaptation de la pièce parue aux éditions théâtrales qui devient dans la conception du spectacle un véritable matériau pour la metteuse en scène. La pièce relate le parcours du personnage d’Arthur de sa naissance à l’aube des années 2000 jusqu’à ses 18 ans. L’histoire évolue en faisant apparaître par fragments l’ancrage familial et social [et même géopolitique] du personnage. Si la pièce écrite construit l’évolution du personnage en évoquant en filigrane les grandes catastrophes ou les événements politiques majeurs de notre modernité, la metteuse en scène a choisi de se concentrer sur les passages liés à la représentation du masculin.

De fait, le choix de se concentrer sur ce « territoire » de la pièce crée un espace scénique qui questionne d’une façon plus percutante et plus loufoque le rapport à notre propre masculinité. On perçoit par un mouvement de chronologie inversée différentes façons d’envisager son rapport au corps, d’abord à 18 ans dans son rapport à l’autre puis en passant par tous les « stades » de la découverte de soi jusqu’à la naissance, où la mise en scène souligne à quel point le commencement se fait dans une forme de chaos nourricier. Cinq comédiennes développent la choralité de la pièce en interprétant les personnages avec désinvolture et en figurant via le trépied et son micro un semblant de fil narratif. Plus encore, une des dimensions créatives de ce spectacle se situe dans les petits « truffages » qui sont comme autant de morceaux de bravoure destinés à faire rire le spectateur dans des situations où l’on doit prouver que l’on est bien un homme !

Aussi et c’est là une des grandes réussites de ce spectacle, la pièce se construit comme un laboratoire scénique où se mêlent dans le désordre, des jets poétiques qui suspendent la frénésie de la pièce et irriguent notre imaginaire de souvenirs concordants avec ce que vivrait le personnage, avec des passages davantage bruts et crus où se révèlent toutes les difficultés de la construction de soi. C’est un des fils de l’écriture qui s’incarne dans la pièce : essayer de faire advenir la vie intérieure de ce jeune homme bercée ou plutôt polluée par des représentations masculinistes, virilisantes, et brutales qui sont l’apanage de notre société moderne. C’est bien là que se situe le rôle du théâtre et de la littérature, interroger ses représentations avec ironie pour en faire émerger toute la violence intériorisée et montrer à quel point cela « dégrade » notre rapport aux autres surtout quand ces dérives culturelles et presque cultuelles font corps avec la société et cimentent non seulement notre rapport au collectif, mais sont à la base de nos complexes et au point de départ de notre repli sur soi et de notre solitude.

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Atomic Man, Chant d’amour © Jean-Louis Fernandez

Et les comédiennes incarnent parfaitement ses représentations, non pas jusqu’à la caricature, mais en essayant par l’humour de montrer le déchirement de soi qu’elles provoquent. Quand est évoquée cette idée de départ que l’homme serait un conquérant, quand on voit évoluer sur scène un groupe piloté par un « coach en séduction » qui dévalorise la femme avec un discours marketing et purement consumériste, quand on voit encore le culte du corps érigé au rang de mode de vie, quand on voit encore l’exposition à la pornographie des plus jeunes : le spectateur est autant le témoin de dialogues de sourds que l’acteur de perceptions aveuglées par une caricature du masculin que la pièce relate avec force. En effet, la dramaturgie souligne avec une grande maîtrise cette obédience adolescente qui s’interroge sur la représentation de l’amour, qui est perçu comme un acte de consommation avant d’être considéré comme une aspiration prophétique et irrationnelle.

Ceci est particulièrement prégnant dans la scène de la fête où Arthur alors adolescent se trouve dans l’impossibilité d’échanger physiquement avec une jeune fille, car un artefact théâtral, ici une grande vitre montre à quel point sa représentation de la femme et de la sexualité est tellement biaisée qu’il n’est pas encore prêt à aimer. Cela est encore plus fort quand il demande à son père comment il a eu sa mère et que son père lui dit qu’il lui a écrit des poèmes…

Dès lors, le spectacle s’il nous plonge dans la vie intérieure d’un adolescent et ses secrètes et tapageuses espérances, nous retrace également le parcours d’un enfant, qui dans la pureté qui est la sienne, grandit non pas dans l’innocence mais dans l’apprentissage nécessaire de son identité intrinsèque, celle de l’homme rêvant d’être précisément un être insensible et puissant. Les jeux d’enfants manifestent dans la pièce cette distorsion qui s’opère en grandissant et qui nous fait perdre notre rapport naturel et spontané aux autres précisément en l’absence d’un véritable humanisme à l’œuvre dans l’éducation.

C’est aussi je trouve peut-être le défaut de cette adaptation du texte original, de ne pas suffisamment montrer le contexte familial d’Arthur et surtout le regard qu’il porte sur ses parents [l’opposition avec laquelle il se définit par rapport à eux] et d’occulter les rémanences historiques qui encadrent le récit, qui montrent bien dans un équilibre permanent entre microcosme et macrocosme que les déchirements du personnage d’Arthur et son incomplétude sont le reflet d’une époque où l’impuissance dans tous les sens du terme est perçue comme un échec (le père d’Arthur reflétant cette impuissance et cette nonchalance dans la pièce tout comme l’impuissance d’Arthur à séduire une femme et même à un moment donné à bander s’impriment en miroir avec les dérèglements violents et les crises politiques de la société). L’impuissance, au lieu de provoquer la naissance de nouveaux questionnements ne ferait qu’exacerber un peu plus une haine viscérale de soi et de fait engendrerait une mélancolie maladive prévalant à un retour aux sources de l’homme sauvage, puissant, viril, celui-là même qui sera capable de combattre un ours comme le met en évidence la pièce dès les premières minutes du spectacle, celui là-même encore qui doit savoir prendre les femmes « par la chatte ». Le choix de concentrer la dramaturgie sur l’aspect masculin a aussi comme avantage de resserrer le propos et de lui assurer une meilleure cohérence scénique, le but étant dès lors, un peu dans l’esprit de la pièce, de faire d’Arthur, une sorte de spectre mutique incapable d’agir dont la fougue première de l’enfance se serait transformée en silence et en frustration…

RB.

Ceux qui errent ne se trompent pas par la compagnie Crossroad dans une mise en scène de Maëlle Poésy

( Vu au théâtre Mansart dans le cadre du Festival Théâtre en Mai à Dijon )

Ce spectacle dévoile une écriture fantasmée, décrit un univers à la fois feutré et épanoui, un monde privé d’accablement et pourtant accablé par une politique délétère. Il s’agit d’une fable poétique dont l’écriture menée par Kévin Keiss en collaboration avec Maëlle Poésy emprunte à l’univers apocalyptique et poétique de José Saramago dans son roman La Lucidité.

La fable projette des individus dans une société semblable à la nôtre, où le résultat des élections provoque un tohu-bohu : dans la capitale, les gens ont votés blanc massivement au point d’empêcher toute légitimité de représentativité au gouvernement en place.

La pièce se déroule alors que les politiciens au pouvoir essayent de faire face à cette crise et de l’endiguer par des mesures de plus en plus restrictives et autoritaires, jusqu’à assiéger la capitale et espérer la destruction de la rébellion ; le parallèle avec l’histoire de la Commune est d’ailleurs assez bien mené. La pièce corrobore un tissu qui interpelle sans cesse notre mémoire collective, ce qui donne d’ailleurs une grande force au spectacle et renforce son acuité et sa lucidité. C’est à la fois un spectacle où se mêle la politique et le théâtre puisque certaines situations et notamment dans l’érection des images scéniques créent des parfums suaves, des univers cosmiques, qui sont autant de préséances poétiques qui s’imposent et ouvrent des possibles dans nos imaginaires de spectateurs.

L’histoire et l’intrication des événements, la multiplications des situations, et l’émergence de protagonistes aux empreintes politiques différenciées font de cette pièce une sorte de thriller politique à la fois sordide et pénétrant. On sent dans l’univers théâtral inventé par les comédiens et l’ensemble des techniciens, qu’il y a une sorte de surplus, une sorte d’outrance qui nonobstant l’absurdité que pourrait engendrer de telles situations, choisit de dépasser la simple caricature, d’outrecuider les limites même de la théâtralité, de dépasser le cadre d’une réalité viciée : c’est précisément à cet endroit que le théâtre devient poésie, rompt l’accoutumance du monde euphonique auquel nous survivons chaque jour ou qui nous survit sans que nous puissions y changer quoi que ce soit pour l’instant. Le théâtre devient dès lors un véritable lieu de questionnement ou l’itinéraire des personnages nous interroge sur notre propre vie, sur nos fausses certitudes et sur notre bienséance morale bercée par de douces et rassurantes illusions démocratiques.

La mise en scène délimite et fait s’amoindrir ces espaces de discours entre l’intimité d’un cabinet ministériel qui se déchire et est contraint à la fuite, la placidité haineuse et méprisante du jeu des médias bientôt supplantée par la frêle innocence d’une journaliste qui s’émancipant du commentaire médiatique laisse libre court à sa parole, informant les gens d’une nouvelle matière naissante, et la turpitude d’un enquêteur Émile Lejeune qui finit par abandonner son enquête se rendant compte de la vanité orgueilleuse du pouvoir et de ses minauderies, entre tout cela émerge une matière poétique fragmentée. La pluie ne cesse de tomber et la scène devient dès lors un vaste bassin, où bientôt s’ébrouent des plantes, se crée de nouveaux espaces. Les images créées ne procèdent plus d’un simple décor, elles créent un univers mystique dont la douceur et la mansuétude hallucinée irriguent nos pensées de l’espoir qui fait rage en nous, entre la peur, la circonspection et la liberté insolente et belle qui jouirait en nous.

Le spectacle recèle également de quelques moments drôles liés à des références latines. Même si le texte comporte quelques zones d’ombres non-élucidée, en tout cas pour moi (peut-être une recherche trop formelle et une écriture parfois trop candide qui déleste l’intensité pourtant croissante de la fable) il n’en reste pas moins que ce spectacle embrunit le spectacle de notre démocratie et en démonte les mécanismes violents et totalitaires avec humour et gravité. Situé dans une société futuriste ou projeté dans un univers dystopique en totale contradiction avec les valeurs de la démocratie, ce travail comme toute œuvre poétique et théâtrale nous dresse un portrait satirique de notre société tout en ne jugeant pas la vanité des hommes, et en ne surenchérissant pas sur l’hypocrisie ambiante. Elle ne laisse peut-être pas assez libre parole aux citoyens qui ont massivement votés blancs, peut-être est-ce pour renforcer l’impérieuse confrontation qui les oppose au bras de fer que s’imagine le gouvernement pour les détruire à la racine, mais il manque tout de même cette parole de lucidité ; elle n’est là qu’en suspens, silencieuse, une sorte de jaillissement éteint. Les personnages des ministres parlent même de blancheur immaculée, c’est à dire d’âmes innocentes animées d’un souffle unanime. La répression de ce mouvement blanc dans la capitale est traité avec une lucidité qui montre que les dramaturges ont essayé de saisir les enjeux d’une telle dérive et d’en penser les possibles conséquences, de les imaginer en se servant d’une kyrielle d’univers tel que l’Ange Exterminateur de Buñuel ou encore Pasolini démontrant avec force l’ironie de l’impuissance, la seule vraie tragédie de l’humanité.

Ainsi ce spectacle, même s’il souffre de quelques petites longueurs et d’une sagacité parfois un peu trop mielleuse, n’en reste pas moins un excellent orage ( la didascalie shakespearienne still the storm pourrait caractériser ce texte dans son ensemble). Il demeure en nous le souvenir d’une tempête de sycophantie face à un soleil d’espérance et d’indépendance, le jeu des comédiens nous dévoilant avec éclat la précarité du pouvoir politique.

Comme l’écrit Olivier Py, «  le théâtre est une vérité errante dans le siècle » et ceux qui errent ne se trompent pas !