théâtre dijon bourgogne, théâtre en mai 2026

Faites appel à l’Agence Nationale de Recherche Cathartique ! « Sans Ulysse » de Liora Jaccottet et Pascal Cesari

36e édition de Théâtre en Mai 2026 au Théâtre Dijon Bourgogne

Retour sur la pièce « Sans Ulysse » de Liora Jaccottet et Pascal Cesari.

Et si une entreprise vous proposait ses services pour revisiter vos histoires du passé afin de leur donner une fin qu’elles n’ont jamais eue, seriez-vous prêt à faire appel à elle ? Auriez-vous envie que des inconnus s’emparent d’une histoire dont vous peinez à comprendre les tenants et les aboutissants, afin de la mettre en forme une bonne fois pour toutes ? C’est le travail de l’Agence Nationale de la Recherche Cathartique (ANRC) dont fait appel une fille désemparée face à la mort de sa mère. En effet, depuis cet événement tragique, une question la taraude… à force d’espérer le retour de son mari qui l’a quittée, telle Pénélope attendant le retour d’Ulysse, serait-elle morte d’attendre ?

Crédit : Jean-Louis Fernandez

S’emparant de son histoire familiale – il ne s’agit d’autre que de la mère de la metteuse en scène, Liora Jaccottet nous propose ici une pièce tragi-comique qui reprend les codes de la tragédie grecque. En trois actes, nous suivons cette fameuse ANRC reconstituant les événements importants qui ont précédé le décès de Shoshana : à tour de rôles les trois membres de l’entreprise vont revêtir avec brio divers personnages, la mère, le père qui ici porte le nom d’Ulysse, un (très) vieux médecin qui n’a plus toute sa tête, une tante, bref tout un panel de personnages drôles et attachants qui sont convoqués sur scène pour reconstituer le puzzle.

Au delà du drame de la séparation amoureuse, la pièce « Sans Ulysse » nous fait réfléchir sur les raisons qui peuvent nous pousser à attendre qu’un événement salvateur survienne dans notre vie, qu’il soit familial, professionnel, relationnel… et sur comment cette attente va modeler une vie dépendante des circonstances extérieures. Dans l’Odyssée, Pénélope reste pourtant lucide sur le fait que rêver d’un avènement est vain et relève d’un certain orgueil, comme si les Dieux avaient tracés un joyeux destin à notre égard : « … je sais la vanité des songes et leur obscure langage !… je sais, pour les humains, combien peu s’accomplissent ». Cela ne l’a pourtant pas empêchée d’attendre de pied ferme que se réalise son rêve le plus cher. Mais n’était ce pas là un heureux hasard ?

PÉNÉLOPE : Ô mon hôte, je sais la vanité des songes et leur
obscur langage!… je sais, pour les humains, combien peu
s’accomplissent! Les songes vacillants nous viennent de deux
portes; l’une est fermée de corne; l’autre est fermée d’ivoire;
quand un songe nous vient par l’«ivoire» scié, ce n’est que
tromperies, simple «ivraie» de paroles; ceux que laisse passer
la «corne» bien polie nous «cornent» le succès du mortel qui
les voit. Odyssée, Homère, Chant XIX, Éditions Gallimard, 1955

Enfin nous passons aussi ces 1h30 à rire car tous les registres sont convoqués, allant jusqu’au pastiche de la tragédie pour nous faire traverser toutes les émotions liées à ce drame familial. Aussi complexe et difficile que soit le sujet abordé, on ressort léger, la tête amusée avec des questions sur la vie, la mort, l’amour… Finalement, l’Agence Nationale de Recherche Cathartique a bien fait son travail !

Eléonore Kolar

Conception et mise en scène Liora Jaccottet
Écritures Pascal Cesari, Liora Jaccottet
Dramaturgie Léa Romoli
Jeu Caroline Arrouas, Cécile Bournay, Pascal Cesari, Liora Jaccottet
Scénographie et lumière Manon Vergotte
Création sonore et régie générale Léa Bonhomme
Régie son Léa Bonhomme en alternance avec Manon Poirier
Costumes Jeanne Daniel-Nguyen

Laisser un commentaire