Festival d’Avignon IN 2017

Épilogue de l’Alchimie du Verbe pour l’édition 2017 du Festival d’Avignon

 

Nuages, Merveilleux Nuages… Qui se dispersent…

« Nuages Merveilleux Nuages », c’est ainsi que commençait l’édito d’Olivier Py pour cette nouvelle édition. Il y eut aussi « Je suis l’autre », « L’amour des possibles », tout un projet, toute une utopie, peut-être une chimère…

Cette année encore, les poètes ont encore été présents au monde pour défendre la Cité des périls les plus ancrés dans notre intérieur : celui de ne plus aimer la parole et de ne parler que pour communiquer en oubliant que la parole est la source d’une pensée lucide et belle, capable de transformer par l’art, une expérience toujours douloureuse du réel. Aimer ne suffit pas, il faut dire que nous aimons, pas seulement le théâtre, pas seulement les poètes, mais nos amis et tous ces gens qui font chaque année le festival, artistes, techniciens et attachés de presse que nous retrouvons avec chaleur surtout quand toute l’année a charrié son flot de marche forcée et fade.

Nous remercions particulièrement, l’équipe de l’écho des planches à travers tous ses membres qui font que nous aimons le festival comme un moment acharné de rencontres, d’échanges, d’amitiés et de passions. Une énorme pensée ici pour Luc Magrina, président de la radio, Antoine Maignan technicien réalisateur, Sarah Authesserre, rédactrice en chef, Emmanuel Serafini, journaliste animateur, et enfin les stagiaires et amis Coralie Sau, Grégoire Durif et Ondine Marin.

Pour leur quatrième festival d’Avignon avec l’Alchimie, David Pauget et Raf font aussi le bilan de leurs venues à Avignon qui coïncident avec le premier mandat d’Olivier Py. Articles, reportages, entretiens, directs, plateaux, rencontres, soirées et intenses travaux, nous vîmes des spectacles comme le théâtre vit en nous, nous persuadant d’être au monde comme jamais il ne saurait être possible de l’être autant. Quatre ans déjà que nos étés convergent vers la cité des papes, quatre ans encore que nous en cultivons la tempête, quatre ans enfin qu’Avignon nous appartient comme on croit qu’une étoile tombe pour réaliser un vœu qui nous traverse !

David Pauget et Raphaël Baptiste, rédacteurs en chef de l’Alchimie du Verbe

 


Cette année pas de classement mais simplement des mentions spéciales sur nos coups de cœur. Pour le In d’abord, le spectacle d’Olivier Balazuc l’Imparfait nous a véritablement émerveillé. De même que pour le OFF Bérénice par la compagnie Les Rivages que nous avions déjà vu l’année dernière et qui se caractérise par sa force d’interprétation hors du commun, nous a encore irradié de sa puissance !


Retrouvez le détail de nos articles, reportages et entretiens :

Nous avons vu 24 spectacles pour le blog et pour la radio l’écho des planches…

Sur la Radio l’écho des planches

Retrouvez en suivant ce lien le détail de nos travaux sur la radio l’écho des Planches

Sur l’Alchimie du Verbe

Pour le IN : Raf a écrit 10 critiques et David en a écrit 2 en anglais pour Antigone et De Meiden. Vous pouvez également les retrouver sur http://www.theatre-contemporain.net/

Pour le OFF : Raf a écrit 4 critiques et David en a composé 2. Vous pouvez les retrouver sur le site d’Avignon le OFF.

Sur I/O Gazette

Raf a écrit deux reportages, un reportage sur des lectures de David Léon à l’Artéphile, et un autre sur les spectacles d’Outre-Mer en Avignon et leurs présences menacées à Avignon.

Sur theatre-video.net :

La radio l’écho des planches a réalisé une page partenaire et mis en ligne la version filmée de quelques entretiens. Vous pouvez y retrouver un entretien d’Emma Dante par Sarah Authesserre ainsi que quatre entretiens réalisés par Raf avec Olivier Balazuc, Jean-François Matignon, et Olivier Py. L’entretien avec Satoshi Miyagi a été réalisé par David et Raf.

Vous pouvez également retrouver la rencontre aux Ateliers de la pensée, pensée, conçue par Luc Magrina et Raf  sur http://www.theatre-video.net/embed/TSfvA9uH« >theatre-video.net sur la page du festival d’Avignon avec Olivier Py, François Berreur, Joseph Danan et Pierre Banos. Elle porte sur le thème de l’édition et est animée par Raf. La rencontre fait écho à notre blog puisqu’elle fait partie d’un cycle intitulé « Du texte au plateau : Fixer des vertiges ».

 

 

 

 

Les Podcasts de Raf rédacteur en chef de l’Alchimie sur la radio l’écho des planches

La radio l’écho des planches

Raf travaille en tant que stagiaire dans cette radio depuis Juillet 2015 chaque été. Cette année, il a été désigné par Luc Magrina, président de la radio pour devenir rédacteur en chef. Il a eu en charge le travail d’organisation des plannings d’enregistrement des rencontres et des stagiaires, les liens avec les structures du festival et la gestion du site internet pour les podcasts. Cette année, il a pu réaliser quatre directs, participé à deux émissions de discussions autour des spectacles, animer une rencontre dans les Ateliers de la pensée, faire quelques entretiens et enfin un reportage.

Retrouvez sur cette page les différents contenus des podcasts qu’il a réalisé et où auxquels il a participé.

Bonne écoute à tous !

 

Animation et Conception d’une rencontre dans les Ateliers de la pensée dans la programmation du Festival d’Avignon IN

 

editeurs passeurs scene

 

Directs depuis la Calade de la Maison Jean Vilar

 

david Leon

 

ensatt

 

CULTURE OUTRE MER

 

lagarce

 

Participation à deux émissions de critique de spectacles animées par Emmanuel Serafini sur la radio l’écho des planches 

 

desprtis critiques

 

 

Réalisation d’un reportage sur Bînome avec David Pauget :

 

binome

 

Entretiens avec les artistes du Festival d’Avignon IN l’écho des artistes :

(avec David Pauget)

satoshi

 

py

 

balazuc

 

matignon

 

maud

Entretiens avec des artistes du Festival d’Avignon OFF l’écho des artistes

MESGUICH

 

rivage image manquante

 

 

 

 

 

Les Podcasts de David Pauget, rédacteur en chef adjoint de l’Alchimie du Verbe sur la radio l’écho des planches

La radio l’écho des planches

 David Pauget était présent aux côtés de l’équipe de l’écho des planches pour cette édition 2017 du Festival d’Avignon en tant que journaliste politique et culture. Retrouvez sur cette page, les différents podcasts et descriptions des différents contenus qu’il a produit et auxquels il a participé. Il s’agit essentiellement d’entretiens avec des artistes, des intellectuels et des personnalités politiques importantes pour le Festival d’Avignon 2017.

Bonne écoute à tous !

Podcats de David Pauget :

PASCAL MANGIN

 

DUMONT

 

RACHID

 

meda

 

BARBIER

 

louisp hoto

 

Contenus réalisés avec Raphaël Baptiste :

binome

 

satoshi

 

 

L’Imparfait, texte et mise en scène d’Olivier Balazuc

Par le CDN de Sartrouville et la Compagnie la Jolie Pourpoise. Le texte est édité aux éditions Actes-Sud Papiers dans la collection Heyoka jeunesse.

Jusqu’au 26 juillet à la chapelle des Pénitents Blancs (11h00 ou 15h00)

A retrouver également mon entretien avec Olivier Balazuc sur la radio l’écho des planches

Etre ou n’être pas parfait

L’Imparfait est de ces spectacles jeune public dont l’épaisseur contient en substance tout un monde de représentations qui éveillent bientôt l’ardeur d’un spectateur plus âgé. Le spectacle raconte l’histoire de Victor, un jeune garçon qui vit dans un monde parfait avec son père et sa mère, qui règnent sur un royaume de sérénité. Pourtant, il s’aperçoit bientôt que ce monde pourrait avoir des failles et décide d’en tenter l’épreuve en choisissant de ne plus se soumettre à ce modèle de perfection que lui impose ses parents. Ses parents vont alors réagir et tenter de le remettre en marche et vont pour cela acquérir un robot qui est le double parfait de leur enfant. La trame de la pièce dès lors est parfaitement agencée à l’histoire de ce petit garçon en harmonie avec l’imperfection du monde.

L’Imparfait est aussi incontestablement une prophétie théâtrale, une sorte de conte universel qui tourne en dérision notre modèle de société avec une poésie à la fois candide et lucide. En même temps, le spectacle contient quelques traits comiques délicieux et des personnages sont de véritables caricatures, tant l’exagération de leurs traits pourraient correspondre à une expérience débridée de la vie. Aussi, les comédiens dans ce travail partent d’un sentiment d’exactitude qui correspond à celui d’un monde parfait pour peu à peu tendre vers un désordre sacré comme le dirait Rimbaud, qui va modifier leur rapport au monde. Dans cet espace se situe la chambre et le salon qui sont figurés dans la mise en scène par un décor éclatant et des modules géométriques, quand un petit écran central nous permet de voir ce qui est raconté et les productions picturales de Victor. Peu à peu, cet écran qui est comme le réceptacle des effets de la mise en scène disparaît pour laisser place à une furieuse envie de retourner en enfance.

imparfait

L’imparfait © Christophe Raynaud de Lage

En vérité, il n’est à pas douter que ce texte deviendra bientôt un classique du théâtre contemporain jeunesse ou en tout cas, un texte que chaque parent devrait acheter pour le lire le soir à ses enfants. Si ce spectacle est si beau, c’est parce qu’il offre un vrai regard sur le monde, le regard d’un enfant et qui un peu à la manière de Candide, va peu à peu s’apercevoir qu’il ne vit pas dans un monde parfait. Beaucoup d’éléments de notre société qui sont aujourd’hui problématiques dans notre rapport aux autres sont ici réinvestis avec souvent beaucoup d’ironie, comme le principe des sites de rencontre ou encore les progrès de la technologie. C’est un travail qui fait sourire sans cesse mais qui contient dans son empreinte profonde et absolue, une gravité tortueuse et irréconciliable, une blessure intense qui se referme en partie à la fin de la pièce quand les parents se rendent compte de leurs erreurs. Il existe très peu de textes qui soient capables de remettre en cause avec tant de simplicité et d’harmonie le monde des adultes par le prisme d’un enfant.

Le spectacle en lui-même est composé de différents tableaux dont l’esthétique très colorée produit en nous l’impression d’un monde censément parfait mais que le metteur en scène déconstruit au fur et à mesure de la pièce. Tous les comédiens jouent l’incertitude, une incertitude malhonnête, celle qui peuple les familles, qui donne l’illusion comme le dit si justement Lagarce dans Juste la fin du monde, d’être toujours et en toute circonstance responsable de soi-même et de son destin. Le spectacle nous montre alors un miroir de notre incomplétude, tant celle de l’enfant qui se construit, que celle de l’adulte qui aux différentes étapes de la vie s’interroge sans cesse sur ce qu’il doit incarner aux yeux de ses enfants pour les faire grandir dans la vérité.

Aussi, ce spectacle est une ode à l’enfance, un texte véritablement poétique, qui bien au delà de nous montrer un couple de parents totalement fanatique de leur enfant en exagérant la sorte d’admiration qu’ils peuvent lui porter et en voulant le dégrossir à leur image, montre la liberté de l’enfant et sa possible émancipation d’un cadre trop rigide et trop lourd. C’est le pouvoir de l’enfant qui est ici mis en abyme, capable le plus souvent de déceler les moindres incertitudes et d’y réfléchir en son âme, de toujours chercher à comprendre le monde qui l’entoure, parce que le monde qui l’entoure n’existe pas comme il pourrait exister dans l’appréhension des parents. Il est toujours en devenir et sans doute plus imparfait encore que tout ce que l’on pourrait s’imaginer. Car être imparfait, c’est pour l’enfant le seul moyen de faire son expérience au monde au milieu du marasme de mièvrerie qu’on lui sert tous les jours et cette imperfection est la seule manière pour lui d’y survivre encore.

Raphaël Baptiste

The Maids by Jean Genet, directed by Katie Mitchell

played at L’Autre Scène du Grand Avignon – Vedène

Tyranny puts on the new face of modernity

In The Maids directed by Katie Michtell, tyranny puts on a new face. For those who remember the book written by Jean Genet, this new version might be somewhat disturbing. Yet, her work shows both respect for the book and its main universal themes, and her capacity to bring original ideas into a more complex world, giving it a new breath of modernity.

The staging deals with the same themes: domination, the pulse of death and murder in the relationship between the two servants, Solange and Claire, (magnificently played by Marieke Heebink and Chris Nietvelt) and their wealthy, tyrannical mistress. In a clear inversion of roles, when their mistress is away, Solange and Claire play her role, impersonate her, mistreating each other. However, there is a first change: the action takes place nowadays, and in a different place: Amsterdam. Claire and Solange are now two immigrants from Poland. We guess that these exploited underpaid women, living in dire straits, represent the new working class of Europe for Katie Mitchell, in an age of immigration. Some people would call it political correctness.

Besides, the mistress (Thomas Cammaert), is no longer a woman, but a cross-dresser. Through Katie Mitchell’s eyes, the play becomes more a reflection about patriarchy than about the domination of some women over others. She explains that she refuses to tell the story of a woman dominating others. Therefore, one must understand that this feminist vision, embodied in De Maiden, becomes an incandescent vision of the world in this Avignon festival 2017.

mitchell

De Meiden © Christophe Raynaud de Lage

Therein lies the power of the play, it is about the complexity of our world, its ambiguities. There is a fine line between dominant and dominated. Being a cross-dresser is indeed rather closer to the dominant, in our society; but domination in this play is of a social nature. The staging reinforces the domination of the mistress. A cozy all white apartment, a big bed for the mistress; her clothes and jewels on the left, the corridor on the right. We guess life is easy for her. It is also a very cold environment, as if the world had become frozen, out of time, suggested by the light effects and the slow-motion scenes which contrast with the realism of the show. What we have in front of us is not a mirror of the world, but rather the world seen through a magnifying-glass.

Tension gradually builds up as the story unfolds, and is reinforced through the music. The maids plan to kill their mistress and keep rehearsing their “ceremony” where they play her role. But the balance of power is disrupted, and the ground is shrinking beneath their feet. They have tried to get rid of Monsieur by having him thrown into prison, but he has been freed. Time is running out, as suggested by the slow-motion scenes.

This is about the illusion of choice. According to Spinoza, “Men think themselves free, because they are conscious of their volitions and their appetite, and do not think, even in their dreams, of the causes by which they are disposed to wanting and willing, because they are ignorant of [those causes]”. Madame never drinks the poisonous herbal tea as if she were aware of what was going on (“this is a tomb” she says during the play, when she sees all the white flowers around her bed), and Mister is free. As the pieces come together as in a puzzle, death appears as the only fate for Claire and Solange. There is no free-will, and the servants are like flies caught in a spider’s web. Katie Mitchell shows in this play a great capacity in giving a voice to the weak, those who are doomed to death from the very beginning.

David Pauget

 

Face à la mer, pour que les larmes deviennent des éclats de rire de Radhouane El Meddeb

par la Compagnie de Soi.

Jusqu’au 25 juillet au Cloître des Carmes

Une mer triste et rageuse

Ce spectacle est le fruit d’une réflexion sur les mutations que peuvent connaître les habitants de la Tunisie après les printemps arabes et l’image de la déconcertante désillusion face aux montées des intégrismes religieux qui remplacent peu à peu les dictatures notamment en Tunisie. La danse dès lors, on le ressent lors du spectacle devient un acte de résistance, un moment où l’on abandonne son corps mais où malgré tout on reste empreint d’une crainte terrassante. C’est là la force de ce travail, c’est que la danse ne libère en rien toutes ses craintes liées à l’identité et à un sentiment de malaise et d’impuissance politique, mais qu’à l’inverse elle en souligne le trouble éminent.

face à la mer

Face à la mer, pour que les larmes deviennent des éclats de rire © Christophe Raynaud de Lage

Aussi, la musique et le chant donnent à cette danse la trempe d’un oratorio. Il est fort dommage que nous puissions pas comprendre le contenu des chants qui sont proférés par Mohammed Ali Chebil , Jihid Khmiri et parfois les danseurs, car un sous-titrage nous permettrait d’en comprendre davantage l’intensité. La chorégraphie montre d’abord une errance, des déplacements sur un plateau qui ressemble à une sorte de plage imaginaire, qui ferait face à des dunes et à la mer dont le spectateur serait l’horizon. Le plateau est peint d’une mélancolie minérale, grimée de formes et de lignes blanches et grisâtres, pénétré d’une sereine et inquiétante pureté. Un piano s’érige et est déplacé au cœur de cet espace, faisant vibrer le théâtre des Carmes dans la douce lumière du plateau.

Il y a cinq danseurs qui sont comme des anicroches les uns pour les autres et même parfois les transitions se font par des étreintes qui sont comme autant de caresses pour rassurer et se dresser contre les larmes. Les danseurs dévoilent peu à peu un sentiment d’impossibilité, un néant de la révolte et du recommencement. Certains échanges entre les danseurs notamment le fait que parfois certains montent sur les épaules d’autres comme pour observer l’horizon, créent un écho particulier en chacun de nous et renforce cette capacité de l’humain qu’on appelle l’amour à prendre littéralement l’autre sur ses épaules, à l’épauler pour le soutenir aussi bien dans ses difficultés que dans ses ardeurs.

Pour que les larmes deviennent des éclats de rire, c’est un projet poétique, une intense réflexion sur la vie qui est la nôtre au quotidien face aux souffrances les plus diverses que nous pouvons ressentir. C’est là une définition de ce que doit être l’humain, un hymne à la joie autant qu’à la lucidité. Peu à peu, on sent la prégnance d’un combat en train de se faire, d’une solitude qui se mue bientôt en solstice pour toute une communauté et qui fait recommencer ou renaître un je ne sais quoi qui fait toute la sensibilité des êtres humains. Un des morceaux chorégraphiés nous montre un jeune homme qui tourne sur lui-même, comme s’il cherchait tel Rimbaud à fixer son vertige ou à exprimer trivialement le fait qu’il tourne en rond et que rien ne semble pouvoir lui redonner de l’inertie ou de l’espoir. Heureusement, il est stoppé net dans son élan… Là où les visages n’exprimaient rien d’autre que l’indétermination, l’angoisse et la tristesse, le chorégraphe instille peu à peu à ses danseurs des sourires.

A dire vrai, ce spectacle est déjà un souvenir, et même si sur le moment, on n’en saisit pas toute l’intensité parce qu’on est plutôt novice sur ses questionnements chorégraphiques (ce qui est mon cas), on saisit peu à peu que l’avènement du sourire remplace l’impuissance politique par la puissance du rêve, car c’est une mutation intérieure, indépendante du contexte extérieur ou plutôt dépendant de l’espérance qui nous habite, que cette capacité à sourire. Dès lors, il faut se laisser porter par ce travail intense et fragile pour observer les visages et en scruter les inclinations. La mer dont il est question pourrait être aussi le public, immensité poétique constituée par une singularité commune, celle d’être présente et d’être humain. La mer est aussi déferlante et rageuse que peut l’être un public mais toute aussi douce et placide qu’un public en paix et qui cherche dans l’œuvre d’art, une raison délibérée d’exister ailleurs que dans le monde opaque et plat que nous sert chaque jour notre société en marche vers un progrès toujours plus incertain.

Raphaël Baptiste