Festival d’Avignon IN 2017

Les Podcasts de Raf rédacteur en chef de l’Alchimie sur la radio l’écho des planches

La radio l’écho des planches

Raf travaille en tant que stagiaire dans cette radio depuis Juillet 2015 chaque été. Cette année, il a été désigné par Luc Magrina, président de la radio pour devenir rédacteur en chef. Il a eu en charge le travail d’organisation des plannings d’enregistrement des rencontres et des stagiaires, les liens avec les structures du festival et la gestion du site internet pour les podcasts. Cette année, il a pu réaliser quatre directs, participé à deux émissions de discussions autour des spectacles, animer une rencontre dans les Ateliers de la pensée, faire quelques entretiens et enfin un reportage.

Retrouvez sur cette page les différents contenus des podcasts qu’il a réalisé et où auxquels il a participé.

Bonne écoute à tous !

 

Animation et Conception d’une rencontre dans les Ateliers de la pensée dans la programmation du Festival d’Avignon IN

 

editeurs passeurs scene

 

Directs depuis la Calade de la Maison Jean Vilar

 

david Leon

 

ensatt

 

CULTURE OUTRE MER

 

lagarce

 

Participation à deux émissions de critique de spectacles animées par Emmanuel Serafini sur la radio l’écho des planches 

 

desprtis critiques

 

 

Réalisation d’un reportage sur Bînome avec David Pauget :

 

binome

 

Entretiens avec les artistes du Festival d’Avignon IN l’écho des artistes :

(avec David Pauget)

satoshi

 

py

 

balazuc

 

matignon

 

maud

Entretiens avec des artistes du Festival d’Avignon OFF l’écho des artistes

MESGUICH

 

rivage image manquante

 

 

 

 

 

Les Podcasts de David Pauget, rédacteur en chef adjoint de l’Alchimie du Verbe sur la radio l’écho des planches

La radio l’écho des planches

 David Pauget était présent aux côtés de l’équipe de l’écho des planches pour cette édition 2017 du Festival d’Avignon en tant que journaliste politique et culture. Retrouvez sur cette page, les différents podcasts et descriptions des différents contenus qu’il a produit et auxquels il a participé. Il s’agit essentiellement d’entretiens avec des artistes, des intellectuels et des personnalités politiques importantes pour le Festival d’Avignon 2017.

Bonne écoute à tous !

Podcats de David Pauget :

PASCAL MANGIN

 

DUMONT

 

RACHID

 

meda

 

BARBIER

 

louisp hoto

 

Contenus réalisés avec Raphaël Baptiste :

binome

 

satoshi

 

 

Ibsen Huis la maison d’Ibsen dans une mise en scène de Simon Stone

d’après Henrik Ibsen jusqu’au 20 juillet dans la cour du Lycée St Joseph par le Toneelgroep d’Amsterdam

un huis-clos ouvert sur notre incomplétude

Ibsen Huis est un spectacle écrit et pensé autour de l’espace central d’une maison, tant dans sa réalisation scénique que dans sa conception spirituelle. Simon Stone choisit de nous montrer une sorte de famille à travers plusieurs générations entre les années 1960 et nos jours dans un habitacle particulier qui est à la fois une maison de vacance mais aussi un monument architectural innovant. La maison devient un lieu prégnant qui connaît à différentes époques et aux différents âges des changements et des transformations, connaissant même la destruction puisqu’elle est même reconstruite par Caroline après un incendie. L’écriture de Simon Stone n’est pas véritablement une improvisation à partir des pièces d’Ibsen dont on reconnaît plus ou moins la trempe selon sa connaissance de l’œuvre d’Ibsen, c’est une véritable transposition des thèmes des œuvres d’Ibsen dans notre présent. Les catastrophes qui sont soulignées et montrées dans un silence exutoire quittent le terrain objectif des événements pour rejoindre le plan subjectif de la vie intérieure. Ce glissement est perceptible dans l’éclatement des frontières temporelles et dans l’émergence d’une famille de plus en plus indéfinie et vidée de tout idéal familial qui engendre des catastrophes dont chacun est le responsable et qui prennent la forme diffuse et discontinue d’un passé coupable. Aussi, les différents personnages de la famille dans les différents tableaux qui sont exécutés montrent dans la première partie de la pièce, des véritables scènes d’échanges quand la maison est construite et habitée qui déjà pointent des traumatismes et des névroses enfouis quand dans la seconde partie du spectacle, la maison en construction au début des années 60 ou en reconstruction en 2016 après un incendie devient une sorte d’enfer où les masques de candeur laissent place à une réalité sordide et à des drames intimes qui sont autant de saillies vers une tragédie familiale qui plonge le spectateur dans un sentiment de malaise.

Simon Stone dans le déroulement des récits et dans l’agencement des scènes et des différentes atmosphères parvient à créer un véritable espace d’horreur psychologique dans la douceur affable d’une famille, qui concentre ses non-dits et tait ses aspirations à la pureté tout en étant exsangue et toujours-déjà condamnée à une innocence complicité.

ibsen huis

Ibsen Huis © Christophe Raynaud de Lage

Les itinéraires des personnages se recomposent peu à peu au regard des différents âges de la vie, partant d’une première génération de parents dont la mère Frédérique est représentée (son mari est mort), puis de leurs enfants Cees avec sa femme Johanna et Thomas son frère que sa femme a quitté, qui ont eux-mêmes des enfants Caroline, Daniël et Vincent pour Thomas et Sebastiaan et Lena pour Cees et Johanna. Il y a enfin de enfants de la dernière dernière génération Fleur, fille de Lena et Jacob son mari et Pip, fille de Caroline. Ces différents personnages sont représentés dans des récits enchâssées les uns dans les autres et chevillés au corps de cette maison. Pour figurer ces passages temporels, Simon Stone a subtilement choisi de décomposer cette maison en différentes pièces, qui par un processus de mouvement de la maison, nous permet de découvrir nombres d’espaces. La maison ne cesse de tourner et son imposante masse noire, selon qu’elle soit emménagée ou en construction et la lumière qui la pénètre s’effile mystérieusement dans un grand fracas d’arrogance. Elle traverse toutes les situations jusqu’aux plus opprobres comme des abus sexuels, se fondant dans toutes les menaces comme celle de la peur d’avouer son homosexualité à sa famille. Il y a là cette menace permanente de voir éclater ce qui ne pourra jamais éclater car les conflits sont animées et orchestrés notamment par Cees dans une terrible et candide perversion.

Au delà, c’est une histoire de pouvoir et de reconnaissance qui se dessine, des histoires d’amour et des projets aussi idéalistes que beau comme celui de Caroline d’accueillir dans des résidences de luxe à l’image de la maison reconstruite, des migrants dans un village du Danemark et de se confronter à la méfiance insipide de ses habitants. C’est une pièce qui est totalement ibsenienne parce qu’elle nous montre sans cesse des personnages confrontés à des utopies ou à des représentations idéales qui ne correspondent plus à rien et qui sont autant de délicates intentions qui vouent à l’enfer comme le dernier acte est si justement intitulé, tout ceux qui dans leurs compromissions pour conserver l’idéal de vie qui était le leur, ont choisi de se taire au lieu de produire une belle et grande révolte qui eût pu résonner à travers les différentes générations.

C’est l’histoire de lâchetés racontées dans une épaisseur épique brisée, peuplée de fantômes qui sont autant de figures venues nous rappeler nos grands torts ou nos petits travers et qui pénètrent la scène d’une obsessive désolation.

Simon Stone avec les comédiens du Toneelgroep choisi d’éradiquer toute brutalité, et de montrer une brutalité plus insidieuse qui pose la question de savoir comment est-ce que tout disparaît. Il reste que les différentes musiques qui parsèment la dramaturgie créent un espace de confrontation psychologique bientôt débordé par le réel, qui ne peut être montré qu’à travers les prismes d’artifices théâtraux. De fait, si l’histoire raconte évidemment l’histoire de vraies familles et si Simon Stone insiste pour dire qu’il y a un peu de sa propre famille dans ces récits, il n’en reste pas moins que la surexposition théâtrale de la maison et de la famille sur scène et l’appétence littéraire du texte qui trace des lignes de fuite dans l’œuvre d’Ibsen, créent une œuvre à part entière avec ses énigmes secrètes et sa fureur sacrée. Par rapport à sa mise en scène et son adaptation de Rocco et ses frères que j’avais pu voir en juin aux Célestins, on sent dans ce travail qu’il y a une rage de désespoir et de dépression, celle de l’écriture théâtrale même chevillée au corps des acteurs à qui il parle dans une oreillette pendant les répétitions. Cette façon si singulière de travailler donne un travail pénétré d’une exactitude et d’une justesse dans l’expression des émotions que le spectacle atteint rarement habituellement, en cherchant toujours à prendre de la distance même pendant que surgissent des cris ou des rixes. Les acteurs sont plus que jamais acteurs de théâtre dans l’incarnation de considérations dramaturgiques et intimes et pas dans le déchaînement de passion tel que pouvait l’être Saïgon de Caroline Guiela Nguyen. C’est ce qui donne à ce travail expérimental et évolutif cette épaisseur si lucide, qui avant de raconter une histoire et de la peupler de personnages, part d’un sentiment exact de la vie pour le détourner dans une écriture littéraire et scénique. Malgré la longueur du spectacle, rien n’est foisonnement, tout s’amorce et se construit.

Simon Stone enfin préfère à l’hystérie des défaites et des forfaitures, le silence peu à peu conquérant et impérissable de l’impossible existence d’idéaux en ce monde. Les catastrophes se dévoilent non pas pour affronter le destin ou le monde extérieur, mais surtout les êtres humains eux-mêmes dans ce cadre familial, qui peuplent la terre de vices et de lâchetés quand elles ne se construisent pas pour combattre notre propre incomplétude. C’est ce rapport si fort au présent qui fait d’Ibsen Huis un spectacle si beau mais auquel il manque encore la fureur essentielle du génie et la grâce terrible du créateur, qui n’en doutons pas ne fera que s’intensifier dans ses prochains spectacles que nous attendons avec une impatiente démesure.

Raf

Die Kabale der Scheinheiligen. Das Leben des Herrn de Molière dans une mise en scène Frank Castorf.

joué au Parc des Expos d’Avignon jusqu’au 13 juillet.

Un spectacle fulgurant et inquiet…

Frank Castorf a choisi d’adapter le Roman de Monsieur Molière de Boulgakov. Il y tisse des éléments qui se rapportent à sa propre expérience politique du plateau en évoquant notamment la figure de Meyerhold et le rapport difficile entre le pouvoir et les dirigeants de l’URSS. Quand on observe la situation, on se dit que Castorf énonce dans ses moments de défense d’un théâtre d’art et politique, une parole lucide et brûlante surtout si on a l’esprit les problèmes que peut avoir Kirill Serebrennikov avec le pouvoir russe. Au demeurant, à travers la mise en scène des coulisses des pièces de Molière qui sont racontées de manière historique dans l’essai de Boulgakov, le dramaturge s’amuse ici à montrer avec noirceur à quel point la société se fonde sur l’hypocrisie dans ses rapports au pouvoir politique et à l’idéologie religieuse. En cela, ce spectacle comporte de nombreuses correspondances avec celui d’Olivier Py et contient comme lui en substance un lyrisme cynique et tranchant.

Le spectacle construit de nombreux personnages présents dans la vie de Molière, ses femmes Armande et Madeleine, le roi Louis XIV, un cardinal, ou encore d’autres proches de Molière. En même temps, Molière est montré dans une sorte de désinvolture en réalisateur compulsif proche d’un Fassbinder dans son ardeur mélancolique. Les différentes étapes du parcours de Molière y sont évoquées en partant de son théâtre de tréteau jusqu’aux coulisses du pouvoir dans l’intimité du roi et des salons luxueux. Cet itinéraire de l’homme qui reste une figure mythique du théâtre est montré de manière étrange par le metteur en scène qui lui donne des saillies loufoques, pleines de possibles et délivrant Molière de la caricature qu’il pourrait être en tant qu’auteur. Il faut souligner la présence de deux comédiens français dans ce spectacle, Jean-Damien Barbin et Jeanne Balibar, qui apportent quelque chose de leur cocasserie, oscillant entre l’épreuve de la tragédie et l’insolence de la pantomime. Les autres comédiens instillent chacun à leur manière de la candeur ou imposent une présence de leurs personnages jusqu’à l’obsession comme le comédien qui interprète Louis XVI avec un imperturbable aplomb.

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Die Kabale der Scheinheiligen. Das Leben des Hern de Molière © Christophe Raynaud de Lage

La mise en scène à travers les dispositifs vidéos multiplient les espaces de jeu sur la grande scène du parc des expos. Des chapiteaux qui sont des lieux d’intimité, à la fois des chambres de pouvoir et des chambres à coucher, forment des espaces resserrés que la caméra manipulée par un technicien explore en cherchant toujours à encadrer les visages comme pour faire que toutes ces images deviennent elles-mêmes des voix à part entière. Quand les images portent ainsi tout un ensemble de possibles, irradient autant d’horizons que l’histoire même de la pièce condamnent, il ne reste plus dans ces images que des voix venues de notre temps présent, celle des comédiens qui jouent sur scène la lucide inquiétude de l’artiste persécuté pour sa furieuse envie de déborder l’inconsistance du monde. C’est sans doute cela qui est le plus beau dans ce spectacle, c’est cette manière de raconter à travers l’histoire et la figure d’artistes persécutés en même temps que réduits au silence que ce spectacle de Castorf prend l’allure d’une cabale. La cabale devient dès lors cette grande cérémonie qu’est le spectacle, mélangeant tous les genres, passant de bravades loufoques à un ténébreux désespoir. C’est une pièce sur l’acteur et sur l’écrivain qui montre que dans tout le luxe de l’art plein d’illusions et d’espérances, promesses de liberté et d’émancipation, se trouve aussi le danger sans cesse prégnant à chaque époque troublée de tout perdre et de devoir tout reconquérir. La pièce dès lors dans son inertie devient une guerre permanente contre la bienséance, montrant des décors de salons ou des paysages de campagne sur des toiles qui sont autant de rideaux posés sur notre incapacité à représenter l’intensité du réel, tel Olivier Py qui représente des bâtiments haussmanniens sans jamais chercher à les détruire, car ils sont immuables autant que la dénaturation qui les a engendrés.

Au delà d’un spectacle de théâtre, l’écriture de Castorf point à la fois dans l’adaptation et dans les saillies burlesques qui parsèment notre rapport à l’œuvre. C’est un spectacle de tréteaux en même qu’une intense tragédie de notre impossible recommencement. La surenchère et la longueur du spectacle nous oblige à considérer sans qu’on puisse en revenir que le spectacle qui se déroule connaît là ses seules représentations car Castorf va quitter la tête du Volksbühne.. Et ce spectacle s’il n’est testament, témoigne d’une branlante beauté, toujours fascinante et quelquefois ennuyeuse, interrogeant inlassablement les possibles du théâtre et ses frontières morales qui n’ont jamais existé et n’existeront jamais, tant que les artistes ne seront pas des instruments idéologiques au service du pouvoir, mais bien des créateurs insensés. C’est la grande force du festival d’Avignon et c’est ce souffle si particulier que Castorf met en abyme dans son spectacle fulgurant et inquiet.

Raphaël Baptiste