L’Imparfait, texte et mise en scène d’Olivier Balazuc

Par le CDN de Sartrouville et la Compagnie la Jolie Pourpoise. Le texte est édité aux éditions Actes-Sud Papiers dans la collection Heyoka jeunesse.

Jusqu’au 26 juillet à la chapelle des Pénitents Blancs (11h00 ou 15h00)

A retrouver également mon entretien avec Olivier Balazuc sur la radio l’écho des planches

Etre ou n’être pas parfait

L’Imparfait est de ces spectacles jeune public dont l’épaisseur contient en substance tout un monde de représentations qui éveillent bientôt l’ardeur d’un spectateur plus âgé. Le spectacle raconte l’histoire de Victor, un jeune garçon qui vit dans un monde parfait avec son père et sa mère, qui règnent sur un royaume de sérénité. Pourtant, il s’aperçoit bientôt que ce monde pourrait avoir des failles et décide d’en tenter l’épreuve en choisissant de ne plus se soumettre à ce modèle de perfection que lui impose ses parents. Ses parents vont alors réagir et tenter de le remettre en marche et vont pour cela acquérir un robot qui est le double parfait de leur enfant. La trame de la pièce dès lors est parfaitement agencée à l’histoire de ce petit garçon en harmonie avec l’imperfection du monde.

L’Imparfait est aussi incontestablement une prophétie théâtrale, une sorte de conte universel qui tourne en dérision notre modèle de société avec une poésie à la fois candide et lucide. En même temps, le spectacle contient quelques traits comiques délicieux et des personnages sont de véritables caricatures, tant l’exagération de leurs traits pourraient correspondre à une expérience débridée de la vie. Aussi, les comédiens dans ce travail partent d’un sentiment d’exactitude qui correspond à celui d’un monde parfait pour peu à peu tendre vers un désordre sacré comme le dirait Rimbaud, qui va modifier leur rapport au monde. Dans cet espace se situe la chambre et le salon qui sont figurés dans la mise en scène par un décor éclatant et des modules géométriques, quand un petit écran central nous permet de voir ce qui est raconté et les productions picturales de Victor. Peu à peu, cet écran qui est comme le réceptacle des effets de la mise en scène disparaît pour laisser place à une furieuse envie de retourner en enfance.

imparfait

L’imparfait © Christophe Raynaud de Lage

En vérité, il n’est à pas douter que ce texte deviendra bientôt un classique du théâtre contemporain jeunesse ou en tout cas, un texte que chaque parent devrait acheter pour le lire le soir à ses enfants. Si ce spectacle est si beau, c’est parce qu’il offre un vrai regard sur le monde, le regard d’un enfant et qui un peu à la manière de Candide, va peu à peu s’apercevoir qu’il ne vit pas dans un monde parfait. Beaucoup d’éléments de notre société qui sont aujourd’hui problématiques dans notre rapport aux autres sont ici réinvestis avec souvent beaucoup d’ironie, comme le principe des sites de rencontre ou encore les progrès de la technologie. C’est un travail qui fait sourire sans cesse mais qui contient dans son empreinte profonde et absolue, une gravité tortueuse et irréconciliable, une blessure intense qui se referme en partie à la fin de la pièce quand les parents se rendent compte de leurs erreurs. Il existe très peu de textes qui soient capables de remettre en cause avec tant de simplicité et d’harmonie le monde des adultes par le prisme d’un enfant.

Le spectacle en lui-même est composé de différents tableaux dont l’esthétique très colorée produit en nous l’impression d’un monde censément parfait mais que le metteur en scène déconstruit au fur et à mesure de la pièce. Tous les comédiens jouent l’incertitude, une incertitude malhonnête, celle qui peuple les familles, qui donne l’illusion comme le dit si justement Lagarce dans Juste la fin du monde, d’être toujours et en toute circonstance responsable de soi-même et de son destin. Le spectacle nous montre alors un miroir de notre incomplétude, tant celle de l’enfant qui se construit, que celle de l’adulte qui aux différentes étapes de la vie s’interroge sans cesse sur ce qu’il doit incarner aux yeux de ses enfants pour les faire grandir dans la vérité.

Aussi, ce spectacle est une ode à l’enfance, un texte véritablement poétique, qui bien au delà de nous montrer un couple de parents totalement fanatique de leur enfant en exagérant la sorte d’admiration qu’ils peuvent lui porter et en voulant le dégrossir à leur image, montre la liberté de l’enfant et sa possible émancipation d’un cadre trop rigide et trop lourd. C’est le pouvoir de l’enfant qui est ici mis en abyme, capable le plus souvent de déceler les moindres incertitudes et d’y réfléchir en son âme, de toujours chercher à comprendre le monde qui l’entoure, parce que le monde qui l’entoure n’existe pas comme il pourrait exister dans l’appréhension des parents. Il est toujours en devenir et sans doute plus imparfait encore que tout ce que l’on pourrait s’imaginer. Car être imparfait, c’est pour l’enfant le seul moyen de faire son expérience au monde au milieu du marasme de mièvrerie qu’on lui sert tous les jours et cette imperfection est la seule manière pour lui d’y survivre encore.

Raphaël Baptiste

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