thomas Jolly

Prises de Paroles de l’Alchimie du Verbe à D’Esprits Critiques sur la radio l’Echo des planches

Les liens entre la radio l’Echo des planches et le site l’Alchimie du Verbe sont très ténus, car sans l’Echo des planches, notre site n’aurait pas l’acuité qui est la nôtre aujourd’hui. De plus, Raf est devenu au fil des quatre années passées sur cette radio rédacteur en chef. Cette année, Éléonore Kolar a rejoint l’équipe de l’écho des planches en tant que journaliste culture stagiaire. Pour autant, il nous paraît important de continuer d’exister par la voix de notre site qui répond à un cadre beaucoup moins ambitieux et davantage relâché que le travail d’entretiens et d’animation de plateaux [et qui est encore plus éloigné des questions plus prosaïques liées à la programmation et à la diffusion des rencontres du Festival d’Avignon dont la radio est partenaire].

Aussi, pour accompagner l’écriture des articles [trop peu nombreux pendant le Festival], il nous paraît opportun de participer à cette émission D’Esprits Critiques [Animée par Emmanuel Serafini] sur les ondes de la radio à laquelle nous collaborons avec ardeur. Cette émission permet de confronter les regards de journalistes et de blogueurs sur les spectacles du Festival d’Avignon IN essentiellement. On y retrouve Rick Panegy du site Rick et Pick, Sophie Bauret de Vaucluse Matin, Sarah Authesserre de la radio l’écho des planches [qui a publié un bel article sur le Procès de Lupa sur notre site récemment] et enfin des chroniqueurs du site L’Insensé.

Participation et Prises de Paroles de Raf au D’Esprits Critiques du samedi 14 Juillet

 

Thyeste (Sénèque dans une mise en scène de Thomas Jolly) [2.25/3.40/6.20]

La Reprise, Histoire(s) du Théâtre (I), une création de Milo Rau [22.18/26.40]

Mesdames, Messieurs et le reste du monde, un feuilleton coordonné par David Bobée [35.08]

Iphigénie de Racine dans une mise en scène de Chloé Dabert [37.59/42.38/43.49]

Sujets à Vif Programme A La Rose en Céramique (Scali Delpeyrat, Alexander Vantournhout) [45.54]

Le Grand théâtre d’Oklahama d’après Franz Kafka Mise en scène Madeleine Louarn et Jean-François Auguste [51.27]

Pur Présent écrit et mis en scène par Olivier Py [55.22]

Participation et Prises de Paroles d’Eléonore Kolar au D’Esprits Critiques du samedi 22 Juillet

 

Saison Sèche une création de Phia Ménard [2.07/8.16]

De Dingen Die Voordijgaan Les Choses qui passent d’après Louis Couperus dans une mise en scène d’Ivo Van Hove [11.30]

36 Avenue Georges Mandel de Raimund Hoghe [21.45/22.28]

Story Water d’Emanuel Gat et Ensemble Modern [40.04/45.22/50.54]

La page de l’émission sur le site de la radio l’écho des planches

Thyeste (Sénèque) mis en scène par Thomas Jolly [addendum critique]

Pour contraster le regard admiratif de Raf sur notre site

Un Regard Complémentaire de Louise Rulh :

Thomas Jolly est un magicien des sentiments. Il connaît les rouages de la sensibilité humaine et sait quels boutons pousser pour provoquer l’émotion, le frisson, le hérissement des poils. Cela ne rate pas dans Thyeste, où le travail de la lumière et du son, ainsi que la scénographie (qui plus est dans un lieu aussi magistral que celui où elle est présentée cette année…) font du spectacle un moment d’émotion et de magie. Cependant, là où dans les précédentes créations du jeune metteur en scène, ces émotions étaient guidées et menées par une nécessité inhérentes sorties d’une lecture fine et intelligente du texte, dans Thyeste on a la désagréable impression qu’à ce beau son et lumière manque un cœur, une âme, une profondeur. Pourtant la dramaturgie qu’évoque Thomas Jolly dans ses interviews (vous pouvez retrouver celle qu’il a faite avec la radio du festival l’écho des planches via ce lien) semble aussi poussée et cohérente que les précédentes. Alors pourquoi aussi peu de nuances, aussi peu de rythme et aussi peu de fragilité dans cette version rageuse, colérique et emportée du texte de Sénèque ? Peut-être ne dépend-t-il que de la modeste autrice de ces lignes de n’avoir pas été prise dans une compréhension fine des enjeux du texte transmis au plateau, malgré une bonne volonté sincère ; ou peut-être qu’on peut ici réclamer le droit au « moins bien qu’avant », le droit à la victoire mitigée, le droit au chemin tortueux pour un artiste, dans un monde du théâtre contemporain parfois bien cruel qui jette trop rapidement la pierre aux jeunes talents encensés peu de temps avant qui auraient déçus l’institution et la critique. Je ne garderais pas rigueur à M. Jolly de cette déception mitigée qu’est la mienne, et saurait attendre la suite d’un beau parcours d’artiste avec impatience.

 

Thyeste de Sénèque dans une mise en scène de Thomas Jolly [La Piccola Familia]

Vu Le 6 Juillet, dans la Cour d’Honneur jusqu’au 15 Juillet 

Une éclipse inquiète et hallucinée…

Choisir de représenter une tragédie antique dans la Cour d’Honneur ne relève pas seulement ici d’un acte purement dramaturgique. En effet, il apparaît à mesure que la nuit s’enfonce et que le soleil quitte la terre tant sur scène que dans les entrailles de la pièce, que la dramaturgie revêt une dimension esthétique. Esthétique, parce que la dramaturgie se corroie par l’artifice, par l’artefact et d’une certaine façon par le sensationnel présent dans l’horizon de toute performance artistique. Esthétique encore parce qu’elle permet de faire advenir de façon sensible, une vérité essentielle. Cette vérité est au fondement même de la démocratie, du théâtre et surtout partie intégrante des origines du Festival d’Avignon, c’est un espoir porté au cœur des tourmentes, c’est aussi la monstruosité décadente représentée pour conjurer ou pour prévenir la folie criminelle des hommes. Aussi, Thyeste apparaît à tous les égards comme un spectacle se fondant dans l’inertie de la direction d’Olivier Py appelant de ses vœux un grand spectacle de théâtre populaire dans la Cour et en même temps ce spectacle, par sa démesure engendrée par la démesure des hommes que veut condamner la tragédie, est incontestablement une exorde à notre humanité qui s’enfonce chaque jour un peu plus dans le reniement de ses valeurs.

Dès lors, raconter d’une telle manière l’histoire de deux frères ennemis, que la rancœur et la haine excitent à la plus terrible fureur, exhibant un apaisement de circonstance pour sacrifier l’innocence d’enfants dans un holocauste insensé, outrepassant même les interdits moraux jusqu’à les servir dans un repas, ce n’est pas simplement raconter quelque chose de tragique [ et cela Thomas Jolly le perçoit de façon lumineuse dans sa mise en scène], c’est montrer sur scène la force du renoncement à ses valeurs. Le personnage d’Atrée n’a de cesse en préparant son crime et en le perpétrant de fanfaronner devant l’ordre céleste qui ne devient pour lui qu’une masse vide et imperturbable. Il agit et pourtant rien ne se passe. Sénèque confère à Atrée une dimension cathartique en ce qu’il annonce les autres crimes de toute sa descendance et ordonne à Tantale d’inspirer une telle hubris, lui qui fut le premier à commettre un holocauste semblable.

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Thyeste © Christophe Raynaud de Lage

Aussi, et c’est là toute la force de la dramaturgie, Thomas Jolly a voulu instituer sur scène l’épanchement du surnaturel dans la présence réelle de la scène. Il a choisi d’amplifier le mythique pour lui donner une consistance spectaculaire. Il a délibérément poursuivi un projet enthousiaste au sens le plus fort car tous les acteurs dans leurs costumes ou dans la totalité absolue de la scène sont enveloppés et nimbés d’une délicate et tonitruante exécration. Face à ces personnages dévorés par leur haine ou leur aveuglement, il y a des observateurs impuissants, aussi impuissants que le public. C’est d’abord le chœur et le messager que Thomas Jolly a choisi de pressurer en choralité. En effet, à de nombreux instants, Emeline Frémont qui incarne d’abord seule le chœur est bientôt accompagnée par une chorale d’enfants. Le Chœur formé d’une telle alliance représente tout comme le public présent, notre modernité comme en témoigne leurs tenues journalières. En même temps, la voix claire des enfants fait frémir autant qu’elle interroge : c’est l’innocence magnifiée face à la cruelle voix écrue d’Atrée interprété avec une fièvre entêtée par Thomas Jolly. Face à Atrée se détache la demande de pardon et d’amour de Thyeste interprété par un Damien Avice empenné d’incertitude et bientôt criblé de douleur dont on reconnaît la candeur désabusée qui nous faisait tant vibrer dans son interprétation de Clarence dans Richard III.

Pour autant, la pièce multiplie les effets scéniques pour accentuer la progression dramatique de l’intrigue et Thomas Jolly a raison de comparer ce texte à une sorte de livret d’opéra dans son entretien avec Francis Cossu présent dans le programme de spectacle. En effet, la musique très présente dans sa mise en scène, par la prégnance d’une bande-son et la présence scénique de musiciens [dont le tambourineur, qui juché en haut de la tête dépecée du colosse, bat le rythme de cette implacable destinée] manifeste l’étau de la tragédie qui se resserre tout comme la Cour ainsi exploitée et figurant le palais d’Atrée met en exergue le piège qui se referme sur Thyeste et sur toute sa progéniture. Des lors, le colossal décor qui pourrait figurer les membres dépecés des enfants de Thyeste représente d’une certaine façon l’ambition des hommes qui élèvent des colosses aux Dieux pour les faire à leur image. Ici la main et la tête qui ressemblent à une tête décollée et béante ne figurent pas seulement l’opposition entre le pouvoir d’Atrée et la déchéance de Thyeste. Elles figurent la promesse de toute une inquiétude essentielle et constitutive de l’art depuis la nuit des temps, entre pulsion de vie et pulsion de mort, entre Éros et Thanatos, entre mesure et démesure, promesse sans doute rassérénée par Rimbaud dans son Alchimie du Verbe qui pourrait à elle seule résumer tout le travail de la Piccola Familia sur ce spectacle : « Je finis par trouver sacré le désordre de mon esprit. […] Je devins un opéra fabuleux ». Ainsi cette mise en scène hallucinée multipliant les effets scéniques, rythmée par des noirs totaux et des silences exiguës, baignée par une lumière farouche, colorée et obscurcie par des faisceaux éclectiques, s’impose comme une sorte d’éclipse théâtrale.

On pourra dire que c’est mégalo, on pourra dire que c’est trop artificiel, on pourra aisément développer toute une critique sur la démesure propice de la Picolla Familia, qu’on restera très loin du fondement de la pièce parfaitement saisi par Thomas Jolly et montré jusque dans les convulsions des acteurs : ainsi qu’il le dit lui-même dans l’entretien cité plus haut « il y a une disproportion entre les êtres humains et les forces de leur environnement plus grandes qu’eux ». Les personnages, les hommes et Atrée lui-même sont dépassés par ce qui advient, déjà fébriles, le pas vers la monstruosité est une inclination dangereuse mais tellement humaine. Aussi, il faut reconnaître à ce spectacle quelque chose de spectaculaire en même temps qu’il nous faut souligner l’intensité de la dramaturgie. En dévoilant ainsi le texte de Sénèque, Thomas Jolly s’approche d’une conception proche de celle d’Artaud, au delà de la parole même, le théâtre a autre chose à jouer que propose magistralement Thomas Jolly dans cette production ainsi qu’Artaud l’énonce dans le Théâtre et son double : « [d]es possibilités d’expansion hors des mots, de développement dans l’espace, d’action dissociatrice et vibratoire sur la sensibilité. » Travailler la parole avec une véritable ambition de spectacle total, c’est définitivement bien cela que le public attend de la Cour d’Honneur !

Raf.

Le Ciel, La Nuit et la Pierre Glorieuse par la Piccola Familia

Le Ciel, La Nuit et la Pierre Glorieuse, Chroniques du Festival d’Avignon de 1947 à … 2086, un feuilleton présenté au Jardin Ceccano par la Piccola Familia en 16 épisodes.

Premières Impressions à propos de l’épisode 1 consacré aux circonstances de la création du Festival d’Avignon en 1947.

On n’est pas en mesure pour l’instant de définir l’ensemble du travail de la troupe, cependant le travail autour de la mémoire du festival d’Avignon réalisé par la Piccola Familia dépasse la simple lecture. Il s’agit presque dans ce premier épisode de bouffonneries et d’un empilement de situations comiques où chaque comédien trouve une place de choix. L’ensemble se dévoile avec légèreté tout en construisant un propos puissant et farouche. Cette proposition semble parfaitement s’incarner dans ce que Olivier Py aime d’Avignon, c’est-à-dire l’idée d’une utopie réalisée et réalisatrice. Le travail que semble initier la troupe constitue avant tout un travail de réappropriation des valeurs et de l’histoire du festival pour faire résonner le festival d’hier avec celui que nous connaissons, et même en imaginer les possibles.

 

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Source : http://www.lapiccolafamilia.fr/

Il y a un côté à la fois ludique et plaisant qui se mêle à un émerveillement perpétuel pour le festival d’Avignon pour les comédiens et pour la troupe ; de fait entendre les mots de Vilar crée une émotion particulière, voire improbable. Le feuilleton s’annonce ainsi avec éclat comme un des passages incontournables de la programmation, l’entrée libre permet de simplement écouter sans se poser de questions. Du reste, la proposition paraît beaucoup plus dynamique que les lectures de la République de Badiou, qui si on les suivaient toutes, pouvaient paraître assommantes.

Pour une fois, ce sont des comédiens qui font l’histoire du théâtre et non pas des chercheurs ou des universitaires, il faut profiter de la liberté formelle qu’ils dévoilent pour saisir au mieux les enjeux de l’évolution du festival au cours de l’histoire et prendre des leçons de théâtre.

Pour compléter le spectacle, on peut retrouver des chroniques amusantes de Thomas Jolly disponibles sur Culturebox pour une sorte de mémo historique et comique !