Festival OFF 2016

Épître aux Jeunes Acteurs pour que soit rendue la parole à la parole d’Olivier Py (Qu’advient-il de la parole) dans une mise en scène de Thomas Pouget par la compagnie de la Joie Errante

Au Centre Européen de Poésie d’Avignon à 22h30 avec Délia Sepulcre Nativi (comédienne) et Thomas Pouget (metteur en scène, comédien).

Thomas Pouget nous livre avec sa comédienne une version personnelle de l’oeuvre d’Olivier Py. Cette œuvre conçue comme une sorte d’oratorio s’adonne à une réflexion sur la parole de l’acteur et sur ses résonances et ses résurgences dans notre monde contemporain. L’auteur nous offre une sorte d’essai pamphlétaire dans cette œuvre, dimension que Thomas Pouget a bien su faire ressentir dans son travail dramaturgique autour de la pièce.

Cet épître, inspiré dans son ordonnance par les épîtres bibliques (et notamment ceux de St Paul), sont adressés aux acteurs. L’auteur tente d’insuffler du sens au travail et à la profusion de l’acteur. La particularité de cette forme d’adresse est qu’elle serait au préalable conçue comme une sorte de soliloque adressé où pas à pas se résolvent et se bousculent les différentes contradictions liées à l’exercice de la parole. Au milieu de la parole ancienne précipitée par la tragédienne dans son « costume démodé », on retrouve différentes interventions incarnées par la comédienne qui sont toutes des empêchements à cette essence de la tragédie et qui viennent moquer avec un ton satirique les différentes implications de la société de consommation et de communication jusque dans les fondements de la création théâtrale. Les différents personnages qu’elle endosse forment toutes des caricatures des métiers liées à la culture et à la communication. On retrouve dans l’interprétation de la comédienne une incarnation de ses différents personnages avec une candeur assassine et en même temps une grande franchise qui confine parfois au comique et au ridicule.

Thomas Pouget prend en charge le rôle de la tragédienne, image d’un poète travesti, impotent et fragile mais dont les forces augmentent à mesure que le drame émerge, que la parole se fait plus pesante et nécessaire, et que les mots eux-mêmes sont comme des coups assénés à ceux qui voudraient détruire la parole en détruisant les lieux de la pensée. Il y a dans l’interprétation du comédien quelque chose d’une urgence appesantie, une précarité heureuse prolongée dans la quiétude des instants où le comédien enfile son costume et où il le retire comme pour quitter cette peau usée et bercer dans une nouvelle parole, mais une parole portée par un prophète impuissant, qui n’est capable d’annoncer rien d’autre que les germes d’une parole poétique sans limites, et qui attend dans la révélation qu’il en donne, que les gens s’en saisissent et le poussent jusqu’à l’irrationalité, mère de l’ivresse théâtrale.

Thomas Pouget nous livre une belle interprétation du texte oscillant entre le ton ravageur de la colère, l’espérance grandiose de l’avenir et la noirceur palpable de l’innommable des circonstances.

Au demeurant la mise en scène prolonge chaque détour du texte en imaginant des espaces qui se réalisent au fur et à mesure de l’avancée de la parole, une parole qui s’incarne bien dans le théâtre, mais un théâtre ouvert, porté par essence à la démesure et qui efface toutes les limites entre le public et les spectateurs, qui joue avec les entrées et les sorties comme pour montrer et dépasser l’illusion de la fabrication théâtrale en la représentant toute entière sur scène. Les jeux de lumières notamment les modulations entre des teintes bleutées et les simples rayons de projecteurs créent un espace de d’enracinement, un espace de la nuit ou s’ancre cette parole doué d’un pouvoir créateur et évocateur. C’est toute la nuit du monde que ce texte balaye, nous donnant à voir et à entendre une colère naissante, nous appelant à la révolte, révolte que l’on retrouve par ailleurs cette année dans la ruade du cheval.

Il faut aller voir cette mise en scène et entendre à nouveau ce texte pris ici en charge de manière admirable par une dramaturgique cosmique et consciente des enjeux du texte et de la parole. Les mots sont aussi bien des couteaux que des caresses, et ses écarts forment la matrice de l’oeuvre d’Olivier Py… Comment passe-t-on d’une parole violente et désaffectée par l’éros à une parole pétrie dans l’agapé et l’universelle conscience de ce que les mots prennent sens dans le collectif ?

Et que ce collectif contient tous les acteurs, comme les seuls chantres possibles de la modernité, non pas celle qui dit qu’elle est résolument moderne, mais celle qui affirme que par delà toute forme de poésie et d’art qu’elle continue de porter la parole, de rasséréner les souffrances primitives et présentes pour fonder un nouvel ordre universel qu’Olivier Py nomme catholicité. Il reste que l’univers dans lequel la tragédienne se complaît et qui fait du spectateur un comparse aveugle reste un univers assez drôle, qui se joue du scandale et qui parle vrai, quitte à se moquer d’elle-même…

Le Bel Indifférent de Jean Cocteau dans une mise en scène d’Aliou Cissé par la compagnie Tropiques Atrium (Martinique)

à l’Espace Roseau, les jours pairs à 14h10 (en alternance avec L’Orchidée Violée) avec Astrid Mercier (comédienne) et Aliou Cissé (comédien et metteur en scène)

Aliou Cissé nous livre une belle représentation composée d’un matériau essentiel : l’oeuvre de Jean Cocteau. Il s’agit avant tout d’un soliloque adressé. Une femme interprétée par Astrid Mercier inonde un homme de son amour en même temps qu’elle lui reproche ses inconséquences et sa terrible distance. L’homme est interprété par Aliou Cissé, un homme de silence et de glace… En effet, la comédienne soliloque face à un homme qui reste pantelant et muet.

L’histoire évoque l’acharnement d’une femme qui voudrait que son amant lui appartienne tout entier et qu’il cesse de l’abandonner sans cesse. Ce texte soulève quelque chose de la condition féminine et la comédienne découvre bien quelque chose de l’ordre de la fragilité et du sacrifice d’amour. La scénographie évoque un salon dépouillé : on y retrouve une chaise depuis laquelle l’homme est assailli par les exhortations de son amante, à parler, à révéler la vérité. Au centre de la scène se situe une sorte de table-basse sur laquelle est posée un téléphone nous plongeant dans les années 50, de même que les costumes s’approchent de cette temporalité.

Il s’agit d’une sorte de huis-clos où les personnages fermés sur eux-mêmes, s’ils sortent, s’abandonneraient l’un l’autre et se sépareraient dans la douleur. Or il n’y a que l’homme qui sort et la femme qui souffre pour résumer trivialement la situation. Le spectacle s’insurge dans le silence et le cri et l’homme s’obstine dans sa prostration tandis que la femme offre sa vie toute entière à quelqu’un qui n’en serait pas digne et qui devient son propre mutin. La fable de Cocteau dépasse les simples affres d’une histoire d’amour, il nie la possibilité de l’amour, en déréalise le sentiment, au point de provoquer l’acharnement et l’attachement obsessionnel au lieu de la liberté et de la confiance que chacun s’offre l’un l’autre. Une vision noircie de l’homme prédomine dans ce texte comme le sombre pressentiment de ce qu’aucun mot ne sera prononcé par lui. La détermination du comédien à ne pas parler et à rester stoïque, tandis que la comédienne se confond en émotions contradictoires dans un jeu maîtrisé et puissamment féminin forment un balancement délicieux.

Aliou Cissé nous livre ici un objet théâtral singulier, inspiré d’une atmosphère rugueuse et peu propice à l’amour et pourtant on sent le corps de la femme traversé par mille sensations, peut-être aussi parce que Astrid Mercier (qui prend dèja en charge le personnage de L’Orchidée Violée les jours impairs) est incontestablement une grande comédienne !

L’Orchidée Violée de Bernard G. Lagier dans une mise en scène de Hassane Kassi Kouyaté

à l’Espace Roseau à 14h10 les jours impairs avec Astrid Mercier

Le spectacle évoque l’histoire d’une femme, sorte d’esclave sexuel associée un homme riche et puissant. Le texte est écrit par un auteur des Caraïbes qui appartient au collectif ETC… Caraïbes qui regroupe 200 auteurs de ces régions d’outre-mers. Bernard G. Lagier construit un texte singulier dont la poésie dépasse les thèmes et les moments de prédilections des auteurs de ce coin du globe, centre littéraire où se renouvelle dans l’ombre du commerce littéraire parisien et pseudo-intellectuel, la vraie littérature, une littérature d’idée mêlée à une haute création poétique.

La comédienne Astrid Mercier incarne sur scène ce personnage d’une femme blessée, prenant en charge le récit d’une souffrance dépassée par la colère et l’irrévérence. Le récit se fait au fil d’une pensée brûlée, sans cesse proche des larmes, de larmes acides d’indignations. La comédienne au préalable bercée par une chaise à bascule ravage bientôt la candeur de sa présence, ravage et ravale sa sorte de blessure pour la donner au monde, l’offrir en partage à l’orgueil et à la lubricité des riches. La narratrice raconte finalement le passage pour elle d’une adolescence livrée à la culture de l’innocence et de la vertu à une sorte de descente aux enfers sociale et humaine, provoquée par les préjugés et par la morale, celle-là qui étouffe sa lubricité en se rassurant sur sa prétendue pureté. Elle évoque en premier lieu l’insulte de son père et la manière dont sa famille si aimante la livre à la vindicte. Elle est bien cette orchidée, fleur épanouie, libre d’ouvrir ses pétales. Elle reste violée, elle subit cette violence de la part de son maître et du très étrange président Vonvon qui justifie le viol par la nécessité de pourvoir le pays en héros puissants, capable de fonder la nation de demain. Elle évoque un monde d’hommes où la liberté se scinde en plusieurs discours.

Il s’agit d’une sorte de révolte, par la parole, le personnage féminin livre à notre jugement le récit intériorisé et distant d’une sorte de calvaire, transformé en parcours initiatique, pour parvenir à devenir une véritable mère, une femme libre à part entière, qui se libérerait de la douleur détournée du viol par l’amour qu’elle donnerait à l’enfant issu de ses entrailles contraintes. Les différents moments du texte sont entrecoupés par des préludes musicaux et par des jeux de lumières qui permettent de réagencer les éléments et de poursuivre avec de nouveaux élans, la poésie flamboyante dont la comédienne est pourvue. Elle évolue sur une sorte de tréteau circulaire, évoquant presque un cercle infernal duquel elle ne peut sortir sans avoir livré ses concrétions, comme si finalement le spectateur convoqué par l’écoute, pouvait permettre la libération de cette femme, qu’on puisse la reconnaître comme une orchidée, fleur fragile qui ne fleurit pas toujours, mais qui lorsqu’elle fleurit nous inonde de son parfum et provoque dans nos pupilles un ravissement de tous les sens.

La mise en scène et la direction d’acteur renforcent ce texte puissant, et la comédienne, fragile et sévère, interprète avec une tristesse égarée et pleine d’espoir, la volonté d’une femme de faire naître par son récit, non plus la compassion ou la pitié, mais le sentiment fragile difficile à éprouver et à faire advenir dans toute œuvre qu’elle soit littéraire ou dramaturgique, ce sentiment de l’amour, de l’amour des possibles malgré le viol de l’histoire, de l’amour des possibles malgré la souffrance du présent….

L’Orchidée Violée constitue une sorte d’anfractuosité, ainsi que le texte le met en abyme, sur laquelle naît tout un monde de poésie et d’amour. Il s’agit d’une belle œuvre singulière qui ouvre un théâtre unique et magnifique pour qui veut aborder d’autres thèmes dramaturgiques et de la vraie poésie sur scène. Il faut absolument découvrir ce travail, le texte fera l’objet d’une critique plus approfondie dans les prochaines semaines…

4 Heures du Matin d’après le roman d’Ernest J.Gaines dans une mise en scène de Hassane Kassi Kouyaté par Tropiques Atrium

À l’Espace Roseau Teinturiers à 16h30

Le spectacle déroule le texte d’un court récit de l’auteur américain Ernest J.Gaines, récit de souffrance qui raconte l’enfermement d’un jeune noir partagé entre sa volonté de se libérer de sa prison, ce qui pourrait être envisageable s’il promettait une soumission encore plus totale aux blancs ses maîtres, et la dignité de devoir purger sa peine et d’être libre d’endurer les souffrances pour lesquelles il doit payer.

Le personnage apparaît en premier lieu comme un criminel, il tue dans une sorte de bagarre son adversaire. Il retrouve enfermé dans une cellule avec d’autres personnes. Le comédien Abdon Fortuné Koumbha prend en charge ses différentes voix, chacune de ces voix nous fait entrer un peu plus dans l’atmosphère inquiétante du récit. Le texte corroie les quelques « renégats » d’une Amérique dissoute dans ses propres peurs et dans ses propres contradictions, les différents personnages qui émergent de ce travail revêtent une dimension très poétique, que ce soit le jeune adolescent noir ou bien encore le vieux Munford, sorte de sage pénitent. Le récit continue d’évoluer tandis que l’atmosphère scénique s’emplit et se ferme sur elle même.

La mise en scène dès lors opère ce resserrement sur soi passant du monde à une cellule. L’ensemble des changements et les différentes temporalités du texte sont rendues par des jeux de lumières. Des intermèdes musicaux ponctuent l’essence même du drame en donnant à la scène l’impression d’une scène figée mais qui pourrait être en même temps à la recherche de mutations et de changements conducteurs.

Il s’agit pourtant d’un texte au fil narratif assez complexe et l’on a du mal à comprendre tous les enjeux de ce texte, l’interprétation du comédien est pourtant grandiose, mais il reste quelques zones d’ombres dans les thèmes et les histoires qui sont racontées que la dramaturgie n’exploite pas suffisamment. De même que le comédien évolue avec une cadence beaucoup trop rapide et le rythme effréné de sa narration nous empêche parfois de comprendre et relier son propos à toutes les autres histoires. Ici, le texte utilise le point de vue du criminel sinon du délinquant pour précipiter une critique du pouvoir et de l’univers carcéral américain et surtout des violences faites aux populations noires.

4 heures du Matin reste malgré tout un excellent spectacle, qui nécessiterait de mon point de vue un travail dramaturgique sur les enjeux de l’histoire. En somme il faudrait qu’il puisse être plus radicalement situé historiquement et que le comédien soit moins prolixe et au plus près de ces personnages. Une belle découverte littéraire en tout cas et un très beau choix de texte sont les deux avenants de ce spectacle martiniquais…

Sacha Guitry (Montages de quatre textes courts) dans une mise en scène de Fabien Buzenet par la Compagnie Les éparpillés.

à l’Albatros, à 21h00

La compagnie nous livre ici une rhapsodie de quatre textes de Sacha Guitry, qui assemblés les uns avec les autres, et reliés par une voix off aux accents comiques, créent une véritable histoire et développent des situations rocambolesques et hilarantes.

Au delà du montage textuel réussi et très bien mené, les comédiens nous apportent leurs petites manies et les petits gestes nécessaires à l’exécution de ce type de texte sans jamais défaillir. Pendant plus d’une heure, nous voyons se jouer sur scène, sur fond de comédie psychologique, des scènes de ménages aussi bien que des scènes d’amours et d’absurdités hilarantes.

La pièce commence par la fin, où l’on voit les deux amants qui s’apprêtent à se suicider, suicide des amants qui nous évoque presque quelque chose de tragique et de shakespearien, mais qui ici apparaît comme ridicule parce que les personnages ne sont absolument pas déterminés à mourir mais le font par caprice, car c’est le caprice qui régit et provoque les confrontations.

Une lettre bien tapée provoque la rencontre entre Hildebrande et Maximilien, et corrobore une scène aguicheuse où Paul de Montfort (Maximilien) nous fait pénétrer dans le spectacle avec une grande force comique. On retrouve des scènes de disputes des amants entre eux ou avec leurs conjoints (la femme de Maximilien étant magnifiquement interprétée par Fabien Buzenet, un rôle travesti tout en douceur et en maîtrise, implacablement réussi). Jennifer Chiama qui interprète le rôle d’Hildebrande s’arroge une place de choix et son jeu perspicace évolue avec force, comme si elle était une anfractuosité entre ses deux hommes, et qu’elle se repliait sur elle-même pour garder sa dignité. Son jeu incarne une certaine malice en même temps qu’une inquiétude permanente et maniérée. Enfin la scène de séparation, parodie de la mort d’amants tragiques achève la boucle.

Les changements de décors entre les scènes pour dévoiler les différentes temporalités sont représentés par des réagencements du mobilier et des changements de couleurs, ainsi que des petites mutations dans les costumes. Ce procédé crée un certain rythme, il donne à voir avec efficacité le déroulement des échanges et l’évolution des personnages. De plus, les costumes ont quelque chose à voir avec les années 50, ce qui donne au travail de la troupe une inscription dans la société bourgeoise du Xxème siècle, élément sur lequel ils peuvent surenchérir avec leurs jeux d’acteurs, ce qu’il exploitent parfaitement.

En définitive, la troupe exécute ici son troisième Avignon. Après avoir joué la Panne de Dürrenmatt pendant deux ans, la compagnie des éparpillés nous offre une nouvelle pièce à son répertoire, en nous présentant un véritable moment de théâtre, qui montre une nouvelle fois que leurs talents ne se tarit pas et ne fait que s’agrandir avec l’expérience et dans la recherche et l’exigence de véritables textes dramatiques… L’Alchimie du Verbe ne peut que vivement recommandé cette jeune troupe dèja bien installée en Avignon et qui promet encore de beaux jours devant elle !

Marguerite D dans une mise en scène d’Anne-Margrit Leclerc par la compagnie du Jarnisy

à la Caserne des Pompiers à 16h15

Dans le troisième volet du triptyque DoltoDalidaDuras qui traite des figures de trois femmes d’exception, on retrouve ce spectacle, Marguerite D qui s’est nourri des deux créations précédentes afin d’aborder Marguerite Duras non pas par son œuvre mais en tant que femme.

En effet, au-delà de l’écrivaine et du personnage publique, la compagnie du Jarnisy avec son spectacle Marguerite Dnous dévoile avant tout le portrait d’une femme, réalisé à partir des entretiens et interviews de Marguerite Duras à l’orée de cette forme qui se revendique auto-fictionnelle et documentaire. Pour comprendre la femme, il faut partir de l’enfance. Elle est incarnée par une marionnette de la taille d’une fillette qui interroge du regard Marguerite âgée et que manie tendrement la figure de la mère. Cette mère nous apparaît tel qu’elle doit être dans les souvenirs de Marguerite enfant : jeune, douce et protectrice. Par ailleurs, son silence nous rappelle sa présence presque fantomatique, incarnation d’un souvenir qui appartient à une époque de sa vie passée.

Grâce à la présence simultanée sur scène de la marionnette et d’une Marguerite Duras déjà âgée, les différentes époques se mêlent, se superposent et communiquent entre elles. Le plateau épuré participe de cette atmosphère intimiste, propice aux confidences, au partage des souvenirs et à l’introspection. Un écran blanc aux courbes arrondies meuble la scène, les paysages qui y sont projetés aident alors à l’immersion dans le passé de Marguerite Duras, ainsi l’évocation prend vie.

Le retour sur l’enfance presque sauvage de cette femme, en Indochine, se mêle alors au souvenir de la découverte de la sexualité, de son mari, de l’alcoolisme, de ses enfants ou encore à quelques uns de ses romans. L’ensemble prend la forme d’une évocation sensible mais aussi quelques fois crue de la vie de cette femme que tous connaissent en tant qu’écrivaine mais beaucoup moins en tant que femme.