4 Heures du Matin d’après le roman d’Ernest J.Gaines dans une mise en scène de Hassane Kassi Kouyaté par Tropiques Atrium

À l’Espace Roseau Teinturiers à 16h30

Le spectacle déroule le texte d’un court récit de l’auteur américain Ernest J.Gaines, récit de souffrance qui raconte l’enfermement d’un jeune noir partagé entre sa volonté de se libérer de sa prison, ce qui pourrait être envisageable s’il promettait une soumission encore plus totale aux blancs ses maîtres, et la dignité de devoir purger sa peine et d’être libre d’endurer les souffrances pour lesquelles il doit payer.

Le personnage apparaît en premier lieu comme un criminel, il tue dans une sorte de bagarre son adversaire. Il retrouve enfermé dans une cellule avec d’autres personnes. Le comédien Abdon Fortuné Koumbha prend en charge ses différentes voix, chacune de ces voix nous fait entrer un peu plus dans l’atmosphère inquiétante du récit. Le texte corroie les quelques « renégats » d’une Amérique dissoute dans ses propres peurs et dans ses propres contradictions, les différents personnages qui émergent de ce travail revêtent une dimension très poétique, que ce soit le jeune adolescent noir ou bien encore le vieux Munford, sorte de sage pénitent. Le récit continue d’évoluer tandis que l’atmosphère scénique s’emplit et se ferme sur elle même.

La mise en scène dès lors opère ce resserrement sur soi passant du monde à une cellule. L’ensemble des changements et les différentes temporalités du texte sont rendues par des jeux de lumières. Des intermèdes musicaux ponctuent l’essence même du drame en donnant à la scène l’impression d’une scène figée mais qui pourrait être en même temps à la recherche de mutations et de changements conducteurs.

Il s’agit pourtant d’un texte au fil narratif assez complexe et l’on a du mal à comprendre tous les enjeux de ce texte, l’interprétation du comédien est pourtant grandiose, mais il reste quelques zones d’ombres dans les thèmes et les histoires qui sont racontées que la dramaturgie n’exploite pas suffisamment. De même que le comédien évolue avec une cadence beaucoup trop rapide et le rythme effréné de sa narration nous empêche parfois de comprendre et relier son propos à toutes les autres histoires. Ici, le texte utilise le point de vue du criminel sinon du délinquant pour précipiter une critique du pouvoir et de l’univers carcéral américain et surtout des violences faites aux populations noires.

4 heures du Matin reste malgré tout un excellent spectacle, qui nécessiterait de mon point de vue un travail dramaturgique sur les enjeux de l’histoire. En somme il faudrait qu’il puisse être plus radicalement situé historiquement et que le comédien soit moins prolixe et au plus près de ces personnages. Une belle découverte littéraire en tout cas et un très beau choix de texte sont les deux avenants de ce spectacle martiniquais…

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