Body Revolution and Waiting, conception et mise en scène de Mokhallad Rasem

Vu au Théâtre des Célestins dans le cadre du festival Sens Interdits

Des corps porteurs de ruines

Les deux moments de danse forment des performances qui au delà de simples gestes se délient dans un travail vidéo assez subtil qui nous permet de comprendre la détresse des corps, la détresse de ceux qui sont au milieu des ruines ou dans leurs exils et qui attendent de pouvoir atteindre à une certaine harmonie. Cette détresse est aussi la nôtre en tant que nos corps sont partout mais jamais leurs souffrances honteuses ne devraient transparaître par pudeur ou par crainte. Ces deux petites formes racontent une expérience sensible de la souffrance, et l’on perçoit des figures brisées qui sentent leurs néants à chaque pas qu’elles exécutent, qui exécute leurs espérances. Il y a une manière très naturelle des danseurs de se mêler au décor vidéo, de s’y voir projeté, en fuite et évanescent ou lové dans ses replis, enroulés dans sa toile, parfois accroupi dans sa lumière. Cette ingression entre les corps et le travail vidéo fait naître dans l’imaginaire du spectateur une véritable épopée : l’épique dans cette pièce implique le spectateur dans son regard ; c’est comme si le spectateur abandonnait une part de son courage pour la conférer à celui qui en a besoin pour faire face aux épreuves, dans la même respiration, pour atteindre aux mêmes effluves, celles d’un parfum imperceptible de liberté…

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Body Revolution © Kurt van der Elst

Body Revolution

C’est une pièce dansée et composée d’un travail de vidéaste et de musiciens d’une beauté irascible. Chaque mouvement raconte de nombreuses choses sur les étapes d’une révolution, de même que les effets vidéos composent aussi une sorte de fresque de ce que produit la violence de l’insoumission. En effet, les corps des trois danseurs se mêlent et s’innervent dans des décors filmés qui nous montrent des lieux et des bâtiments anéantis. Les danseurs sont comme des survivants, lassés de leur misère, et portent littéralement les ruines sur les corps et s’engoncent même en elles pour se cacher ou disparaître. Cette pièce montre parfaitement à quel point finalement la révolution est au delà du sentiment de libération qu’elle peut procurer. Ce sentiment est visible lorsque les danseurs se détachent de photographies où des manifestants sont tabassés pour danser furtivement dans la photographie par le biais d’une incrustation vidéo préalable comme ils dansent sur scène. La scène actuelle que le spectateur a sous ses yeux voit des danseurs s’échiner mais en réalité la perspective est bien d’inonder l’espace et de transporter la scène de théâtre dans une scène de guerre, et le combat est ainsi matérialisé avec une redoutable acuité. Le combat contre la désespérance se matérialise également par l’instrumentalisation des rêves qui pensent un ailleurs possible mais qui sont bientôt défaits par la réalité des ruines et par l’absence de perspectives. La danse par son retrait progressif de l’espace scénique crée un véritable sentiment d’impossibilité et d’échec, elle devient la métaphore d’une humanité contrainte au silence et vouée à la destruction, sous les yeux impuissants du spectateur.

Waiting

Ce travail m’a beaucoup moins parlé, cependant il faut reconnaître qu’il y a une réflexion sur les différentes aspirations qui peuplent l’individu. Le travail de danse met en évidence à travers des peaux clairs, les couleurs de la vidéo par petites bribes puisque la vidéo en elle-même qui s’apparente à de petits entretiens de divers profils, est projetée sur un mur au fond noir. On y trouve une belle réflexion sur ce que les gens peuvent entendre derrière le verbe attendre, et c’est comme si tous ces visages projetés attendaient la lumière pour apparaître au grand jour tels qu’ils sont : des messagers de l’espoir au sens le plus tragique du terme, témoin de souffrances qu’ils vivent au quotidien, les danseurs en investiraient alors le douloureux rayonnement…

Raf

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