Hotel Feydeau d’après Georges Feydeau dans mise en scène de Georges Lavaudant

Au théâtre de l’Odéon jusqu’au 12 février

Loin d’être en terra incognita, avec Hôtel Feydeau, Georges Lavaudant signe un nouvel opus haut en couleurs…

Après la mise en scène d’Un Chapeau de paille en 1993 au TNP et recrée en 1997 à l’Odéon, Georges Lavaudant poursuit, avec Feydeau, le vaudeville insufflé par Labiche. Il reprend, en 2001, à l’Odéon, Un Fil à la patte et On purge Bébé, en 2008, à Madrid. Ainsi, le parcours du metteur en scène semble lui-même être infléchi par celui qu’a traversé Feydeau. A partir de 1908, il n’y a qu’une femme et une vie conjugale déçue qui sépare le « jeune » Feydeau de celui qui est dans la « fleur de l’âge ». Fort de cette expérience, le dramaturge se concentre davantage sur les dissensions matrimoniales en conservant leur comique de situation et leur légèreté de naguère. De ce versant théâtral aux accents ironiquement dramatiques, Georges Lavaudant se les réapproprient pour en offrir aux spectateurs non seulement un florilège, mais surtout un « télescopage » majestueux des cinq dernières pièces en acte de Feydeau allant de Feu la mère de Madame à Cent millions qui tombent, œuvre inachevée. L’œuvre du metteur en scène s’accomplit dans une volonté de donner à voir « en une seule soirée un emboutissage extrêmement rapide ». Souhait réalisé et les spectateurs avec légèreté s’abandonnent vivement à la présentation de tableaux survoltés.

feydeau lavaudant.jpg

Grace Seri, André Marcon, Gilles Arbona. © Thierry Depagne

Dans un décor épuré se dresse, en la blancheur d’un huis-clos, cette énergie théâtrale où se tutoient prises de pouvoir, duels, complots, mesquinerie et moquerie. Aucun échappatoire possible, donc, pour les personnages. Les uns et les autres, les uns contre les autres, l’un sur l’autre – uniquement pour le comique de situation – mais jamais l’un pour l’autre. Si la quête du pouvoir est une disposition absolument masculine, où l’évocation de Clémenceau par Ventroux, joué par Manuel Le Lièvre, côtoie son désir d’accéder au poste tant convoité de « Ministre de la marine »; dans Mais n’te promène donc pas toute nue, elle est rapidement bafouée par l’ironie féminine. A Astrid Bas de faire donner la réplique à l’épouse, Clarisse : « Ministre de la Marine, toi qui ne sait même pas nager ! » Voilà le drame de l’époux, que scelle sans vergogne l’ironie d’une épouse, celui d’un rappel de la contradiction et, inévitablement, d’un retour à leur incapacité d’endosser une responsabilité qu’ils n’ont pas, quand celle qui leur est subordonnée n’est, au préalable, pas même remplie. Ainsi, à l’exemple de Ventroux, comment est-il sérieusement possible que Follavoine, dont le rôle, attribué à Gilles Arbona, puisse se pavaner en « homme d’affaires » devant Monsieur Chouilloux, joué par André Marcon, quand celui-ci se déleste de ses fonctions de pères, dans On purge Bébé ?

N’y aurait-il pas un véritable rôle à jouer dans la sphère privée avant de s’attribuer un soi-disant pouvoir public ? Deux mondes s’affrontent : quand l’époux est de sang-froid pour s’adonner au jeu social, l’épouse répond par une émotivité pleine d’agitation et tout aussi ridicule. Cet excès la précipite dans ce même cercle dérisoire, car toujours situé en dehors des réels conflits d’intérêts. Si tout est prétexte à l’agitation, l’« intranquillité » règne en maître. L’effervescence gouverne l’épouse et « l’in-quiétude » trouble le repos supposé de l’époux. S’engage alors une joute verbale où chacun cherche gain de cause et dernier mot.

Toute l’ironie de cette mise en scène repose sans doute sur l’abandon des illusions d’antan : pas plus d’amour que de lyrisme, ni même la recherche attendrie de quelconques circonstances psychologisantes, mais un affront gratuit visant à faire valoir sa position dans l’échiquier social, et surtout conjugal. Aux spectateurs, désormais, d’apprécier le pourvoir de cette mise en scène et d’estimer le rôle des acteurs, tous aussi brillants les uns que les autres et qui, venant piquer sa tranquillité font jaillir les couleurs d’un rire spontané, fruit d’un travail « au côté » de Feydeau par Georges Lavaudant.

Marie Chateau

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s