Vera dans une mise en scène d’Elise Vigier et Marcial Di Fonzo Bo par la Comédie de Caen

au Théâtre des Célestins en coproduction jusqu’au 8 octobre

Vera constitue la dernière pièce du dramaturge et cinéaste tchèque Petr Zelenka. Le spectateur peut être surpris voire dérouté devant la mise en scène qui donnerait presque le vertige. Six acteurs – Karine Viard, Helena Noguerra, Lou Valentini, Rodolfo de Souza, Pierre Maillet et Marcial Di Fonzo Bo- incarnent près d’une vingtaine de personnages. Les scènes paraissent exubérantes, aussi bien dans la dimension comique que dans la dimension tragique. Au demeurant, le talent des acteurs et les choix de mise en scène révèlent très vite toute l’ingéniosité de la pièce qui constitue une féroce satire sociale.

Le personnage central de la pièce, Vera, est incarné par Karine Viard en une impitoyable directrice d’une agence de casting. Lors de la première scène, on apprend qu’une des actrices de l’agence s’est suicidée et Vera est appelée pour procéder à la reconnaissance du corps. Elle se retrouve alors incapable de se rappeler le nom de l’actrice et oublie très vite l’événement pour revenir à son travail. A la fois ambitieuse, autoritaire et cruelle, le personnage est le reflet de son époque. Caricature d’une caricature, le spectacle parvient brillamment à souligner les limites et les contradictions d’un système néo-libéral destructeur des liens sociaux, d’un monde voué à l’implosion.

vera

Vera est sans pitié et ne pense qu’à ses intérêts. Les employés dans l’agence de casting paraissent être des coquilles vides et sont soumis à l’instant présent. Les personnages sont incapables de nouer des liens avec les autres et sont nécessairement déçus de leurs relations. Au sommet de sa carrière, Vera décide de faire fusionner son agence avec une importante agence anglaise dans un but lucratif et également dans un désir de puissance. Ce choix entraînera sa descente aux enfers, sa perte de contrôle sur sa vie affective, intime et professionnelle. Cet événement offre aussi l’occasion de mettre en lumière deux mondes. Celui des stars, de l’élite qui se complaît dans le luxe et le confort. Un monde qui cache une réalité plus noire, cruelle, qui n’est autre que le reflet du premier monde privé d’artifices. En dévoilant cette fresque sur notre monde actuel, Vera fournit une critique féroce de notre époque plongé dans l’individualisme.

Vera, qui était un personnage sans pitié, incapable d’empathie, se retrouve piégée dans ce système sans pitié pour ceux qui échouent. Mais même en perdant son travail, son logement, ses relations, elle ne change pas. Comme si la violence de ce monde avait laissé des stigmates indélébiles. En ce sens, le spectacle est une formidable satire sociale d’un monde en déréliction où transparaît une absence de valeurs. Pourtant, on ne parvient pas à se réjouir du malheur de Vera. Certes, elle tombe bien bas en n’hésitant pas dans sa survie à voler ceux qui souhaitent lui venir en aide. Mais c’est en voyant sur des écrans les images de la jeunesse de Vera, lorsqu’elle était encore innocente, qu’on comprend qu’elle est avant tout une sorte victime. Un pur produit de l’époque, d’un néo-libéralisme sans limite et sans pitié. Un monde emportant les autres dans sa spirale d’autodestruction, comme s’il refusait de disparaître…

David Pauget

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