La Belle et la Bête de Thierry Malandain par le Malandain Ballet Biarritz

Après avoir effectué une carrière de danseur interprète classique non académique, mais ayant ensuite intégré successivement l’Opéra de Paris, le Ballet du Rhin puis le Ballet Théâtre Français de Nancy, Thierry Malandain choisit de se tourner vers la chorégraphie. En 1997, il s’installe à Biarritz, où il devient une année plus tard le directeur du Centre Chorégraphique National – Ballet Biarritz, fonction qu’il occupe encore aujourd’hui.

A la tête de plus de 80 chorégraphies et d’une troupe assez présente sur les scènes, il reste un des artistes contemporains les plus actifs de sa génération. Ses ballets, toujours ancrés dans un répertoire classique merveilleusement remodelé, n’en finissent pas de plaire. Ovations à chaque représentations, c’est encore une fois un pari réussi que cette relecture du conte La Belle et la Bête, qui fut au départ une commande de l’Opéra de Versailles, en partenariat avec l’Orchestre Symphonique d’Euskadi.

C’est dans une atmosphère baroque, avec de somptueux costumes, que sur la musique de Tchaïkovski vont évoluer les 22 danseurs de la troupe. La mise en scène rappelle les pages d’un livre qu’on tournerait: durant tout le spectacle, un jeu de rideaux qui s’ouvrent et se ferment va servir à délimiter les espaces de danse et de narration.

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© Olivier Houeix

Tout débute avec un trio, qui à première vue laisse perplexe le spectateur. Les danseurs semblent tantôt rapproché, tantôt éloigné, et des portés succèdent à des rejets. Incarnent-ils des personnages du conte ? Leur vêtements, assez sobres, ouvrent peut-être un champ d’explication : ce sont des symboles qu’ils représentent. Le chorégraphe lui-même, qui dit s’être inspiré de la relecture cinématographique de La Belle et le Bête de Jean Cocteau, va dans ce sens, affirmant qu’ils représentent l’artiste, seul face à son œuvre et à lui même lorsqu’il veut créer. Position délicate et tortueuse, que l’on retrouve dans les personnages de la Belle et de la Bête.

Lorsque s’ouvre le premier grand rideau contre lequel dansait le trio, tout le corps de ballet est présent sur scène. Une composition harmonieuse se dessine, les silhouettes dorées des danseurs et des danseuses scintillent de mille feux et la magie opère. Nous sommes plongés dans le merveilleux. En outre, le langage chorégraphique de Malandain subjugue par ses écarts avec la tradition classique : ports de bras brisés, pieds flexes, pirouettes penchées, farandoles et passages au sol… Une gestuelle riche, foisonnante d’idées qui dessine sur notre visage un grand sourire tant le tableau est esthétique et agréable.

Plus l’histoire avance et plus nous nous prenons au jeu : la Bête, qui évolue sur scène avec un tissu recouvrant son visage, exprime uniquement avec son corps le déchirement qui la secoue et la souffrance qui l’habite. Tout en muscles et en puissance, le danseur qui l’interprète est tout simplement remarquable : on le sent prendre sa force dans le sol, et ses mouvements révèlent un caractère robuste, bestial et très émouvant. En parfaite opposée, l’élégante Belle, vêtue d’une robe brodée et vaporeuse, nous élève et place la Vertu au premier rang de la morale de cette histoire.

L’ensemble des décors participe également à la narration: est plaquée en fond de scène une immense toile dorée renvoyant à la page blanche face à laquelle l’artiste se trouve avant le processus de création. Une grande table en pieds d’animaux sur laquelle se trouvent un calice et un chandelier brillants matérialisent le château de la Bête. Ces quelques accessoires suffisent à nous immerger dans un autre monde, et rappellent par leur simplicité ingénieuse le ballet pantomime où en quelques gestes, tout est compris par le public.

C’est enfin sur le mariage de la Belle, qui a su voir dans son fiancé la Bête le gentilhomme victime du sort d’une sorcière maléfique, que se termine la fable de manière étonnamment mélancolique. En effet, cette union nous ramène lentement les pieds sur terre, et fait écho métonymiquement à la fin du processus créatif qui ramène lui aussi l’artiste dans la sphère réelle et non plus imaginaire. L’union parfaite avec son œuvre n’est qu’un instant éphémère, et les fins, bien que synonymes d’un prochain renouveau, sont toujours un peu tristes !

Se situant dans la droite lignée de Michel Fokine, Georges Balanchine ou encore Serge Lifar, Thierry Malandain est un des maîtres de ballet néo-classique les plus doués de notre époque, réussissant une parfaite synthèse entre ce qu’attend le public en se rendant à une représentation de ballet, tout en jouant avec les codes de celui-ci. Aussi, cette nouvelle pièce propose une mise en abyme originale de la relation qu’entretien l’artiste avec son oeuvre d’art : elle est parfois cruelle à l’image de la Bête, mais aussi une ouverture sur la beauté à l’image de la Belle.

Jonglant avec le populaire et le poétique, le classique et le moderne, et unissant à la manière des Ballets Russes l’art du décor, de la musique et des costumes, on attend avec impatience sa prochaine venue à Lyon avec sa troupe talentueuse pour faire partager au public un nouveau moment de bonheur comme celui que nous a donné La Belle et la Bête !

 

Pièce pour 22 danseurs. Durée 1h20

Chorégraphie Thierry Malandain. Musique (Piotr Illich Tchaïkovski). Décors et costumes Jorge Gallardo. Conception lumières Francis Manaert. Réalisation costumes Véronique Murat. Réalisation décors et accessoires Frédéric Vadé. Réalisation masques Annie Onchalo

Eléonore Kolar

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