TURNING_motion sickness version, une création de Alessandro Sciarroni

Si Alessandro Sciarroni est un artiste provenant des arts visuels, son champ d’activité reste cependant très étendu: entre théâtre, danse et performance il représente l’interdisciplinarité de l’art contemporain et n’a de cesse de créer des liens entre les différents domaines d’activités pour en faire ressortir la force et la beauté. Impliqué dans divers projets artistiques et présent dans de nombreux festivals de danse et de théâtre, c’est avec le Ballet de l’Opéra de Lyon qu’il monte pour cette biennale un nouveau volet de son cycle créatif « Turning ».

Le mouvement giratoire est pour l’artiste un mouvement naturel, universel, que l’on partage également avec l’espèce animale. En effet, les grandes migrations ne sont que des grandes boucles répétées à l’infini par certaines espèces : « L’idée de départ est venue de l’observation des migrations des animaux.[…] Petit à petit j’ai compris que ces animaux faisaient toujours le même trajet et à partir de là, j’ai commencé à réfléchir sur le mouvement de tourner » (propos recueillis par Isabelle Calabre dans le livret de présentation du spectacle). En apprenant petit à petit aux danseurs de la troupe à effectuer de long mouvements giratoires, et aidé par des techniques de méditations et d’exercices de médecine chinoise pour ne pas s’en rendre malade d’où le titre de la création, « motion sickness » – , une expérience émotionnelle fascinante est donnée à voir au spectateur.

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© Michel Cavalca

Le dispositif est assez simple : onze danseurs répartis en quinconce sur la scène, quelques jeux de lumières sur fond blanc, des habits pastels harmonieusement distribués. Tout est immobile, glacé. Puis une sensation de dégel survient, le regard est attiré par un danseur qui se met à tourner en cercle. Un autre fait de même, puis encore un, et ainsi de suite. Commence alors un processus qui ne cessera qu’au bout de quarante minutes.

Le spectateur est invité avec les danseurs à partager une expérience très particulière, une sorte de transe méditative dans laquelle ils entrent petit à petit. Commençant par tourner en cercle, ils termineront par une rotation sur eux-mêmes, comme si une sorte de spirale était en train de se dessiner très lentement. Le plus incroyable se trouve dans les infimes variations que prend cette « danse universelle », en adéquation avec les variations de la musique. Car parfois, les bras se lèvent en même temps puis descendent ensemble ; de temps à autre, une pirouette des plus classiques vient s’insérer dans ce tournoiement que l’on pourrait qualifier d’ « archaïque ». Un véritable mélange de genres et de cultures est transporté et suggéré par ce geste si ancien : on pense évidemment à la tradition soufiste des derviches tourneurs, dont la danse évoque l’universalité et la place médiane que possède l’homme entre la Création et le Créateur ; mais aussi tous les autres continents du monde où l’on retrouve dans la plupart des danses traditionnelles des configuration en cercle. En outre, le langage classique qui s’immisce dans ce tournoiement évoque a contrario l’Europe.

Cet archaïsme profond de la figure du cercle et le geste du tour font appel aux tripes du spectateur, le tout baigné dans une musique électronique des plus contemporaines ; on ne sort que bouleversé par la modernité de cette vision qui provient pourtant du fond des âges, mais comme nous le montre aujourd’hui Alessandro Sciarroni qui réussit merveilleusement bien à traverser les siècles… Un grand bravo aux danseurs pour leur courage et l’implication qu’ils ont du mettre dans ce projet difficile, et un grand remerciement au chorégraphe qui a eu l’audace de transposer cela sur scène pour offrir au public une bulle intemporelle dont nous n’avons que trop besoin dans une société où tout tourne, pour le coup, beaucoup trop vite.

Informations sur le spectacle :

Pièce pour 11 danseurs. Durée 35 minutes Chorégraphie Alessandro Sciarroni. Assistantes chorégraphes Marta Ciappina et Elena Giannotti. Musique Yes Sœur ! (Alexandre Bouvier et Grégoire Simon) Costumes Ettore Lombardi. Lumières Sébastien Lefèvre

Eléonore Kolar

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