Les dits du bout de l’île de Nassuf Djailani dans une mise en scène de El Madjid Saindou par la Compagnie Ariart Théâtre

à la Chapelle du Verbe Incarné à 19H45

La compagnie est une compagnie mahoraise qui présente sa création pour la première fois en Avignon. Le texte est une adaptation d’un texte de Nassuf Djailani De l’île qui marche vers l’archipel qui ploie. L’ensemble s’incarne sans artefacts par la simple présence des comédiens, rayonnants dans la dictée de ce texte orageux, sensiblement proche tant par les thèmes que dans l’histoire racontée du Cahier au retour d’un pays natal d’Aimé Césaire. On y retrouve en effet, traités avec une acuité contemporaine tous les thèmes propres aux poètes de la négritude : la difficulté de retourner au pays et de subir le spectacle de la misère humaine, la difficulté aussi de s’intégrer en métropole, l’impression d’être déraciné, de devoir retourner à l’aube de son accomplissement, de faire jaillir à nouveau la poésie pour pouvoir renaître et apporter un vent d’espoir au doute, un regard compatissant et aimant sur son propre peuple. On trouve aussi dans le texte quelques très beaux passages avec un texte d’une beauté littéraire indéniable.

Pour incarner ce projet, cette poésie enragée, mais contrairement aux poètes de la négritude, beaucoup plus douce et joyeuse, se dévoile sur scène un musicien semblable au nègre comique et laid du poème de Césaire, qui pulse le spectacle et donne des impulsions musicales et scéniques impérissables. Il concentre les regards, il est la musique même. Les trois comédiens qui se partagent le texte sont également plein d’une joviale énergie, lucides autant qu’on peut l’être sur une scène de théâtre. Ils apportent au texte, leur amour inconditionnel du théâtre et leur joie intense de partager avec le public. La scénographie se compose de quelques éléments déplaçables, simples objets sans consistances autre que le spectateur pourrait déceler. Le metteur en scène a su retranscrire dans les passages chantés et dansés, l’image d’un monde en renouveau, même si les thèmes abordés ont dèja été traité par les plus grands, la question n’est pas résolue, et voir ce texte, joué par des comédiens qui ressentent peut-être ce dépaysement porte un sens. Leur présence en Avignon porte un sens également, et il faut espérer qu’un tel spectacle puisse être programmé en métropole, parce qu’il porte un vrai projet dramaturgique et littéraire, une vraie proposition défendue avec ardeur et conviction.

Le spectacle apparaît ainsi comme une de ses découvertes que tout spectateur doit faire pendant un festival pour voir émerger une jeune troupe pleine d’avenir et dont le travail et la force grandiront encore…

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