How to Disappear Completely d’après Hölderlin, une création du BlitzTheaterGroup

à l’Opéra du Grand Avignon jusqu’au 10 Juillet

Entretien avec le Blitztheatregroup sur l’écho des planches

Le travail de ce groupe constitue une sorte de réagencement immersif des codes du théâtre et de la narration. Leurs travaux apparaissent comme des tableaux, ou des non-tableaux, aux points de fuite multiples et tapageurs, se déroulant à la cadence brimée ou exaltée du poème scénique qu’il font émerger. En effet, qu’est ce que la poésie sinon une manière de décaler les perspectives, de redonner un sens intense au temps et à l’espace ? Est poésie même ce qui rompt l’accoutumance d’après les mots de St John-Perse…

Ainsi, celui qui s’aventure dans cette représentation doit être prévenu des conséquences possibles sur son être profond, Angelica Papoulia insiste d’ailleurs sur cette dimension : « Nous avons cherché à créer sur scène un univers poétique qui ne soit pas facilement reconnaissable, facile à décrire ou à expliquer » (se reporter à la plaquette du spectacle). Ce collectif d’artistes définit son théâtre comme capable de converser avec l’abstraction, leurs créations dépassent et effacent les limites même du théâtre. Elles créent à chaque fois l’angoisse de l’attente et la colère de l’incertitude, deux choses qui auraient tendance à exaspérer ou à blesser un spectateur.

Cette nouvelle création du collectif programmé pour la première fois en Avignon nous surprend de nouveau ou plutôt nous suspens. Nous assistons à différents tableaux qui sont ponctués par les différentes parties de l’élégie d’Hölderlin, Ménon pleurant Diotima , dont l’empreinte lyrique imprègne toutes les images, mais d’un lyrisme déjà déchaîné, en somme réalisé et impuissant. Le texte résonne en même temps que les images au commencement du mouvement, quand rien encore ne saurait avoir de sens. La scène s’agrandit en un non-lieu, un lieu d’errance dans laquelle la parole est enfermée et lointaine, pourtant si proche, insaisissable parce que repliée sur ses propres circonstances.

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6 a.m. How to disappear completely © Christophe Raynaud de Lage

Le spectacle est irrigué par une sorte de rage du désespoir, l’image de gens qui se pendent ou qui sont pendus est en cela assez saisissante. Le spectacle amoncelle nombre d’images de la désolation tout en laissant peu à peu place à un vent d’espoir glacé induit par la croyance mythique du groupe dans l’ordre divin. La dernière partie du spectacle démontre cette force de la cité rassemblée qui s’attelle à combattre ses propres démons, on retrouve dans leurs perspectives la définition et le sens même de la tragédie originelle. Le groupe et le spectacle ne disparaissent dès lors pas complètement mais s’incarnent dans un ailleurs dans lequel le spectateur ne pourra jamais les suivre, à moins d’abandonner ses certitudes et de se dépouiller d’exigences au demeurant dictées par l’habitude. Une des grandes qualités de ce spectacle est de procéder à un dépaysement, tant dans l’atmosphère que dans l’univers proposé. L’élégie d’Hölderlin qui sert de fable balbutiante devient à la fois précieuse et envahissante, les mots finissent par résonner par tous et pour tous comme le souffle d’un cadavre qui exulterait son dernier soupir. Le souffle est bien ce pneuma au sens grec de souffle de vie qui se perpétue dans l’enthousiasme final mis au centre du dernier tableau de la pièce, enthousiasme qui permet à l’homme de renaître de ses propres défaites pour porter son amour vers l’espoir et la consolation. Le bleu azur final redonne confiance en l’avenir et annihile les lumières froides et noires des tableaux précédents.

Il faut être sensible au geste et se laisser porter par le collectif, qui au delà de l’invention formelle qu’il esquisse, redéfinit la poésie autrement, comme une construction impossible, impuissante mais tellement nécessaire au fondement de notre humanité, pour ne pas se laisser aller au désespoir et la mort.

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