nouvelle parution théâtrale

Toutes ces voix de David Léon (paru le 9 janvier 2020 aux éditions espaces 34)

Le livre vient de paraître aux éditions espaces 34. 

Chef d’œuvre

Parfois, il faut savoir le dire, prendre position, oser dire, oser penser que le livre que nous sommes en train de lire n’est pas simplement en train de nous « plaire » mais construit un véritable chef d’œuvre en nous. C’est ainsi que Toutes ces voix donne à dénouer les ligatures qu’il peut y avoir entre le réel, la fiction et les intentions de celui qui écrit, le tout étant désigné sous le terme de littérature, le tout faisant advenir une théâtralité. Ici, le réel est simple. L’auteur évoque sa vie d’éducateur auprès d’adultes handicapés et le soutien qu’il leur apporte au quotidien dans leur structure, pour les faire se sentir en vie (p. 17) et pour ne pas les laisser aller à la dérive (p. 34) à cause de leurs maladies psychiques et ou mentales. La fiction quant à elle n’est ici que le simple fait de raconter et de vivre un rôle d’éducateur qui se confond parfois avec celui du comédien et de l’écrivain ; la fiction devient alors une véritable épreuve (au sens quasi-judiciaire) qui permet de mieux comprendre les contours de ces personnes, d’avoir une image plus réelle de ce qui les anime, non pas délires, mais aspirations secrètes et rêves d’apaisements, parce qu’eux-mêmes savent qu’ils ne peuvent pas échapper à cette maladie, à cette fiction par essence qui se recompose sans cesse malgré eux :

« t’es décousu comme un vêtement qui a un trou, comme un vêtement que tu portes à l’intérieur, c’est un costume de l’intérieur et ce costume il a des trous et si tu tombes sur un de ces trous, bah tu déprimes, tu dois recoudre, prendre le fil et une aiguille et tout recoudre » (p. 14).

Quant aux intentions de celui qui écrit, ce sont seulement des interrogations. Et c’est là la grandeur de ce livre, c’est qu’il porte les interrogations d’un auteur de théâtre qui se demande s’il a le droit d’écrire sur ce réel auquel il est confronté chaque jour, si ce qu’il fait ne serait pas une trahison en écrivant précisément sur ce dénuement (p. 16) ou sur ce « déraillement » (p. 36). Il se demande en écrivant si son livre ne serait pas qu’une immense chanson de « geste » qui restituerait les quêtes intérieures et individuelles de ces personnes et prouverait la folie de leurs existences dans le chaos même de notre monde, acculés qu’ils sont par des drames de normalisations et par un sentiment grandissant de culpabilité à l’égard du droit aux minimas sociaux irrigué par le politique. C’est là ce qui évidemment donne à l’œuvre sa dimension universelle et géniale : en déniant tout pouvoir aux mots ou à l’écriture et en articulant le réel autour ce qu’il voit, perçoit, ressent, observe, David Léon donne effectivement à entendre Toutes Ces Voix, la sienne prise dans le tourbillon des autres, la sienne lovée dans l’affection et la compassion qu’il éprouve, la sienne encore dans son aspect médico-social, la sienne enfin comme pour défendre en eux ce qui effraie les autres et déconstruire les clichés : c’est à cette condition seulement que le lecteur, le citoyen, le frère humain peut entendre leurs voix et que le théâtre opère sa danse d’apparition et de vérité. Et pour en revenir à la comparaison que je fais avec la chanson de geste médiévale, l’écriture des gestes de ces personnes, vise non seulement à montrer leurs qualités exceptionnelles face à un monde qui leur est toujours hostile, où elles sont constamment mises à l’épreuve dans leurs corps et leurs fois mais le but de ces textes étant de forger un imaginaire collectif face à des peurs irrationnelles, leurs auteurs s’effaçaient au point que de nombreux textes restent anonymes. Ici, cet effacement de son auctoralité, David Léon la revendique au point de vouloir disparaître derrière les gestes qu’il retrace. Parce que si l’écriture lui tient lieu de « garde-fou » (p. 26), elle est aussi cette voix pudique qui l’empêche de faire autorité et de donner la moindre leçon de morale, de psychologie ou même d’humanité.

Et c’est cela qui rend cette œuvre d’autant plus rare qu’elle parle d’un endroit d’humilité en essayant de redonner de l’épaisseur à ces voix et à faire jaillir d’elles des « vibrations » (p. 17) ainsi que le nomme l’auteur. Toutes Ces Voix sont alors ancrées dans des tranches de vie, des moments d’échanges, des confessions, des instants simples où des paroles se rencontrent et résistent à la morosité et à l’angoisse, angoisse de l’écrivain de les rapporter, d’en reconstituer la lucide persévérance et les angoisses réelles de personnes souffrantes qui cherchent un équilibre dans la douceur et la stabilité du foyer dans lequel l’auteur travaille. Résister à la morosité enfin pour tout le monde, pour l’éducateur qui croyait jusque-là de ne pas pouvoir donner de voix dans son écriture à ces gens qu’il soutient au quotidien, morosité toujours du lieu même à qui il faut sans cesse instiller de la vie, de la douceur, des crêpes et ne pas se laisser intimider, submerger par les craintes que suscitent en nous les failles des corps qui nous entourent, comme notre propre faille à les raconter. Il y a donc dans ce texte de véritables questionnements non pas sur ce qu’est la folie mais en quels termes on en parle, et c’est là un des tours de force poétique de David Léon qui décline toujours ces frontières entre la maladie et l’individu en leur donnant un écho frémissant dans la nature qui nous environne comme si cet écart pouvait se métamorphoser en une force cosmique, aussi fragile qu’immuable ; comme Ovide racontait jadis comment pris en pitié par la souffrance que l’on éprouve après avoir souffert tous les maux du monde, les Dieux nous métamorphoseraient en un rouage de la nature. Et c’est là évidemment que cette poétique d’une nature enclose dans nos imaginaires (déjà présente dans Un jour, nous serons humains) prend tout son sens, car elle permet à l’auteur de faire basculer son écriture, dans le rêve et de la relier à la force cosmique de la nature. De nombreuses comparaisons se tissent au point que les « dangers » et les beautés de la nature jusqu’aux simples mouvements d’oiseaux en passant par des petits pans de natures ondoyantes reflètent le mieux l’ordre et le chaos, la fluidité et la tempête de nos âmes. Cette nécessaire mise en orbite de la pensée de l’écrivain fait justement naître la voix poétique de l’auteur ainsi qu’il le dit si bien :

« comme le ressac s’écroule à la frange de la plage, éparpillant le sable, l’écume, l’éblouissant, sublime, ces graviers qui déboulent roulent roulent qui scintillent à nos pieds » (p. 27).

Dès lors, à Toutes Ces Voix s’articule celle de la poésie, celle même d’un véritable art poétique où l’auteur s’il s’ancre dans l’autobiographique, comme ce fut le cas pour nombre de ses œuvres précédentes, subodore la voix de ces gens qu’il traverse chaque jour, leur donne une forme, une consistance. C’est précisément cela qui est le plus incroyable dans ce texte, c’est que ces voix deviennent réelles, proches, si proches qu’elles nous permettent de saisir jusqu’aux mécanismes insidieux de la maladie, d’en comprendre les tourmentes. L’auteur raconte ainsi comment peu à peu et par quelles étapes de réflexion il en est passé avant de pouvoir écrire sur ceux qu’il fréquente chaque jour. Dans ces propos se lit une réfraction de ce qu’est la théâtralité même : se laisser porter par les réactions de ceux qui nous font face pour laisser apparaître un peu de nous-même ou du personnage que l’on joue (ce qui se confond parfois dans certaines écoles de jeu), théâtralité à l’œuvre dans un travail d’éducateur où il s’agit d’accompagner ces personnes vers une forme de reconnaissance, de dignité, car à considérer les traitements qu’ils doivent prendre (dont les noms sont parfois écrits en majuscules dans le texte), on ne peut pas si aisément dénier leur inadéquation au monde.

Et c’est justement là le pouvoir de l’écriture qui peut balayer ces rapports de force entre le réel et ce que l’auteur appelle le culturel qui fixerait les normes, pour faire œuvre nouvelle, non pas d’éducateur, forcé dans le réel en quelque sorte à donner les médicaments, mais à faire œuvre de poète poussé par l’idéal et l’amour et voir ainsi en ces personnes une force sauvage, imprévisible et salvatrice.

Il en est ainsi des chefs-d’œuvres, et c’est pour cela qu’il ne faut pas avoir peur de le dire, ils changent radicalement notre rapport au monde en faisant naître en nous de nouvelles voix, qui dodelinantes, qui lyriques, qui drolatiques, qui encore mélancoliques. Et encore pour que le lecteur puisse s’en persuader par lui-même, j’ai pris soin de ne rien raconter de ces voix (outre le fait de tenter de retracer en filigrane la traversée polyphonique du dramaturge). Car ces voix sont pleines de grâces, même si elles sont parfois baignées dans des ténèbres, au cœur des ténèbres, de ce qui ne se contrôle pas, et d’essayer pourtant d’avoir un semblant de vie normale, de s’accrocher à des relations sociales et d’illuminer par sa parole pas toujours ordonnée, l’amour que l’on voudrait offrir au monde et à ceux qui veulent bien encore nous aimer. Et en pensant ne pas être légitime à parler de ces gens, l’auteur sans prétention, dans la plus belle simplicité de son écriture, nous donne à lire bien plus qu’un témoignage autobiographique, une pièce de théâtre qui érige la précarité morale et parfois physique de ces personnes non pas en l’affichant ou en la martelant derrière un discours accusateur ou moralisateur, mais en la laissant se dévoiler comme une écholalie de nos plus belles et délicieuses impostures, car on se reconnaît dans chacun de leurs mots et dans chacune de leurs voix.

Raf.

Portrait d’une sirène de Pauline Peyrade (paru en novembre 2019 aux Solitaires Intempestifs)

Billet Alchimique enregistré en direct pour les 10 ans de Trensistor à l’ENS (samedi 30 novembre 2019) de Lyon avec Marie Blanc pour les relances sur la nouvelle pièce de Pauline Peyrade. 


En ce mois de novembre 2019, Pauline Peyrade vient de publier sa troisième pièce, un triptyque intitulé Portrait d’une sirène avec la mention « conte » sur la première de couverture.

Ces trois textes (Princesse de pierre, Rouge dents, Carrosse) nous « plantent » et j’emploie ce terme à dessein, tout comme Éloïse, le personnage de Princesse de Pierre, une jeune collégienne harcelée plante son regard, et c’est une voix didascalique qui pose et superpose cette métaphore comme un défilé d’enjeux politiques majeurs. Car en plantant son regard on veut s’enraciner dans un échange peut-être encore possible avec ceux qui nous humilient mais on veut aussi se dégager de l’emprise que l’on fait peser sur nous ; mais en fait c’est déjà trop tard, on a déjà disparu, et on est déjà étouffé de résignation… Dans Rouge dents, c’est cette fois la voix d’une lycéenne qui se parle dans une danse d’apparition et qui ne se reconnaît pas dans la fragile candeur qu’elle est censée afficher et qui veut se reconquérir dans son corps empuanti par la pression irrationnelle de la consommation. C’est là toute la féroce espérance de ce personnage, c’est qu’elle va tenter de réveiller une ardeur première, sauvage, celle dont parle les contes d’aujourd’hui, affaissés, dépourvue de magie : une force de communication, de métamorphose, de symbiose avec la nature; tout comme dans les histoires d’Ovide, Gwaldys, c’est son nom, se mue en une bête formidable car exister dans ce qu’on lui impose est devenue trop insoutenable même si elle continue de faire semblant pour ne pas briser la fausse harmonie du rôle de princesse qu’on voudrait lui faire porter  :

« J’entrerais dans le monde intacte encore, avec l’illusion d’être inébranlable, que le monde est à la fois immense et minuscule, qu’il se résume à moi, à ce que je peux entrevoir de lui, des routes, de l’aventure ».

Cette opposition entre les deux voix, une qui se raconte dans ses secrètes espérances et l’autre, didascalique qui hérisse dans « un cri rauque, éternel, sauvage », les traces ondoyantes d’une parole libératrice et tangantielle, cette opposition donne à l’écriture l’impression d’un vertige resté planté au sol. Le dernier texte de ce triptyque, Carosse, évoque cette fois l’histoire d’une mère dépressive, Morgane, qui passe sa vie à dormir… Elle vit avec sa fille, une jeune collégienne. Dans cette dernière partie, le lyrisme cruel de Pauline Peyrade vient corroborer la volonté de se posséder, de se faire maîtresse de son destin, volonté qu’exprimaient les deux figures féminines des autres parties du triptyque. Cette volonté confrontée à l’échec du dialogue et au désespoir s’échappe dans un chaos démesurée, et cette femme tout comme les sorcières décrites dans les textes antiques, devient dans sa croûte exfoliante et souterraine, l’image même du désordre en même temps que la promesse d’un renouveau par la dépression magique qu’elle ose opérer et les interdits qu’elle piétine. Ainsi, entre la description d’une grande complicité mère-fille entamée par le passage à vide de la mère se lit, encore dans cette voix didascalique, un malaise brutal, obsessionnel, une vie qui ne progresse plus, bientôt engloutie dans un délire de destruction.

Par son tripytique, Pauline Peyrade redonne une forme et une consistance à des femmes qui ne parlent plus, elle dissèque leurs corps et leurs pensées pour en détruire l’apparente « beauté » révoltée, et pourtant par cette dissemblance entre leurs corps et l’impétuosité bestiale de leurs instincts de survie poussés à un épuisement fractal jusque dans l’écriture, le texte nous révolte parce qu’il interroge avant tout la monstruosité de nos préjugés et qu’il nous conte nos propres échecs et nos propres incertitudes… et tisse sur nos représentations mentales et sociales fantasmées, les fils d’or nécessaires de la littérature pour en découdre d’avec le réel.

Raf.


A retrouver sur l’écho des planches un entretien avec Pauline Peyrade enregistré le 19 juillet 2019 à l’issue de la mise en lecture de ce triptyque, Portrait d’une sirène, à la Chartreuse de Villeneuve-lez-Avignon à l’occasion des 46 èmes Rencontres d’Été 2019

De Terre de Honte Et De Pardon de David Léon : Regard sur le livre

Paru aux Editions espaces 34 en Janvier 2018

Lire pour pardonner, écrire pour mettre à nu

Ce livre appartient à un cycle de plusieurs œuvres qui évoquent une destinée familiale et traduit l’écriture comme une expérience sacramentaire, comme une nécéssaire eucharistie. Il faut ainsi montrer et découvrir de son suaire dans une sorte de grand retable, la profusion d’une vie ancienne et douloureuse. Ce retable, c’est l’œuvre littéraire elle-même, sculptée à vif dans la tourmente et l’oubli, dans l’imaginaire le plus insatiable, aux sources littéraires les plus fécondes de la Bible à William Faulkner. Cette filiation de la pièce aux sources originelles entre autres références que peuvent constituer la Bible et Faulkner, lui donne véritablement la fonction d’une ordalie. Car ce qu’interroge avant tout ce texte au regard de cette filiation, c’est la question de l’innocence et celle de la culpabilité comme une épreuve individuelle, une recherche de soi.

Chaque récit, chaque réminiscence, chaque parole que propose le texte est mené dans son rapport le plus intense à l’écriture littéraire elle-même, dans son expérience la plus inouïe, celle de lire pour pardonner. C’est-à-dire que les mots qui pardonneraient ne seraient pas ciselés dans la matrice de nos propres mots mais dans les mots qui nous traversent et dont nous retenons par bribes l’essentielle vérité qui nous contient. En cela, on peut supposer que ce livre se situe dans le sillage de Un Batman dans ta tête et Sauver la peau. Dès lors, l’écriture concentre un aspect auto-fictif en quelque sorte, autobiographique si l’on veut mais ces deux termes forgés et forgeant délimitent et définissent peu ce qui est à l’œuvre dans De terre de honte et de pardon.

Comment appelle-t-on une œuvre où les mots parlent à la place des mots, en dehors des mots et où l’écriture raconte un palimpseste indécent, où les mots des œuvres citées du carnet d’enfant et d’adolescent se mêlent et se superposent aux mots du poète ?Comment peut-on définir une œuvre qui emprunte dans son sillage aux plus grandes pulsions romanesques comme le travail sur l’hérédité ? Comment peut-on comprendre le travail enfoui d’un texte qui reflète tous les grands questionnements de chaque individu sur le genre, le rapport à la mère, le conflit avec la figure paternelle, l’expérience de la mort, l’insidieux brisement de la culpabilité et le peureux feston du pardon ? Comment enfin interpréter cette œuvre qui essaye de montrer que malgré le pardon, malgré une harmonie renaissante où l’on entend des oiseaux piailler et roucouler avant de disparaître (p. 44) partant d’une atmosphère serrée et hivernale, « sépulcrale » où « l’oiseau s’est tu » (p. 11), que malgré cela encore le chaos demeure toujours aussi irréfutable ?

Comment et peut-être surtout pourquoi essayer de mettre des mots sur une expérience de lecture aussi déroutante que celle d’un tel poème en fusion qui nous titille par mille anicroches ?

En réalité, la seule chose que l’on puisse faire lorsqu’on cherche à trouver un sens à l’écriture, c’est de se laisser prendre par le dispositif de voix qu’elle engendre, la voix d’une tradition biblique et ses multiples ramages dans la littérature et l’imaginaire collectif à laquelle se muerait une voix sans réel ancrage, errant au gré des souvenirs, reflétant la douleur et la violence comme un fanal au murmure aiguë déploierait son plus imperceptible crépitement du plus profond de la nuit, quand les mains deviendraient le créateur d’une nouvelle espérance, la naissance peut-être même de toute écriture littéraire. Ainsi, ce qui émerge de cette œuvre, c’est peut-être le rapport de l’enfant face à la terreur que lui inspire les récits bibliques (les épisodes du Jugement de Salomon, de Caïn et Abel sont entre autres convoqués) à laquelle s’ajoute la découverte de la Littérature qui a trait à la vie dans son aspect le plus farouche et le plus inconsolable. A ces rapports de lectures qui fondent l’individu, s’adosse l’histoire, celle que porte chaque individu, de ses échecs et de ses forfaitures, qui l’étouffe et qu’il étouffe. C’est surtout en cela que l’œuvre rejoint ces grandes sœurs koltésienne et lagarcienne, peut-être dans le traitement du fait familial, du rapport de l’individu à sa famille. Il y est en effet évoqué des rapports familiaux éreintés par des non-dits, des drames familiaux racontés avec la pudeur d’un poète qui n’abandonne pas l’espoir de dépasser la honte et l’humiliation originelle qu’il éprouve. La description des faits précis lui appartient et au fond elle importe peu. Le plus important est dans le souvenir qu’il en donne au lecteur, un souvenir qui est toujours une forme de rédemption, qu’il traduit dans son écriture furieuse de silence et d’apaisement. Car si David Léon écrivait véritablement son histoire, cela ne ressemblerait pas à l’œuvre qu’il nous offre ici qui n’est ni une confession, ni un récit, ni un poème, ni même un exutoire, mais une pièce terriblement théâtrale dans le rapport intime qu’elle tisse avec son auteur et qui est au centre des écritures contemporaines de notre siècle. Terriblement mystérieuse aussi comme si un être était capable d’interagir avec sa propre voix, dans un dialogue éternel avec ses souvenirs et ses offices : lire pour pardonner et écrire pour voir, pour mettre à nu… C’est ce que que la mère dans son infinie grandeur (dédicataire du livre) aura perçue depuis bien longtemps dans l’âme de l’écrivain qu’elle appelle de ses vœux :

« Tu nous avais mis nus devant Tes yeux depuis longtemps. Et Tes déclarations d’amour et Tes déclarations de guerre et Tes verdicts ou Tes menaces qui durent depuis longtemps au vieux pays. Et Tes encouragements et Tes exhortations et Tes prières ou Tes paroles en crise. Et tes naufrages Tes décapitations. Tes morts et Tes baptêmes. Tu nous avais mis nus devant tes yeux depuis longtemps »

Les italiques sont censées nous indiquer un emprunt dans le texte mais de nombreuses italiques apparentées à des emprunts n’en sont pas. Alors au fond, quel que soit l’auteur de cette énumération, je l’ai « recopié » comme cet acte insensé qui traverse toute l’œuvre, recopier comme une trace de notre lecture, comme une trace imprégnée de notre vie et de notre ivresse… offerte à la multitude en rémission des péchés, vous ferez cela en mémoire de moi…

Le texte a déjà fait l’objet de deux lectures, à la Baignoire de Montpellier en janvier 2017 et à Théâtre Ouvert en novembre 2017.

Pour aller plus loin sur l’auteur :

Un entretien à la radio l’écho des planches réalisé par Raf en juillet 2017

Un article de Raf sur I/O à propos du travail de l’auteur

Une chronique sur le livre La Nuit, la Chair sur la radio Trensistor