William Shakespeare

Macbeth Philosophe mené par Olivier Py et Enzo Verdet avec les participants de l’atelier théâtre du Centre pénitentiaire Avignon-Le Pontet

Chronique enregistrée sur l’écho des planches le 18 Juillet, diffusée le 19.

Un Macbeth au sommet

C’est la troisième année que l’atelier se produit hors des murs de la prison. Après Hamlet, et Antigone, Olivier Py adapte et traduit des passages de Macbeth pour en donner une version pour huit comédiens intitulé Macbeth philosophe. Une pièce de Shakespeare, c’est avant tout quelque chose d’une respiration impossible, de personnages dont les idéaux les plus saints sont balayés sans cesse par des inclinations tapageuses et d’autant plus dans cette histoire où le personnage de Macbeth est étouffé en quelque sorte dans sa propre fureur même si comme chaque humain, il a des moments de doute sur la légitimité de ses actions. D’une certaine façon, cette pièce évoque aussi comment on peut basculer dans le crime, et surtout comment excité par nos désirs, on en devient aveugle jusqu’à en perdre notre part d’humanité. Cette mise à l’épreuve de l’humanité du personnage, Redwane, le comédien qui joue le rôle de Macbeth, l’incarne parfaitement, parce que les monstres n’existent pas, ils ne sont que le miroir d’une société qui pousse toujours plus loin le désir de possession, toujours plus loin la volonté de soumettre ses semblables à ses ordres impérieux. C’est en cela qu’on sent chez le comédien une sincérité offerte, qui est capable de montrer les deux aspects du personnage avec une acuité et une puissance qui fait tressaillir, son jeu oscille entre une dureté presque martiale et une sensibilité accablante quand il attend et écoute les paroles fielleuses de sa femme Lady Macbeth, magnifiquement interprétée par Christian.

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Macbeth Philosophe © Christophe Raynaud de Lage

Le dispositif scénique permet de renforcer ce spectacle de l’horreur, les trois tréteaux disposés dans cette grande salle figurent des aires de pouvoirs, les deux tréteaux jouxtant le mur étant habillés d’une toile représentant des bâtiments majestueux, architecture de la démesure et de l’écrasement. Au centre, se trouve un tréteau circulaire, blanc. Les comédiens se déplacent ainsi dans cette grande salle et l’inondent du fracas de leurs voix puissantes qui fait résonner le texte, aidé par des petites notes de musique qui viennent ponctuer certaines scènes. Un personnage masqué intervient tout au long de la pièce, comme le catalyseur de tous les présages de mort, et traverse la salle, cette figure additive au texte permet de donner à l’adaptation un sens plus cosmique, plus immédiat et renforce même l’apparition des sorcières au début du texte en donnant à voir quelque chose de transcendant, comme pour incarner le destin en un corps d’homme. Car cette figure traversante annonce aussi en quelque sorte le basculement irrémédiable de la machination des époux Macbeth, elle est ce témoin presque mutique, cette conscience de nous-même qui nous dit parfois d’arrêter avant qu’il ne soit trop tard, elle est cette ombre vigilante qui parfois nous dépossède de notre colère et nous empêche de devenir autre.

La troupe de comédiens est exceptionnelle et on perçoit ses progrès de plus en plus fulgurants, dirigée par Enzo Verdet et Olivier Py dont on perçoit dans le travail de la langue, le lyrisme absolu qui traverse les comédiens, et qui transperce le public, le spectacle n’est que puissance et volupté, un grand moment théâtral, à quand la cour d’Honneur pour ces comédiens majestueux…

Raf.