Critiques de Spectacles à Lyon, danse

Ouverture de Saison réjouissante pour le Ballet de l’Opéra de Lyon

La Maison de la Danse a accueilli cette semaine l’ouverture de la saison du Ballet de l’Opéra de Lyon, des retrouvailles placées sous le patronage de trois figures majeures de la danse contemporaine : William Forsythe, Mats Ek et Anne Teresa De Keersmaeker.

Pièce pour quatre danseurs, N.N.N.N de William Forsythe, fait ainsi son entrée au répertoire du Ballet de l’Opéra de Lyon et ouvre la soirée. Souffles, pas, sons des corps qui s’entrechoquent ou se touchent, constituent – presque – l’unique partition musicale, augmentant aussi l’intimité entre le public et la scène. Nous sommes au plus près des interprètes, qui outre la précision et la virtuosité de leurs mouvements, offrent aussi une expressivité d’une grande amplitude. Cette amplitude sensible côtoie ici également le jeu et l’humour, les danseurs s’amusant souvent de l’incongruité de certains placements et de certaines interactions entre leurs membres (ceux des autres danseurs mais aussi les leurs). Au-delà de la convocation du comique de geste ou de situation, ce jeu sans musique entre les interprètes résonnent aussi à nos yeux comme un appel à de plus vastes interrogations, dont la danse nous propose toujours des réponses singulières : que faire d’un corps, de son corps, dans l’espace ? Un corps peut-il exister seul dans l’espace ou bien est-il dépendant de sa confrontation à celui de l’autre ? Quelle pensée peut-elle surgir de ces corps en interaction ? Si les réponses ne sont bien sûr pas données sur scène, la virtuosité des danseurs nous permet d’accéder à ce lieu d’un corps dansant qui nous touche, nous interpelle et questionne intimement notre propre conception et rapport au corps.

L’interaction avec l’autre est aussi au centre du Solo pour duo de Mats Ek, de manière plus explicite ici puisqu’il est question sur scène d’un couple et de la façon dont chacun peut s’adresser – ou non – à la solitude de l’autre. Ici encore, l’expressivité des danseurs épaissit encore le sens de leurs mouvements, de leur luttes ou de leur tendresse partagée. Il semblerait que chaque interprète augmente chaque geste d’une épaisseur sensible, multipliant les interprétations possibles.

La soirée s’est clôturée sur la pièce Die Grosse Fuge, par Anne Teresa de Keersmaeker sur la partition éponyme de Ludwig van Beethoven. Créée en 1992, la partition de danse s’impose aujourd’hui comme un classique de la danse contemporaine, explorant entre autres le motif de la chute. Si l’ambition ici peut être de donner à voir la musique, les corps des huit danseurs épousent et explorent en effet ces rythmes répétitifs, entêtants, insistants, donnant toute leur valeur aux intervalles et aux silences. S’enchaînent les face à face, les confrontations, les mouvements de groupe et chaque danseur et danseuse est vêtu(e) du même costume de ville, noir et blanc, sobre, souple et rigide à la fois. Ces couleurs et ces lignes dessinent un tableau en constante mutation, et l’agilité de l’interprétation, vive et précise, nous ferait presque croire à une improvisation de groupe, emportée dans et vers un même élan, une même quête. Les systèmes de boucles et de ruptures font de ces quinze minutes de partition un moment hypnotisant, visuel, sonore et sensible. Cette musique qui n’a pas été écrite pour la danse nous apparaît ici indissociable du corps de ballet.

Die Grosse Fuge / Anne Teresa
De Keersmaeker
© Bertrand Stofleth

Les trois tableaux successifs dessinent ainsi une ouverture de saison réjouissante, à la fois libre et virtuose, dont l’inventivité à l’intérieur du cadre exigeant de chaque pièce nous laisse envisager le meilleur pour les créations à venir.

Marie Blanc.

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