Battlefield d’après le Mahabharata et la pièce de Jean-Claude Carrière dans une adaptation et une mise en scène de Peter Brook et de Marie-Hélène Estienne

© Simon Annand

Au Radiant-Bellevue, le 30 Novembre et le 1 er décembre

Peter Brook nous livre ici une version courte et des morceaux choisis de l’épopée du Mahâbhârata, à travers l’histoire du vieux roi Dritarashtra, de son neveu Yudishtira ainsi que de sa mère et de son grand-père. Le spectacle reprend le légendaire spectacle que Peter Brook avait mis en scène dans la carrière de Boulbon à Avignon il y a une trentaine d’année et pour lequel il avait même crée ce lieu mythique du festival d’Avignon (à ce sujet retrouvez la chronique de Julie Briand sur l’histoire de la Carrière de Boulbon sur l’écho des planches).

Son spectacle épique trouve ici un souffle plus intime à travers une interprétation mesurée et tranquille de quatre comédiens accompagnés d’un musicien jouant d’une sorte de djembé traditionnel japonais qui donne et instille le pouls de la fable en lissant les silences vers des passages progressifs à l’échange et à la parole. Les quatre comédiens s’adonnent à une fable puissante, personnages ou plutôt paraboles d’un monde total plein d’une sagesse capable de questionner l’horreur et le pouvoir guerrier absolu, sagesse dont le monde présent manque cruellement en voyant, impuissant, Alep mourir sous les bombes et sur le joug d’un pouvoir obsédant et terriblement meurtrier. Battlefield nous raconte comment le Vieux roi décide en quelque sorte d’abdiquer après avoir vu mourir ses fils et de nombreux hommes sur le champ de bataille dont il était lui-même l’instigateur. On voit peu à peu, même sur la courte durée du spectacle le personnage de Yudishtira le nouveau roi entrevoir la puissance de son orgueil et tenter de la maîtriser pour éviter de nouveaux malheurs, peut-être en écoutant les récits de son grand-père plein d’une sagesse populaire.

La fable est évidemment intemporelle et elle raconte quelque chose de notre présent. On regrette la durée très courte, trop courte du spectacle, pourtant tout est mis en place avec éclat et lucidité tant dans le jeu très ouvert et respiratoire des comédiens que dans la légèreté de la mise en scène et des dispositifs scéniques avec des sortes de morceaux de tissus et des écharpes de couleurs. Les lumières mêlées aux coloris des tissus donnent une tonalité délicate et langoureuse à la scène, même si la vraie lumière vient de la fable elle-même, dont la grandeur d’âme et le souffle mélancolique et angoissé, et en même temps plein d’un humour fragile, nous emporte sans discernement. Il suffit simplement d’écouter ce récit plein d’une innocence et d’une beauté politique et poétique qui nous rappelle le souffle de nos plus grands dramaturges.

Peter Brook avec cette version épurée du Mahâbhârata retrouve l’expression d’un théâtre total, dont l’espace scénique retrouve ce grand espace vide bientôt rempli par la présence et l’omniscience des comédiens, que dire de plus… C’est simplement beau, tranquille et apaisant, les personnages apprennent à transformer la souffrance en amour, c’est là la plus belle alchimie qui puisse exister chez l’être humain, peut-être ce qui lui permet de survivre depuis la nuit des temps…

Les dates restantes de la tournée :7 au 9 décembre 2016 : Théâtre de Villefranche, 4 au 8 janvier 2017 : La Comédie de Clermont / Clermont-Ferrand, 12 au 14 janvier 2017 : Les Théâtres de la Ville de Luxembourg / Luxembourg, 18 au 20 janvier 2017 : Comédie de l’Est / Colmar, 28 février au 2 mars 2017 : Théâtre de Nice, 6 au 8 mars 2017 : Comédie de Saint-Etienne, 26 au 30 juin 2017 : Théâtre des Nations / Moscou / Russie.

3 commentaires

    1. Merci pour votre commentaire, oui c’est vrai que cela peut à certains égards paraître assez ampoulé, mais c’est le ton de l’épopée à mon avis, on ne peut pas le reprocher à l’adaptation…

      1. Oui je suis bien d’accord. Je pense qu’il y a quelque chose dans le style de Peter Brook (j’avais la même impression il y a quelques années déjà avec son Hamlet aux Bouffes du Nord) de la gestuelle qui est ampoulée et trop plein ; cependant on ne peut qu’applaudir au souffle épique ! Merci de votre billet !

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