Une vitalité désespérée d’après les œuvres de Pier Paolo Pasolini dans un montage et une mise en scène de Christophe Perton par la compagnie Scènes&Cités

Le montage de textes poétiques de Pasolini et son assemblage dans une dramaturgie à la lisière des corps et des écrans s’abreuve d’une veine fragile et s’enchaîne avec une forte acuité des sens. Au demeurant, le travail de la compagnie permet de découvrir pour un novice l’oeuvre de Pasolini. On redécouvre des images, des musiques, des ambiances issus de ses plus grands films. On retrouve mêlés à ce fracas d’images et de perceptions, des textes dramaturgiques et poétiques.

L’ensemble évolue avec un jeu d’acteur très fortement imprégné d’émotions non palpables, d’une profondeur enclose, d’une distance conquise qui nous permet de prendre du recul et de trouver des résonances à l’oeuvre de Pasolini dans nos vies exsangues.

Il y a un travail sur la langue de l’artiste avec un mélange d’italiens et de français. Quelques passages éprouvent des images d’archives où l’on entend la parole de Pasolini et où l’on perçoit son regard fragile plein d’une lumineuse lucidité. La compagnie nous livre une très belle performance, mais qui reste cependant un spectacle-montage qui nécessiterait des éclaircissements contraires.

En effet, le spectacle se dispose dans un enchaînement de situations sans que pourtant le spectateur puisse saisir les liens entre les différents lieux d’expositions. Il y a une très belle facture notamment dans le rendu des images vidéos, mais certains dispositifs abrogent le texte et l’obscurcissent grandement. L’ensemble dès lors s’énonce clairement, mais les dispositifs dramaturgiques pour le dire eux ne viennent pas aisément.

La compagnie portée par des comédiens puissants manque dans ce spectacle de discernement. Pour établir un parallèle avec ce genre de montage, le travail de Falk Richter et de Stanislas Nordey autour de Fassbinder était beaucoup plus fort et intéressant parce qu’il permettait de faire surgir une certaine histoire de la réception de l’oeuvre et de ce qu’elle signifiait présentement dans notre occident putréfié par l’extrême-droite. Ici, il s’agit juste d’une superpositions d’histoires, il n’y a aucune trame définitoire qui pourrait donner un sens à l’oeuvre de Pasolini. Entendre sa parole ne suffit pas en soi, il faut un texte dramaturgique qui puisse en préciser les contours, en dresser les résonances et en apporter un sens, mais non pas un sens politique ou philosophique, mais un sens poétique.

Il ne suffit pas de parler de la vie d’un poète pour entreprendre une œuvre dramaturgique, ici le montage reste montage et ne fait pas corps avec Pasolini, d’autant qu’il me semble que la multiplication des références crée une confusion certaine et palpable : on observe en tant que spectateur mais on ne peut se saisir de rien… Dommage car il y a de vraies possibilités et un vrai potentiel dans ce travail que l’on voudrait plus sobre et moins résolument sombre et désespérant.

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