Démons par la Compagnie La Brèche librement inspiré de la pièce de Lars Norén dans une adaptation, une conception et une mise en scène de Lorraine de Sagazan

à 19h40 à la Manufacture

Ce spectacle de Lorraine de Sagazan interroge le tragique de la vie en couple et de la mort de l’amour et du désir. Il s’agit d’un huis clos librement inspiré de la pièce de Lars Norén. Pour contrer l’ennui, Antonin et Lucrèce décident d’inviter tous les voisins de leur immeuble. Ces voisins, ce sont nous, qui assistons médusés à la chute de ce couple. Le rire se confond avec la gêne. On notera qu’Antonin a une urne funéraire qui contient les cendres de sa mère. Mais on réalise assez vite que ces cendres constituent la métaphore de leur couple, de leur amour. De la mort du désir.

Cette pièce est d’une douce noirceur, mais se veut résolument pessimiste. Ici le rire n’est pas pour se purger de ses passions, il s’agit d’un aveu d’impuissance, d’un dernier soupir pour communier avec tristesse et rire avec le public. Le spectacle est d’ailleurs « interactif » grâce à un dispositif en scène bi-frontale, et fort heureusement, il ne s’agit pas d’un vain exercice ; au contraire cela participe au processus d’identification : les acteurs qui se déchirent forment en réalité notre propre reflet, l’extériorisation de nos démons intérieurs.

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© Pauline Le Goff

La réalité devient un concept malléable, que chacun essaie de s’approprier de façon maladroite : faire le show sur scène, inviter une femme du public à danser ou chanter, faire semblant de jouer au tennis avec un spectateur. La scénographie de Céline Demars est réussie et participe à la progression dramatique, révélant la vie intérieure des personnages. Un simple appartement moderne, relativement vide… à l’image de la vacuité de la vie ses occupants ; des bouteilles d’alcool posées sur un meuble, les acteurs s’y dirigeant dans les moments de tension, tel un abri illusoire contre le fatum.

Les démons nous habitent et il devient impossible de les chasser. Le regard de l’autre n’est alors plus liberticide mais justement une invitation à révéler ses démons intérieurs, à cesser de refouler, à se libérer comme pour mieux accepter ses démons intérieurs et tenter d’atteindre l’ataraxie, la tranquillité de l’âme.

On ne peut que saluer l’intelligence et la profondeur de ce spectacle, ainsi que le talent incroyable des deux acteurs qui font montre d’une impressionnante capacité de répartie et d’improvisation.

David Pauget

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