BIT, un spectacle conçu par la compagnie Maguy Marin

( Vu dans le cadre de Théâtre en Mai au Parvis St Jean )

 

Certes, « au départ, il y a le rythme ». Mais désir, pulsion sexuelle et pulsion de mort sont les maîtres-mots de BIT, la danse-théâtre de la marraine du festival Théâtre en Mai, Maguy Marin, incarnant la révolte poétique.

Les danseurs évoluent gaiement en farandole sur scène, trois hommes et trois femmes -comme par souci d’équilibre- en parfaite symbiose. L’ambiance est joyeuse dans ce doux cosmos, ce monde organisé où on se tient par la main et où on se prête à jouer à des jeux enfantins comme celui de cache-cache, avec un décor caractérisé par six plans inclinés. Tout est parfaitement maîtrisé : les jeux de lumière alternent entre clair et obscur, les sauts sont calculés avec précision, comme si des battements réguliers régissaient totalement l’univers de BIT.

Mais tout le talent du spectacle réside dans sa force et sa violence salvatrice à nous montrer l’évolution du désir en désir de mort. Le groupe se disloque, la farandole joyeuse se rompt et une poussière d’individualités apparaît. La femme devient un simple objet sexuel dans ce nouveau monde. Cette rupture est sublimée avec talent par l’excellente partition de musique électro de Charlie Aubry.

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© Didier Grappe

Dans ce nouveau monde sans repère, sans éthique, les personnages évoluent tels des reptiles, soumis à des besoins primaires. Les viols se succèdent, des moines se livrent à une tournante sur ce qui semble être un cadavre de femme, comme pour mieux lier pulsion sexuelle et pulsion de mort. Les battements cessent d’organiser le monde, et le phallus dans BIT devient une arme de domination massive de la femme.

Le spectacle réussit parfaitement à retranscrire toute la rage de Maguy Marin contre un ordre établi profondément injuste, contre les dogmes qui justifient les oppressions. Ces pulsions de destruction et de domination habitant chacun d’entre nous, cela renforce considérablement la catholicité de ce spectacle. Le cri de révolte de la marraine du festival est peut-être le soupir de la créature opprimée, impuissante, à l’image des danseurs qui se jettent dans la vide à la fin du spectacle, seule issue possible tandis que les ténèbres dévorent tout sur leur passage.

Mais on préfère voir BIT comme avant tout un hymne à l’art, capable de changer et de sauver des vies, et d’offrir un droit à la transcendance…à défaut d’une révolution.

 

David Pauget

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