La Bataille d’Heiner Müller dans une mise en scène de Kiryong Son au théâtre des Amants du 5 au 27 Juillet à 20h15 par la compagnie coréenne du Theatre Storm.

Cette réinterprétation des cinq tableaux de Müller est très intéressante, et la vision chorégraphique qu’en a fait cette troupe augmente l’atmosphère étouffante et violente de l’histoire. Le corps tient une place particulière, il est montré supplicié et meurtri, à la frontière ou même dans les sillons de la mort. Une mort qui est souvent violente et exprime toute l’horreur de la guerre et du massacre.
La pièce est jouée en coréen surtitrée en français, mais les mouvements, les danses et les chants sont si expressifs, qu’il n’est nul besoin de se demander le sens d’une telle performance, les seuls corps par les costumes expriment également l’éthos du personnage avec les expressions très travaillées du visage. Chaque tableau est indépendant, l’accumulation est dévastatrice et nous conduit au bord de l’horreur, même si le dernier tableau réifie l’espoir et accomplit un rite funéraire inversé ou les rêves et les utopies sont les garant d’une liberté totale, ou l’humain existe entièrement dans une incantation rythmique au son du tambour, qui assourdit le spectateur de telle sorte qu’il ne peut plus rien entendre d’autre que le battement de cet espoir qui surgit à la fin de la pièce.

La mise en scène est très imagée, quoique qu’avec peu d’ampleur, les costumes sont bien ceux de cette Allemagne Nazi, qui pour ces coréens est associé à la situation politique de leur pays et cette division dichotomique de la corée. Tous les tableaux se déroulent de la nuit les longs couteaux à la débâcle de l’armée nazie et nous montrent la peur, la terreur du consentement meurtrier, la force de l’endoctrinement, la notion de sacrifice.

Cette mise en scène flamboyante met en exergue la place de l’humain dans une dictature, à travers les différentes danses macabres et les actions des personnages, on remarque qu’il leur reste une conscience et que le doute persiste toujours en eux sur le sens de leur action et de leur sacrifice. L’utilisation d’un masque qui recouvre la moitié du visage à plusieurs reprises opère un dédoublement, il y a une part de non-être, ou en tout cas d’une chair sans imagination et incapable d’émotions, et il y a une part de sentiments, de valeurs individuelles qui déterminent chaque être et le pousse à une réflexion autotélique : en effet, il trouve la réponse dans leur être profond et c’est ce qui explique à plusieurs reprises les suicides des personnages ne pouvant affronter l’humiliation de la défaite, l’humiliation d’avoir massacré.

Dans toutes ses situations de contraintes, le metteur en scène et les comédiens ont su s’approprier la pièce et en faire une remarquable interprétation ou rien n’est définitif, où la musique avec un piano électrique et un tambour, incarne une forme de transcendance qui rythme avec frénésie, la torpeur des êtres destinés à la mort et à l’anéantissement. Cette leçon d’existence nous immerge dans un véritable univers, admirablement crée et tenu par cette troupe sans la moindre faiblesse. Ce spectacle est d’une violente beauté, d’une cruauté sans fin, nous invitant à réfléchir sur notre existence.

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