Julien Storini

LE NOSHOW par le Collectif « Nous sommes ici »

Vu à la Comédie de St Etienne, début décembre.

Comment payer ?

Vous êtes vous déjà demandé comment sont produites les choses que vous consommez ? À l’heure où notre société prend de plus en plus en compte les critères écologiques, sociaux ou éthiques dans ses choix de consommation, cette question se pose de plus en plus souvent. L’idée que nos dépenses d’argent sont des votes, qu’il faut soutenir certaines filières plus que d’autres, bref s’interroger sur l’utilisation qui est faite de notre argent devient une préoccupation de plus en plus régulière des consommateurs que nous sommes.

Alors pourquoi ne pas amener ce questionnement sur les plateaux de théâtre ? Après tout il s’agit bien du même registre : le prix de notre place de spectacle reste le même selon le nombre d’artistes au plateau, la taille de la scénographie ou le coût de la technique. Comment savoir si cet argent est bien utilisé, et surtout s’il permet de rémunérer de manière juste et éthique toutes les étapes d’un processus de production ? D’autant plus qu’en France nous disposons de dispositifs très spécifiques, comme le système de subventionnement ou encore le régime de l’intermittence, qui permettent de faire peser une partie du poids financier d’une production sur la solidarité inter-professionnelle et sur l’État. Mais ceci n’est pas nécessairement le cas partout, notamment chez nos voisins les canadiens…

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© Renaud Phillipe / Collectif Nous sommes ici

La troupe du No-show se pose cette question, et surtout la pose au spectateur puisque le spectacle est particulièrement participatif : alors que chacun est libre de payer le montant qu’il souhaite au moment de rentrer dans la salle, il faudra ensuite en assumer les conséquences et, devant l’incapacité de payer tout le monde dignement avec l’argent gagné, le public devra sélectionner les comédiens qui resteront au plateau pour cette représentation. Au-delà de ce tour de passe-passe que l’on sent truqué, le propos reste pertinent dans la mesure où il permet de créer un spectacle à trous, avec des comédiens qui laissent une grande part ouverte à l’improvisation et au ludique.

La forme du spectacle, conférence autour du sujet de la production du spectacle vivant est parfois trop pédagogique ou didactique, le propos est parfois trop attendu, cependant la forme est très pertinente et de nombreux tableaux sont particulièrement intéressants. On retiendra les moments où l’on ne sait plus si on est dans un registre de documentaires auto-biographiques ou dans la fiction, ceux où la théâtralité prend, gagne et garde ses lettres de noblesse dans le flou qu’elle permet d’entretenir avec les différentes strates de réalité, les temps de vulnérabilité sincère et de vrais questionnements.

Ainsi, le sujet du spectacle se confond avec sa réalisation pour interroger de manière très percutante les réalités économiques d’un secteur qui doit et peut divertir mais doit aussi amener à la réflexion et permettre de penser et verbaliser des choses de manière plus radicale.

Louise Rulh