Alceste ou le sacrifice d’Admète de Tilemachos Moudatsakis dans un texte d’Euripide par la Compagnie des Vivi

à L’Albatros, à 18h45

C’est une éblouissante représentation de l’Alceste d’Euripide que nous offre la troupe Vivi, dirigée par le metteur en scène grec Tilemachos Moudatsakis. Dans ce spectacle en grec et sous-titré en français, le spectateur ressort conquis par la performance des comédiens. En effet ces derniers nous livrent une véritable danse du corps. Il s’agit d’une danse tragique qui inquiète et terrorise parfois, mais qui retient le public du début à la fin.

L’Alceste d’Euripide n’est pourtant pas une tragédie au vu de son dénouement : Admète doit mourir, cela est irréversible. Il obtient qu’une autre personne meure à sa place, or ni son père ni sa mère ne l’acceptent. C’est sa femme, Alceste, qui se sacrifie. Mais contre toute attente cette dernière est arrachée de la demeure d’Hadès par Héraclès, et rendue à son mari. Or les moments qui marquent nos esprits sont bien les passages où l’intensité tragique est à son apogée.

Le projet de Tilemachos Moudatsakis est en effet de faire surgir le tragique par le langage du corps. Le metteur en scène parle de « hiéroglyphes » pour désigner les sortes d’idéogrammes, formés par tous les membres du corps et qui accompagnent les lamentations et les plaintes des personnages. Il s’agit bien de « graver le sacré » grâce au corps, jusqu’à ce que le corps devienne lui-même sacré dans certains moments paroxystiques. C’est donc bien l’essence même du tragique qui transpire du corps, corps qui est tout entier signifiant.

Le plateau, sombre et épuré, les jeux de lumière ainsi que les bandes noires qui enserrent les torses permettent de sublimer les corps. Ces corps s’enlacent et se rejettent, se fondent et se détachent : ils disent les dilemmes auxquels les personnages sont confrontés, et la folie humaine. Ils se déchaînent pour donner à voir la « Nécessité » qui pèse et l’accablement suprême. L’immense travail des comédiens est à remarquer : la mise en scène demande en effet une condition physique sans faille : chaque geste reflète avec justesse les passions déchirantes…

Noëlie Mariani

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