Le Pas de Bême par la Compagnie Théâtre Déplié dans une mise en de Adrien Béal ( Vu à théâtre en Mai à Dijon)

Le dispositif scénique nous donne l’impression flamboyante de vivre les frustrations et les peurs des personnages et nous permet de reconnaître en chacun nous, ce en quoi un élément contestataire d’un dogme, en l’occurrence dans le domaine de l’éducation, peut faire resurgir un questionnement à la fois étrange et essentiel : A quoi servent les notes et que signifient une évaluation ou un contrôle ?

Ce spectacle se propose de faire une réflexion autour de ce thème à travers le portrait d’un jeune lycéen, qui devient presque une sorte d’icône. Il incarne une idée contestataire que le personnage n’assume pas pleinement, du moins qu’il ne conceptualise pas. Le fait qu’il ne remplisse pas ses devoirs sur table demeure au cours de la pièce un mystère flottant, et les distances très grandes qui séparent parfois les comédiens en paroles d’un côté à l’autre de l’espace quadri-frontale symbolisent bien cette distanciation.

Trois comédiens s’affrontent et créent une sorte de mystère à travers l’histoire de Bême, tour à tour sur le plateau, se succèdent différents tableaux qui construisent une véritable intrigue portée par les comédiens avec une légèreté étonnante. Les comédiens mettent en place un travail corporel très intéressant, leurs regards voguent dans l’immensité intérieure de chacun des personnages. L’interprétation est pénétrante et évoque dans les bruissements de Bême, l’interrogation de ses parents, ses amis et ses professeurs, et surtout leurs incompréhensions, mais surtout leurs incertitudes. Bême devient une figure éminemment poétique de la supération entre d’un côté le dogme établi sur un consensus absurde d’un système scolaire alién ant et de l’autre l’expression d’un vide en réaction à ce dogme, mais un vide parabolique, qui montre les effets d’un tel système sur un esprit taluté, qui se révèle peu à peu comme celui qui met à distance, qui fait douter et que tout le monde observe comme un sinapisme, c’est à dire un cataplasme que l’on applique sur le visage pour provoquer une réaction épidermique.

Le public participe de cette confrontation, qui bien loin d’une innocence insalubre, inspire une grande impériosité. Le metteur en scène signe ici un beau projet théâtral et révèle avec une puissance dans un ensemble scénique entièrement dépouillé, combien le travail du comédien à lui seul peut porter la beauté d’un spectacle.

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