A mon seul désir de Gaëlle Bourges

Dans le Gymnase St Joseph jusqu’au 20 Juillet à 18H00

L’espace se remplit peu à peu de corps glabres, qui évoquent avec leurs masques, une animalité grimaçante et idolâtre. Il s’agit pour Gaëlle Bourges d’étudier à travers le récit d’une voix off, l’héraldique des tapisseries du Moyen-âge, et plus particulièrement celle de la Dame à la licorne.
Le récit florissant tisse un canevas qui va peu à peu essayer de comprendre toute la génuinité de cette jeune vierge présentée dans un décor champêtre, et qui dans la suite des tableaux et des images que les quatre comédiennes créent de leurs corps et par leurs gestes dans la clameur du monde, va peu à peu se changer en une psalmodie négatrice, en une sorte de danse belliqueuse qui montre les corps nus dans la vérité de leurs désirs.

Mais ce désir n’est pas une flamme, ce désir n’est pas non plus un tarissement ou un entassement d’aspirations et d’amour, il est trempé dans une outrance incontrôlée qui s’excite elle même par le murmure pénétrant de la chair, dans une atmosphère hallucinée, dionysiaque, un sentiment que la tapisserie au Moyen-âge ne pouvait saisir que comme un élément symbolique de prolifération et de tentation, et que « la metteuse en lumière » pousse jusqu’à l’extrême incomplétude, jusqu’à montrer cette danse inquiétante qui sourdit les instincts, et qui expulse la quiétude pour en faire le ferment d’une folie artolâtre.

Le jeu gestuel des comédiennes qui forment les cinq tableaux de la tapisserie est empreint d’une labilité magnifique, et leur utilisation des masques d’animaux évoquent bien les annihilations cannibales et concupiscentes de leurs significations, dans l’animadversion de leur rôle symbolique et presque cathodique dans le scrupule d’émersion de la jeune vierge qui s’arroge dans l’ombre, de la luminescence de sa virginité. La musique participe aussi de ce dévoilement progressif de ce que la jeune vierge s’inscrit dans un décor ambivalent, et la voix off présente avec une acuité redoutable et parfois hilarante, l’envers et l’endroit de tous ces symboles de pureté et de lubricité. Le texte propose une vraie réflexion sur l’art, il se présente comme une sorte d’ekphrasis qui révèle la vanité des images prises dans l’immobilité, hors de toute vie, dans un désir figé qui n’exprime rien d’autre que la menace de la chair tentatrice.

Le passage d’une musique traditionnelle et mélodique à un bondissement psychédélique dévoile avec ardeur un monde intérieur où la virginité n’est pas une promesse, mais un lieu imaginaire où elle n’existe aussi que comme symbole représentatif de la pureté, pureté qui n’existe que dans les fantasmes d’une morale qui prétendrait réduire le désir à un pur objet de contemplation, interdit et dangereux. La « metteuse en lumière » accentue cet écart et en efface les frontières, en donnant son interprétation de la tapisserie, dans un décor qui bientôt s’immole et qui évoque un lieu de rave-party, espace assourdissant en communion avec la nature et les hommes qui s’oublient dans le plaisir délinquant de leur liberté, de leurs corps plongés dans l’orgasme, que rien pas même la morale ne saurait altérer.

Gaëlle Bourges nous livre ici avec ses danseuses et ses figurants, la vision d’un monde en perdition, d’une humanité vagissante, tout simplement parce qu’elle cache ses vrais désirs, dans une symbolique rapiécée et mystérieuse ; mais l’énigme reste entier quant à cette tapisserie, dont on ne saura jamais à quel désir la jeune vierge aspire. Ce spectacle est bien une création qui ne fait pas sens mais qui fait énigme et arbore une grande complexion entre la suavité de la chair et sa crudité pyrolâtre.

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