On ne l’attendait pas de Stig Larsson dans une mise en scène de Jorge Lavelli par la compagnie Le méchant théâtre

Tous les jours à Présence Pasteur à 20h00

La pièce nous plonge dans un univers cloisonné, dans la cruelle intimité d’une famille dont les liens d’attachement passent par le corps et non plus par le cœur. Ces pulsions s’expriment dans la tension des corps des comédiens qui font frémir leurs voix et leurs corps, pour lui donner la consistance d’un tremblement de désir. Dès le commencement de la pièce, les comédiens transpirent de cette difficulté à s’exprimer et font gémir leur voix, non dans une intonation ou même des cris, mais plutôt par une sorte d’haleine saccadée et qui essaye de puiser son souffle non pas dans les poumons mais dans les yeux.

L’histoire se veut traumatisante, démystifie l’acte charnel, déconstruit les complexes psychologiques les plus enfouis, et crée une vague sensation d’abandon du plateau et de la scène. La scène et la scénographie, comme prisme dramaturgique qui fait naître le drame, se trouve dans le corps des comédiens, dans leurs déplacements, dans le stupre pétrifiant de leurs ardeurs nimbées du suc ombilical de leurs désirs. Le corps de chaque comédien est comme un objet de sacrifice, les comédiens se donnent entièrement à leurs personnages, et dans la violence de leur sacrifice ressort toute la souffrance qu’ils ont pu vivre, mais cette souffrance ne s’exprime pas dans l’instant, elle s’exhale de la parole fragmentée des comédiens, de leurs prostrations, elle passe par la non-maîtrise de leur pulsion, et par la beauté de leur corps à la passion crue et sauvage. La pièce se fait presque le récit d’une cryptie intérieure, où les personnages doivent tuer leurs représentations sociales et s’astreindre à une animalité ravageuse, comme ses jeunes spartiates qui devait à tout prix tuer des esclaves par tous les moyens possibles, en dehors de toute forme de dignité humaine.

L’histoire raconte le retour d’un père dans une famille où la fille semble tourmentée et la mère aveugle, en proie à la folie. Elle s’accompagne aussi d’une incursion d’un professeur maniéré amoureux de la fille de cette famille. Le personnage du professeur forme une sorte de regard extérieur assez performatif, puisque en se taisant sur l’horreur qu’il voit, sur la salive qui transperce les corps nus, il manifeste non pas son dégoût mais son incompréhension. La relation entre le personnage du père et le personnage de la mère est assez libidineuse, et cet acharnement charnel est admirablement rendu par la puissance des comédiens.

La mise en scène procède dès lors d’une simplicité désarmante et ne comporte que quelques objets, qui évoquent un intérieur dépouillé et brut, comme si tous ces personnages formaient à eux seuls un laboratoire des pulsions humaines, un plateau empreint d’une rotondité que le spectateur pourrait observer avec attention et magnifier de son jugement critique, comme si le metteur nous faisait juge de ces actions qu’une morale prospère condamnerait sans essayer d’en comprendre l’origine.

Ce spectacle interroge notre humanité avec un sublime atermoiement que le metteur en scène a su insuffler sans en décharner l’instant et la beauté. Pris dans ces contradictions, les personnages ne deviennent pas animal, ils ne sont plus que désir frustré, que souffrance, il ne reste en eux qu’un vide asexué et stérile. Ils ne portent plus rien, ils se déplacent et ne peuvent plus que satisfaire à leurs besoins les plus naturels, parce que pour ce qui y est de l’amour, c’est déjà trop tard.

Cette représentation ainsi se lève dans les nuées sanieuses de notre inconscient et de nos frustrations, pris dans cet élan, soit l’on accepte sa faiblesse et auquel cas les personnages nous touchent, soit on s’offusque et à défaut de ne rien comprendre, on ne naît plus à la mort mais à la condition servile d’une tourmente éternelle, celle de se croire supérieur aux autres humains et maître de nos désirs.

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