Marche, rituel théâtral d’avant le coucher du soleil d’après le texte de Christian Petr dans une mise en scène de Serge Barbuscia

Dans la cour du Musée Angladon jusqu’au 26 Juillet

Afin de poursuive la quête que le metteur en scène entend mener contre la précarité et l’exclusion, et face à une telle représentation dont l’énigme et la beauté m’ont laissé sans voix, je me propose ici de continuer le texte, d’exprimer ma lutte, de dire pour moi par un poème, quel est cet homme qui marche, proscrit, prostré, seul.

Honni soit celui qui ne marche pas, qui ne sais plus marcher, dans la sueur des passants. Brusquement, son corps se lève sur son socle brisé. Il s’avance et reste immobile dans les huées du couchant. Qui parle derrière ce ciel éteint ? Qui raconte au soleil ce que la nuit recouvre ? Qui éclaire la route ? Qui retrouve les traces ?
Personne, si ce n’est lui… Dans la fureur poisseuse de sa peau, il retrouve un frémissement, son souffle qui transpire le regarde et toi tu ne souris pas. Il ne sait plus que dire, il ne sait plus parler, toi aussi qui le regarde et qui essaye de le suivre des yeux et de l’arroser de ta pitié libidineuse, toi tes yeux murmurent de douces concavités, mais comme dans un miroir, ce que tu regardes ne te répond pas. Une ombre passe, un souvenir qui prend forme et qui soudain te fait te rappeler que tu seras toujours jamais une étreinte sans bras, une caresse sans désir.
Alors, soudain, Il se retourne et comme si tu refusais de le voir, il pleure. Ses larmes ne sont pas des larmes, Ses pleurs ne sont pas des regards que la nuit consume en vain, ses yeux sont ces tessons de lumière fracassés par les récits, par l’illusion que sa vie vaille quelque chose qui ne vaut pas la peine d’être vécue. Rien n’efface les balafres qui ont tenaillé son visage, son regard ne respire plus mais sa marche inonde le monde de son pas impatient. Sa silhouette se perd dans les rues sans noms, dans les impasses infinies de son désir comptempéré. Ce n’est pas un homme qui marche, c’est une chose qui ne désire plus, dont la marche incessante a épreinté l’orgueil, dont la chair ne sourit plus, et qui reste là étendu comme une bête droite sur ses pattes, et dont le regard essaye de voir au delà des arbres de la forêt. Mais cette forêt l’étouffe, et l’horizon est éteint et s’éparpille dans l’indifférence des passants. Il marche non pas comme un homme qui marcherait pour se rendre à ses occupations, mais comme un homme qui aurait fait une promesse à ses jambes, d’un être qui aurait enfourché son propre corps, pour ne pas être seul, et dont la seule parole pouvait désormais se cacher dans les artères et dans le sang chaud de cette marche éternelle, sans aucun retour.
Et pourtant, son manteau de prière se déplace dans les limbes crasseuses des ruelles putréfiées, pleines de cadavres surgissant au gué des passages et des carrefours, mais lui, il ne les regarde pas, ces cadavres de vie, ces êtres qui surgissent et qui disparaissent aussitôt de sa vie, ils s’écoulent tous, et lui, il ne veut pas jeter la première pierre qui pourrait les faire tressaillir, lui ne veut pas s’endormir avec cette vaine obole que quelques âmes que l’on dit charitable auront bien voulu lui concéder, il préfère marcher et se taire, seul sans l’incontinence qu’on voudrait lui coller à la peau.
S’il ne marchait plus, que ferait-il ? Rien, parce que personne ne voudrait entendre le pas de sa voix…

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