Un été à Osage County dans un texte de Tracy Letts dans une mise en scène de Dominique Pitoiset ( vu au Parvis St Jean)

Pour qui a vu la nullité alarmante du film se rend compte combien cette adaptation est réussie et fonctionne parfaitement, atteignant même à certains égards une admirable perfection . Le metteur en scène et le dramaturge ont su trouver dans ce texte aux accents tragiques, des espaces de jeu et d’échange qui transparaissent en pleine lumière dans les conflits d’une famille américaine dans le vieux Sud. On est là dans une atmosphère familière, que l’on retrouve tout particulièrement dans les récits de Faulkner, cette sorte de délabrement intérieur qui affecte tous les personnages et cette envie pour eux de fuir ce pays où ils ne voient pour eux aucune sorte de perspective semble ainsi caractéristique de la littérature « gothique » du Vieux Sud. Ce qui pourrait sembler être aux premiers abords une comédie de boulevard grinçante, se révèle en quelques répliques être un drame psychologique, dont le chef d’orchestre est la mère de famille Violet Weston dont l’interprétation par Annie Mercier est absolument grandiose.

C’est bien un drame intérieur qui se joue au cœur de ces personnages plein d’ambitions mais ils restent néanmoins tous assujettis à une sorte de fracture, vivent et portent en eux une blessure secrète, une ardeur cachée. C’est bien l’histoire d’une famille qui se disloque, qui se retrouve en catastrophe après le suicide du père de famille alcoolique et dépressif, pour « funérailler » et se réunir autour de sa veuve. Cette veuve à la verve salpêtrée par ses emportements et son exubérance finit de saper avec jouissance la solidité et la solidarité d’une famille déjà bien entamée par le passé ainsi que les personnages nous l’apprennent dans l’évocation de leurs souvenirs et leurs rapports personnels à la mère et au père.

Pourtant, chaque personnage comporte son lot d’imperfections et une faille qui ne peut que nous faire sourire. Certes l’histoire est horrible, mais la mise en scène et le jeu des comédiens nous porte à rire. L’hystérie des sœurs et de la mère dans des moments de rixe très violentes ou à l’occasion d’échanges de paroles aimantes ou acerbes en font des purs objets de contemplation foisonnant d’incertitudes et de frivoles déconvenues. Les comédiens sont virtuoses sans aucune exception, le décor est travaillé avec minutie pour évoquer un habitat cossu mais inévitablement feutré.

Dominique Pitoiset signe là un très grand spectacle plein de talent et qui se construit en toute harmonie avec le spectateur et constitue un excellent morceau de bravoure, une véritable exertion de la nature humaine.

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