Kohlhaas d’après Heinrich von Kleist dans une mise en scène de Claus Overkamp par l’Agora Theater à L’entrepôt à 18H00

La représentation est d’une absurdité insolente, elle nous laisse dans une perplexité qui s’efface toujours avec le rire et la dérision. A travers ce spectacle aux accents forains, à la dérision perpétuelle, la recherche théâtrale est d’une innovation et en même temps d’un retour aux source délectable. Ce spectacle se rapproche de l’essence d’une troupe de comédiens ambulants comme il y en avait jadis tant.

L’espace se divise en trois parties, qui constituent l’ensemble de la caravane, et l’effet de distanciation est total, puisque on observe les comédiens en pleine gestation, au sein de leurs loges et confrontés aux difficultés de la scène (trous de mémoires, oubli de texte). La trame de Kohlhaas est simplifiée et rendue plus profonde, par une interprétation circassienne de ses enjeux. Ce spectacle mêle les musiques, les chants, les marionnettes, les jeux d’ombres, les acrobaties éphémères avec une grande vivacité. L’interaction avec le public est d’une extraordinaire complaisance et nous restons parfois interdits devant la violence infligée à des objets banals comme un cheval de bois ou des marionnettes, qui sont les réceptacles de cette violence terrifiante, mais qui exercée sur de tels objets, en devient hilarante quoique funeste.

L’ensemble fait montre d’une énergie incommensurable et nous donne à voir tous les mécanismes de la création théâtrale. Ce récit, tourné en dérision a des fondements sérieux, que la troupe nous livre avec un plaisir cruel, notamment en faisant du seigneur Von Tronka que combat Kohlhaas, une marionnette, sur laquelle le public est invitée à se défouler dans une catharsis originale, qui consiste à lancer des boules de papiers sur la marionnette en action et à viser juste. L’ensemble est le fruit d’une poétique revisitée des enjeux mêmes du théâtre et en constance contestation de ces conventions. Si l’ensemble est drôle et comique, la troupe a su préserver la veine dramatique de l’histoire, accentuée par la profération des poèmes de Erich Mühsam. Les comédiens sont pleins d’une énergie débordante, mais qui manque d’efficacité et l’ensemble contient parfois des longueurs. La fin est quelque peu laborieuse et son enchaînement n’est pas assez prompt, ce qui nous fait perdre l’extraordinaire énergie qui émane de l’espace central et qui prévaut depuis le commencement de la pièce.

Cette libre adaptation de Kleist est une véritable perle, et même si l’interprétation est parfois un peu lourde, elle est ingénieuse et crée des personnages originaux dans un esprit forain à la profondeur théâtrale incontestable. Un spectacle familial plein de rebondissements et de soubresauts, un spectacle qui vous éveille et vous montre les rouages du théâtre à l’œuvre, accomplis et dévoilés avec une pittoresque magie.

 

 

 

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