Bouvard et Pécuchet d’après Gustave Flaubert dans une mise en scène de Vincent Colin à l’espace Roseau à 15h40

Ce spectacle est un vrai délice. A chaque instant, on se laisse happer par la verve comique du texte et par la quête hasardeuse des deux compères flaubériens. L’adaptation nous rend compte de cet univers particulier où les deux hommes tentent une vie alternative à tout ce qu’ils ont auparavant vécus. Ce duo éclatant est travaillé avec les mécanismes du comique de geste et de répétition, les deux hommes portent le même costume et possèdent leurs noms à l’intérieur de leurs chapeaux.

Leur rencontre signe une sorte de destinée, et leur amitié n’en sera que plus grande et plus intense. Partant habiter à la campagne, leurs entreprises échoueront presque toujours sans qu’ils parviennent à comprendre les causes de leurs échecs. Flaubert s’attarde à nous décrire la ruralité, à travers la description d’un village dans l’Ariège et de ses mœurs, incarnés par la velléité de ses notables et de sa populace. Cette vie à la campagne s’oppose à leur ancienne vie urbaine de copiste, qu’ils décident de fuir pour retrouver et découvrir une certaine quiétude. Plongés dans l’étude de manuel de savoir-vivre et sur des sujets en tout genres, les deux compères s’abrogent l’étendue du savoir humain avec une frénésie subreptice.

La mise en scène est d’une très grande simplicité, mais reste efficace et pleine d’enthousiasme. Deux tabourets avec un pupitre et une sorte de meuble occupent l’espace central avec chacun un micro, qui permet de ponctuer la narration et d’amplifier les bruitages. Une sorte de penderie occupe chaque côté de la scène. Chaque partie de la mise en scène est composée comme un miroir dans lequel chaque élément se reflète et se répond, et ce pour accentuer davantage le comique de répétition.

Les deux comédiens jouent avec mesure et talent, ces deux personnages attachant et joyeux. Leur existence tourne cependant parfois à la tragédie, et leur dépit, illusion même de leur dérision, nous les rend plus touchants et plus propices à éveiller la pitié en nous. C’est une véritable aventure que Flaubert nous livre, un récit initiatique plein de soubresauts et de rebondissement. Le côté burlesque du duo n’est sans doute pas suffisamment travaillé, et c’est là le défaut principal de cette représentation. En effet, les traits comiques et burlesques ne sont pas suffisamment apprêtés et l’ensemble manque de générosité. Les comédiens sont beaucoup trop dans la retenue, alors qu’ils pourraient susciter l’hilarité.

C’est sans doute un choix du metteur en scène de ne pas accentuer ce côté clownesque, mais on y perd de la sincérité et surtout une partie du sens du drame que vivent les deux hommes : une vie vaine et stérile. La seule chose qui les sauvent de cet ennui mortifère, c’est leur amitié inébranlable, et cette conjecture n’est pas assez mise en évidence. Le spectacle néanmoins reste un agréable moment, dans lequel on reconnaît la bêtise du monde et des hommes et pour laquelle nous sommes invités à nous battre avec Bouvard et Pécuchet pour le salut de tous.

 

 

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