Le Laboureur de Bohême de Johannes von Tepl dans une mise en scène de Manuel Pons par l’eukaryote théâtre à l’espace Saint-Martial du 5 au 27 Juillet

Ce texte du Moyen âge est d’une très grande profondeur et peut être considéré comme les prémices d’une vanité en voie de création, qui trouvera sa pleine expression au XVII ème siècle dans le baroque. C’est bien d’une confrontation à tous les dogmes établis de la hiérarchie humaine et religieuse, que naît cette œuvre, à la modernité si grande, qu’elle nous exprime encore la douleur et la difficulté, peut-être même l’impossibilité d’outrecuider la mort.

 

Ce texte hiératique se présente en un dialogue entre la mort et un homme qui s’insurge contre cette figure même de la mort qui lui a ravit sa bien aimée dans la fleur de l’âge. L’amour de cet homme pour sa femme s’exprime par une sorte d’idylle ou la femme tient un rôle prépondérant dans l’existence de l’homme, mise en abîme dans le récit de l’insurgé, par une diatribe tenace contre les imprécations de la Mort. Le dialogue est puissant, et il s’agit là d’un vrai défi à relever pour le mettre en scène.

 

Ce texte a la force de nous mettre en résonance notre récit intime avec les paroles de la mort : « Tout n’est que vanité des vanités et fardeau de l’âme ». Sans en changer la nature métaphysique, les deux comédiens sur scène lui donne une belle interprétation. L’homme éploré voit une certaine évolution dans ces maux, et dans cette dispute, tient un rôle flamboyant. Il cherche à comprendre la mort, il s’enquit auprès d’elle d’en percer le mystère de la création. Le comédien qui interprète l’homme est statique et porte tout son jeu sur sa voix et son regard d’une manière assez intéressante.

 

Quant à la mort en personne, elle est le creuset de toute l’histoire des hommes, cette faucheuse aux consonances bibliques défend son morbide appareil avec une cruauté sans failles et nous rappelle le personnage de Méphistophélès dans le Faust de Goethe. Le rôle de la mort est incarné par un comédien à l’expression calme, avec un jeu expressif parfois d’une très grande violence, qui s’exprime par la voix, mais aussi par les mouvements scéniques à travers des déplacements larges et des postures corporelles singulières.

 

L’idée de la mort même est extravertie à travers la grandeur du costume que le comédien porte : le costumier, qui est aussi le metteur en scène, a élaboré un costume qui rassemble des conceptions mythologiques et religieuses, à mi chemin entre la faucheuse et sa cape noire, un satyre et les écailles d’une créature dragonesque. Le décor quant à lui est très symbolique, et consiste en la construction de deux promontoires qui semblent évoquer les abîmes et la nature pour les deux personnages antagonistes. L’homme joue même exclusivement dans cet espace réduit, tandis que la mort se déplace autour de lui. L’atmosphère obscure est crée avec simplicité par l’utilisation de projecteurs qui viennent donner à la mort des aspects toujours plus inquiétant.

 

Le jeu des comédiens manque tout de même de puissance et de générosité, et on a parfois l’impression d’assister à une récitation, mais ce défaut une fois écarté, l’ensemble en serait beaucoup plus éclatant et la violence apparaîtrait redoublée. C’est bien ce refus du pouvoir inique et arbitraire de la mort qui donne toute la beauté au texte, et dont la représentation a su parfaitement rendre la beauté.

 

 

 

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