Le Revizor de Gogol dans une mise en scène de Ronan Rivière au théâtre du Petit Louvre le 4 Juillet 2014 Avignon Off

Dans cette adaptation de la pièce burlesque de Nicolas Gogol, il n’y a aucune place faite au répit et au silence. Les comédiens se jouent de cet univers très feutré où chacun essaye de tirer la situation à son profit, où chacun est aveuglé par son propre orgueil. Le désordre est le mot phare de cette mise en scène, désordre qui fonde une sorte de chaos, qui a pour but essentiel de montrer la vacuité et la corruption de ce monde, de cette petite ville de province qui est enlisée dans la lie du vice et de la déliquescence.

Les comédiens nous donnent une vision plutôt sereine de ses personnages enfermés dans leurs propres contradictions, à travers une interprétation très personnelle pour chacun des rôles et un vrai travail sur les gestes et sur la place et l’utilisation du décor, qui par des dimensions différenciées et des jeux sur les tailles des objets, crée une illusion d’étrangeté et d’angoisse. Le fond du décor, un panneau sur lequel est projeté différents paysage, avec cette lune qui n’altère jamais sa lueur contribue à renforcer cette illusion.

L’illusion est également appelée par l’inquiétante mélodie du piano, qui rythme certains moments du jeu. La parole s’enflamme avec la mélodie et le discours des personnages ne fait qu’augmenter le côté « spectaculaire », dans le sens ou la nature humaine est dévoilée, et que de fait la musique introduit cette idée de l’âme des personnages qui s’exprimeraient dans un monde idyllique qui n’existe pas, et qui n’existera jamais, le théâtre est fait pour nous montrer cela. Derrière cette satire, Il semble que le metteur en scène est voulu montrer à quel point le dépit et la machination des personnages pouvaient être le symbole d’une tragédie humaine, celle d’une société fourbe et pécheresse, où tout le monde ment sans aucune pudeur. Les procédés comiques sont utilisés avec parcimonie, cette adaptation nous fait entendre le texte dans toute sa clarté par la maîtrise unanime du jeu. Le metteur en scène a choisi de privilégier une esthétique du contraste,particulièrement entre les personnages et leur aspirations, le fond du décor lunaire, cette porte ouverte sur le « beau monde », qui n’est jamais franchie par les personnages.

Le mystère persiste jusqu’à la fin pour les personnages sur la question de savoir qui est ce Revizor, la pièce insiste bien sur cette hystérie collective et sur cette parade du soudoyer pour conquérir. La seule femme de la pièce crée une touche particulière, et anime les personnages d’un nouvel élan par sa seule présence. En un mot, cette pièce, pour sa première, présage d’une longue vie et d’un grand succès.

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