Rilke, Je n’ai pas de toit qui m’abrite, et il pleut dans mes yeux par Les Arpenteurs de l’Invisible

D’après l’œuvre de Rainer Maria Rilke dans une mise en scène de Florian Goetz et de Jérémie Sonntag (également comédien). Joué à l’Artéphile à 17h30.

 Le mystère de la solitude…

 Le travail dramaturgique autour de l’œuvre de Rilke proposé par cette compagnie est assez particulier, puisqu’il s’agit d’un montage de textes mais qui se scindent promptement en une rhapsodie. Il y a une véritable théâtralisation de la chose et non pas une pieuse mise en lecture. Les dramaturges utilisent des textes issus des Cahiers de Malte Laurids Brigge, de quelques passages du Livre de la Pauvreté et de la Mort ainsi que quelques morceaux des Élégies de Duino. Il s’agit bien d’une rhapsodie immersive en ce sens où le spectateur est bien plongé dans une atmosphère qui se construit autour d’une ambiance sonore et de dispositifs vidéo.

 La parole du poète incarnée par la comédien s’immisce dans l’apesanteur au risque de se rompre dans la dispersion, dans l’insaisissable. Car il faut bien que cette parole prenne son poids en s’immisçant elle aussi dans l’imaginaire et la conscience du spectateur. La représentation implique une image scénique certes, mais tout autant une image mentale par laquelle le spectateur « sensorialise » et visualise ce qu’on lui propose. Il s’agit bien d’une sorte de quasi-monologue qui s’adresse aux éléments, à la nature à la fois précieuse et envahissante de l’humanité en même temps qu’une expérience sensorielle, douce et apaisante qui pourrait au premier abord nous rebuter, mais dont on comprend ensuite la nécessité. Parce que cette parole poétique où Rilke dresse un portrait de sa société et de la place qu’on lui accorde et qu’il s’accorde en son âme est aussi une parole performative : elle produit l’énoncé d’une pensée. Elle fabrique une certaine conception du monde, et les effets vidéographiques qui parcourent l’arrière-plan de la scène ou le corps de l’acteur, écrivent une histoire intime ; la parole est murmurée, susurrée, en même temps que céleste et impérieuse.

 Il ne faut pas écrire le personnage, ni même lui donner des élans ou des impulsions dramaturgiques, il faut le fabriquer, non pas comme un être existant, mais comme une chose inimaginable qui ne souffrirait aucun orgueil de reconversion. Il faut laisser le personnage à l’aube de son accomplissement. Il doit constamment apparaître entre le sérail de son désir et la tombe de son inappétence, et cela les deux dramaturges semblent l’avoir parfaitement saisi dans leurs travaux. Le poète lève la tête bien haute, et raconte non pas avec des mots, ses soupirs, mais avec des gestes d’abandon, ses rêves désamarrés…

 Il s’agit là d’un excellent travail de composition scénique ourdie par des images et des perceptions qui fondent le texte en un passage obvoluté jusqu’à l’épanouissement total et symptomatique d’une poésie de l’être fané et de la misère sociale proclamée qui renaît en éclats d’Impatience…

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