Des voix sourdes de Bernard Marie Koltès dans une mise en scène de Fabio Godinho par la compagnie TDP.

Le travail de la compagnie autour de la pièce de Bernard-Marie Koltès apparaît comme une tentative de rendre à la scène un texte qui a été écrit pour la radio et qui même n’a jamais été publié ni joué du vivant de l’auteur. Incontestablement, ce texte de Koltès est fort mauvais, non pas la troupe qui elle n’est pas mauvais et fournit un vrai travail qui tente une recherche aux lisières de l’inconscient. L’atmosphère prescrite par le metteur en scène apporte une sorte de pesanteur dans l’appétence du texte. Il s’agirait dans ce travail en quelque sorte d’atteindre à l’aphasie des désirs…

En réalité, le texte de Bernard-Marie Koltès est absolument incompréhensible tant dans ses enjeux que dans l’histoire qui est raconté. On perçoit des personnages mais ils n’ont aucune épaisseur et les liens qui subsistent entre eux sont beaucoup trop étriqués pour qu’on puisse parvenir à discerner  dans ce marasme, un récit qui incarnerait la résistance de l’être à la solitude, les remparts que les êtres créent en dehors de toute prostration humaine et sociale. On ne comprend pas vraiment quel est le rôle de Stevan, ce qu’il fait, ni même la relation qu’Anna entretient avec lui en même temps qu’elle est au plus près de Nicolas qui est aussi proche d’Hélène… Le metteur en scène ne fait rien pour éclairer le propos dramaturgique de la pièce… Il est vrai que beaucoup des enjeux de l’œuvre de Koltès sont ici présents en germe, mais cela ne suffit pas à en faire une œuvre intéressante à jouer. Koltès s’essaye véritablement dans ce texte, cette histoire qu’il raconte découvre tous ses thèmes de prédilection : la prostitution, la drogue, le désespoir amoureux, la solitude, la marche mais quitte à aborder ces questionnements pourquoi ne pas choisir une œuvre plus aboutie de l’auteur comme son roman par exemple La Fuite à cheval très loin dans la ville qui à ce titre serait un véritable chef d’œuvre…

La troupe et in fine le metteur en scène cherchent beaucoup trop à corroborer le texte d’éléments qui nous laissent parfois perplexes. Il y a un travail véritable et une facture intéressante, mais il faut pratiquer l’épuration pour le théâtre naisse, il ne faut pas surcharger la scène de choses incongrues et stériles. Le metteur en scène est en pleine recherche et la troupe en est véritablement à son commencement même si son parcours est déjà bien étayé. On sent la nécessité d’un mûrissement notamment dans la proposition dramaturgique : le texte n’est pas suffisamment éprouvé comme si les comédiens eux-même n’en saisissait pas tous les enjeux. L’ensemble dès lors crée un spectacle indistinct où le manque d’amour des personnages n’est pas éprouvé en soi, mais simplement imaginé dans le stéréotype. Cela est aussi la cause du texte orageux de Koltès, mais pour le rendre à la scène, c’est la foudre qu’il faut abattre et non pas se laisser abattre par elle…

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s