L(S)1 de Nathalie Bassand

Aux éditions l’espace d’un instant. (Texte lauréat des journées de Lyon des auteurs de théâtre)

L’écriture de ce triptyque se traduit par une écriture dépouillée qui s’assimile à une sorte de confinement des personnages derrière une incomplétude assez dévastatrice mais peut-être voulue par l’auteur. Les trois pièces sont censées toutes les trois évoquer des destins de femmes, mais à la lecture de ces trois formes courtes semblables à des poèmes dramatiques à plusieurs voix (excepté pour la pièce centrale Nativité), on devrait s’attacher aux processus qui engendrent des émotions et qui créent toute l’ambiguïté du texte, et aussi toute sa perplexe complexité, mais on ne le peut véritablement, puisque chaque pièce est une ballade cauchemardesque dans un ailleurs dont aucune référentialisation ne nous permet d’imaginer la moindre image.

Peut-être est-ce voulu ? En tout cas, ce n’est pas un texte qui se lit en tant que tel, il s’agit davantage d’une matière à jouer, assez malléable, transfuge et propice à une forme de narration polyphonique qui anéantit de fait toute volonté de pouvoir saisir le potentiel travail critique sur le monde et sur la violence qui semble resserrer les liens de l’oeuvre avec une violence physique et dramaturgique du jeu. C’est peut-être là un des éléments les plus probants de ce travail et notamment dans le tableau central Nativité qui raconte une sorte de mise à mort vengeresse mais avec une douceur ineffable, la mort qui s’arc-boute dans un dernier sourire sur le visage de l’homme qui visiblement est en train de commettre un viol sur une fille dont il avait dèja préalablement violé la mère une vingtaine d’années auparavant.

Au delà de cette volonté de brouiller les repères et les informations de la diégèse pour créer une forme de mystère sacré et légendaire autour de la mort, qui selon mon ressenti est assez stérile, l’écriture se profile et se tisse dans ces territoires inexpiables de l’individualité, qui même dans un environnement visiblement urbain pour la plupart des pièces, aspire à une forme de retranchement à la nature qui lui inspire confiance et amour. Il me semble que cette esthétique de comparer des éléments de l’action et du cadre narratif à des éléments de la nature, accentue l’idée d’un lyrisme teinté de désespoir qui constate avec fracas et douleur, et découvre avec lucidité que la mort, douloureuse empreinte, n’existe que par le silence, par une forme de recueillement, de douceur, sinon ce n’est pas de la mort. La mort est inhérente à la Nature et c’est peut-être le sens de l’intertexte qui est justement un poème amérindien sur l’écoulement des saisons et la renaissance de la vie.

C’est sans doute là un des éléments convaincants de ce texte qui l’inscrit dans une filiation post-romantique avec néanmoins le floutage propre à une écriture contemporaine et tellement reconnaissable. Au final, ce texte est extrêmement décevant et ne semble être vraiment qu’une esquisse de ce qui pourrait être une grande œuvre, si seulement l’auteur n’avait pas la prétention d’écrire et de tenter infructueusement de sonder une nouvelle forme, percée qui reste dans L(s)1 assez superficielle et en réalité assez grandement visible. Il s’agit véritablement d’une carcasse qui tente vainement de donner la parole à des figures invisibles enfouies en chacun de nous, à une forme de cruauté originelle liée à notre devenir-animal. Ce qui se voudrait comme une sorte de triptyque rituel propre à dévoiler les différents aspects de la mort de femmes, dans des circonstances différentes, se transforme en une quête translucide de l’opacité.

La poésie naît de la fragmentation lorsque cette fragmentation fait germer différentes voix dans une fable ou dans une trame originelle, pas lorsqu’elle vise à les superposer, à les mettre en opposition ou à tenter de les séparer. Elles sont beaucoup trop mises en évidence, ce qui fait de ce texte, un texte machinal, aux mécanismes enrouées et trop lubrifiés, on n’y pénètre beaucoup trop facilement, mais ce n’est pas de la douleur que l’on ressent, c’est une subtile incompréhension.

3 commentaires

  1. Je suis tombé par hasard sur votre site qui m’était inconnu. Il me semble que pour qu’une critique soit digne d’intérêt pour ses lecteurs, elle doit être professionnelle. Pour être professionnelle, elle doit être dépourvue de commentaires personnels qui relèvent de l’émotionnel et non d’une analyse objective (je ne parle même pas de la nécessité élémentaire de produire des phrases syntaxiquement correctes). Or, nous sommes ici dans une combinaison d’hystérie mêlée de fiel (avez-vous des comptes personnels à régler avec cet auteur ?), l’un comme l’autre me paraissant tout à fait gratuits. L’auteur de cette « critique » pense-t-il être plus profond en étant plus abscons et fielleux ? Il me semble qu’il ne fait que se décrédibiliser plus qu’il ne décrédibilise le texte dont il est question. J’ai regretté le manque de sérieux de vos propos, sans doute le fruit de votre manque d’expérience et de maturité, et pas seulement intellectuelle, la combinaison de ces deux éléments poussant parfois à penser qu’il suffit d’être arrogant et creux pour être pertinent. J’ai même trouvé cette « critique » drôle tant elle est affligeante, me donnant l’impression de lire l’oeuvre pompeuse et peu réfléchie d’un ado en crise. C’est vous dire qu’elle a provoquée sur moi l’effet inverse de celui visiblement escompté. Je me suis empressé d’acheter ce livre. En effet, plus une critique est mauvaise, mal ficelée, plus elle est dépourvue d’objectivité, et engoncée dans une bien-pensance convenue, et plus je suis tenté de découvrir le texte. Je me suis dis également qu’un texte qui a reçu le prix J-J Lerrant doit avoir plus de qualités que vous n’avez été capable d’en percevoir. J’ai donc lu cette pièce magnifique et inattendue et vous aurez compris que je suis en parfait désaccord avec votre analyse simpliste et obscure. Peut-être avez-vous besoin d’une explication de texte car visiblement, sa subtilité, sa beauté et ses qualités littéraires avérées par autorités plus compétentes et reconnues que la vôtre vous ont complètement échappées ? Je ne connaissais pas cet auteur, et je dois dire que fut une belle découverte, un univers d’une sensibilité peu commune, empreint d’une poésie délicate et de mystère. A lire absolument donc.

    1. Monsieur,

      Le site n’est pas un site de critique professionnelle. Ce n’est pas là mon activité, ni même mon métier. C’est aussi pour cela qu’en tant que blog, je me permets davantage que dans un journal ou un blog assimilé à des journalistes professionnels ou des universitaires, à parler de mes émotions à la lecture d’un texte.
      J’apprécie votre vision ironique de la critique et je suis très heureux que vous ne soyez pas d’accord avec moi. Quant au jugement sur mon travail, si vous ne connaissez pas d’autres articles, vous jugez trop hâtivement de mon attachement au théâtre. Quant au texte il ne m’a absolument pas échappé, il est juste nul; le fait qu’il reçoive un prix délivré par un jury lui donne peut-être un peu plus de légitimité, mais cela ne signifie rien quand on voit parfois quels textes reçoivent des prix. Je reconnais qu’il y a un potentiel dans ce texte, et c’est une sorte de début pour une première oeuvre publiée.
      Le fait d’être un blog et de n’être astreint à aucune forme d’obligation déontologique me permet enfin de répondre à vos commentaires désobligeants et votre prétendu rappel à l’ordre de ma « critique », en vous invitant cordialement à aller voir d’autres critiques de livres que j’ai réalisé, sur ce qui est selon moi serait de véritables œuvres littéraires.
      Il faut pouvoir séparer l’ivraie du bon grain, et ma bien-pensance convenue vous demande à nouveau de penser que la prétention et l’arrogance dont vous m’affublez, ne serait que le résultat de votre confrontation entre mon esprit intolérant et fielleux, et votre condescendance visiblement affectée par un aveuglement mystérieux. Je suis un méchant et un mauvais critique, et en cette qualité, je vous demande de vous mettre votre « explication de texte » là où vous pourriez imaginer.

  2. Merci pour ce retour fort instructif. Vous confirmez mes impressions sur le crédit à vous accorder. Veillez au moins à vous relire pour éliminer les fautes d’orthographe. Cela constituera un bon début pour vos ambitions à venir.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s