Cuando Vuelva A Casa Voy A Ser Otro dans un texte et une mise en scène de Mario Pensotti

à la Fabric A jusqu’au 25 Juillet à 18h00

L’ensemble est rutilant, plein d’une technicité et de trouvailles de toutes sortes dans la scénographie. Le dispositif en tapis-roulant est à cet égard très intéressant, il permet de développer un jeu mouvant sur un plateau, les comédiens n’ont même pas besoin de se déplacer, ils se font porter par la scène même qui reçoit leurs pulsions.

L’enchaînement des images symboliques de la perte de soi, l’histoire même du récit est en revanche assez rétive et peu probante. La réflexion qui est proposée est la suivante : réfléchir sur la manière dont le passé imprègne notre vie sans qu’on le sache, sur combien nous sommes différents au présent de ce que l’on a été dans le passé. Le passé intervient comme une pression spectrale dont l’être intérieur fragmenté par la souffrance et la perte d’identité crée des personnages vains, qui n’ont aucune autre aspiration que de se trouver, non pas dans ce qui serait vulgairement l’ambition personnelle mais plutôt dans une forme d’inimitié dont les mots ne sont pas des caresses, ni même des poignards qui blessent, mais plutôt rien du tout. La pièce devient dès lors une dramaticule, d’une fausse allure virevoltante et exaltée.

Les procédés avec lesquels le narrateur entend raconter l’histoire, ne forment aucune forme de pulsations, le récit est nivelé en chapitre qui forment autant d’inconséquences et d’inconsistances narrative. Le texte pourtant par moment, sort des carcans d’une narration introspective et éminemment stérile, pour vivre l’instant présent de la solitude et de la sensation d’exclusion et d’échec, mais ses moments d’intense remise en question et de perplexe lucidité ne sont pas suffisamment sublimés par le jeu d’acteurs, qui n’a aucune chaleur, qui s’immisce dans nos oreilles avec l’horrible distorsion d’une sonorisation beaucoup trop rhapsodique.

La mise en scène qui procède de cette volonté d’englober le comédien dans un univers sonore et narratif exsangue, se charge de plusieurs parties séparées par des écrans successifs. Ainsi peu à peu, la scène gagne en profondeur, sans pourtant grandir en beauté. Les différentes images qui défilent, et l’utilisation des dispositifs photographiques, imprimés sur des écrans, des ballons et bien d’autres choses encore, forment un geste voué la mort, la lumière même ne met pas suffisamment en valeur cette immobilité mouvante des images, qui deviennent autant de choses inutiles et pur plaisir de monstration.

C’est cela qui est sans doute le plus terrible dans ce travail, c’est qu’il paraît complètement impersonnel, noyé dans un récit qui chavire et s’enfonce dans la nue sanieuse d’une affreuse prétention, celle de renouveler la forme du théâtre, et de comparer cette quête de soi à une quête archéologique. Cette analogie dans le spectacle de Mario Pensotti est d’une rare platitude, en contrepoint et pour reconnaître que ce procédé narratif ou plutôt que ce phénomène descriptif qui permet de raconter l’intériorité des personnages à travers les objets qui traversent leurs vies, peut être d’une très grande puissance, prenons un exemple dans l’œuvre de Nerval. Dans Aurélia, que le metteur en scène devrait lire, pour donner plus de consistance à sa démarche, lorsque dans la deuxième partie du récit, il décrit les objets de sa chambre dans la clinique du Docteur Blanche, ces objets forment un ensemble presque cosmique qui révèlent la personnalité de l’auteur, qui racontent une histoire, qui forment autant de morceaux de vies. Chaque objet ainsi rencontre l’intimité de l’auteur et raconte quelque chose en soi par la force mystique de son empreinte symbolique. Ici, l’analogie entre les objets et ce qu’ils racontent de la personnalité des personnages est purement anecdotique, et de fait la psychologie des personnages prend l’allure d’une quête initiatique, mais d’une quête à laquelle ils ne croient pas eux mêmes.

Les moments chantés, les musiques qui traversent le spectacle n’ont aucune musicalité, et convoient les accents d’une musique pop qui ne raconte rien, mais qui joue sur l’intonation pour essayer de transmettre des émotions, qui n’existent que dans les fantasmes des comédiens et du metteur en scène.

Sur le plan philosophique et littéraire, c’est un travail fort léger, et très peu construit, c’est une suite de tableaux sans poésie, ni beauté, qui crée l’impression d’un travail ronronnant et qui n’aboutit jamais, à cause du manque d’art. Car ce spectacle, disons-le tout net, n’est absolument pas du théâtre, mais de la traduction d’obsessions, du passage à vide, d’un jeu d’équilibre douteux, d’un concert poreux aux images libidineuses de technicité et vide de toute ambition poétique, où les personnages ne s’enfoncent pas dans un creux impossible à atteindre et à raconter comme ce que le théâtre se doit de représenter. Ici, les personnages ne sont pas dans un creux, mais dans un trou, celui d’une scène pyrotechnique et explosive mais qui ne comporte aucune forme de grâce. Il s’agit là d’un spectacle beaucoup trop encombrant qui ne mérite absolument le succès mondial qu’il revendique.

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