Bérénice de Jean Racine dans une mise en scène d’Olivier Chapelet par la compagnie OC and CO

Tous les jours à la Caserne des Pompiers à 20h15

Ce spectacle se veut trop prospère mais oublie de donner de la force à l’interprétation à force de vouloir respecter le vers, ce qui crée d’emblée dès les premières minutes, une vague sensation de languissement alors que le texte présente au contraire au début de la pièce des personnages certes accablés, accablant, mais plein d’une fougue de dire, de parler, ou de se cacher, d’une énergie d’abandon qui crée la sensibilité et la beauté du texte.

Sans aucun doute, les comédiens sont mauvais, et quand je dis mauvais, je ne dis pas mauvais parce qu’ils ne savent pas jouer, je dis mauvais parce que leur interprétation est vaine et que le metteur en scène a fait de cette pièce flamboyante, une ogive glacée et mouchetée d’une main trop hasardeuse.

La mise en scène pour parler net n’en n’est pas une, elle procède d’une réflexion très peu poussée : elle forme une sorte de prisme au centre du plateau qui montrent des rayons de lumière et met les personnages en vis à vis sans pour autant les confronter pleinement. Elle n’a aucune beauté, aucune utilité, elle bien trop zélée pour qu’on puisse éprouver la moindre compassion pour les comédiens, qui dans une interprétation caricaturale nous font rire par leurs simagrées derrière le masque artificiel de leur simplicité. Il me faut nuancer néanmoins mon propos : Les personnage de Paulin et celui d’Antiochus sont très bien interprétés et sauvent le spectacle d’un gouffre certain, avec la beauté du texte de Racine. La tragédie de l’impossibilité et du dilemme n’est pas assez approfondie dans le jeu des comédiens, le metteur en scène a gardé une vision pour trop textuelle de Racine, en retirant toute l’inanité des personnages qui perdent leurs désirs, dont la sexualité amoureuse est frustrée par la proie de l’incertitude et du sacrifice.

Le comédien qui interprète Titus ne met aucune passion dans son interprétation, il nous dévoile un Titus faible et languissant, alors que le personnage exprime du dépit, mais son dépit n’est pas un désespoir gémissant, c’est une véritable révolte contre les lois de Rome dont il est censé diriger l’empire. Dans la lecture du texte, cette dimension est pourtant très prégnante et sa volonté finale d’abandonner peu à peu l’empire pour épouser Bérénice vient comme la conclusion nécessaire de vivre, d’un empereur qui finit par accepter ses faiblesses et se montrer dans sa fragilité mais aussi dans son amour. Au contraire, cet élément intervient dans cette mise en scène et dans le jeu comme un cheveu sur la soupe.

La comédienne qui interprète Bérénice quant à elle, se trouve être prise dans un tourbillon de candeur, dont elle n’arrive pas suffisamment à se détacher pour faire naître l’impériosité du personnage, l’interprétation reste plate et peu enivrante. On pourrait multiplier les exemples dramaturgiques pour insister sur le caractère peu sensible de cette mise en scène et voir dans la mise en jeu du texte, une horrible psalmodie murmurante, mais le spectateur empreint de théâtre et surtout imprégné des textes de Racine saura trouver l’absolue inconsistance de ce spectacle.

Les effets sonores sont d’un ridicule qui en même temps s’excuse par une perspicacité lumineuse :

– Comment montrer la tension qui existe entre les personnages ?
Et si on mettait des petits gong dans les moments d’angoisses et de tensions !
Mais comment faire pour séparer les actes et pour montrer que la pièce parle aussi d’une princesse d’Orient ?
Et si on mettait une petite musique orientale entre les actes, cela ferait un petit effet exotique…

La représentation m’a ainsi plongé dans un ennui profond, au lieu de mettre de la vie dans la dramaturgie, le metteur en scène semble avoir mal interprété le texte et y avoir insufflé la mort, et plutôt que de faire surgir le drame, l’a rendu vain et stérile. Il s’agit néanmoins pour qui veut découvrir Racine d’une lecture assez expressive du texte et intéressante à certains égards.

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