Moi le mot de Matéi Visniec dans une mise en scène de Denise Schröpfer par la compagnie des Ondes

Du 4 au 26 Juillet à 14h20 aux Ateliers d’Amphoux

Pris dans le tourbillon du langage, les mots suent, les mots saignent, les mots nous susurrent d’enivrantes mélopées, c’est bien cela que le texte de Visniec entend interroger, en montrant par de subtiles prouesses langagières toute l’hypocrisie et toute la souffrance que les mots que nous utilisons dans la vie quotidienne peuvent corroyer.

Le texte tire sa grande puissance du jeu d’acteur qui fait montre tout au long de la représentation d’une très belle acuité gestuelle et visuelle. En effet, la mise en scène se dévoile avec légèreté en une série de tableaux qui essayent de révéler la difformité des mots et le pouvoir trompeur du langage. L’utilisation de la musique qui enveloppe les différents tableaux et la présence d’un musicien-comédien sur scène crée une dynamique qui prépare la fulgurance et l’arsenal des corps des comédiens, qui parviennent à enchaîner avec ardeur, cette déconstruction du sens des mots et à aborder avec humour la dimension plastique du langage.

Cette pièce épreint une belle intensité. La mise en scène crée un espace très intime, l’utilisation des lumières mêlées au bruissement incertain et vrombissant des enceintes décloisonne les comédiens et leur permet d’ouvrir leur corps et de montrer l’étendue de leur maîtrise chorégraphique. Le spectacle corrobore avec virtuosité la force poétique du texte lorsqu’il s’agit de montrer le vide que les mots peuvent provoquer dans l’impossibilité de souffrir l’idée d’un désir, de parler, d’échanger. Un accent burlesque se mêle à toute cette corrosiveté de la verve de l’auteur et donne à l’ensemble une tonalité philosophique, avec tout un ensemble de références culturelles à Lucrèce, à la poésie de William Blake ou bien encore à la dénonciation de l’endoctrinement dans les dictatures et tant d’autres…

L’ensemble forme une très belle coction où bouillonne avec simplicité la force du jeu des comédiens, la clairvoyance de la dramaturgie qui crée une vague émotion de lapidification des mots : les mots deviennent ses pierres que l’on se jette à la figure, ces expressions creuses qui sont vides d’amour et d’espoir, et dans l’impossibilité de créer un sens. La fragilité de l’homme s’y révèle avec tous ces défauts, en cela le texte prend les allures de petites fables ascétiques avec le remous grisant des visages qui se dévoilent où se cachent, du cri qui fait perdre le sens des mots et leur compréhension jusqu’à faire naître la violence. Immanquablement, les mots hurlent et se ruent jusqu’à ne plus s’entendre, jusqu’à ne plus se désirer et le spectacle se ferme dans ce fracas hystérique, métaphore de l’humanité qui ne s’écoute plus, ou plutôt qui feint de ne pas vouloir s’écouter.

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