Les Justes d’Albert Camus dans une mise en scène de Régis Florès par le théâtre populaire Nantais

tous les jours du 3 au 26 Juillet à 21h35 au Théâtre Notre-Dame

La pièce de Camus se révèle peu à peu au spectateur comme un drame attendrissant et plein d’une spéculation douteuse sur les sentiments et les émotions humaines. L’ensemble interroge des ambitions humanistes à travers l’histoire singulière d’un groupe de révolutionnaires russes dont Camus choisit délibérément de ne pas développer les doctrines. En effet, il est toujours question des idées que portent ce groupe, mais à aucun moment de la pièce, l’auteur ne donne d’explications sur leurs motivations profondes. Les interrogations politiques finissent par se noyer dans une espèce de métaphysique émotionnelle. Ainsi, le spectacle reste béant à cause de la pauvreté du texte.

L’interprétation reste beaucoup trop solennelle, excepté pendant la scène où le révolté (ou plutôt le survolté) qui a tué le duc se retrouve au secret, puis confronté avec différents personnages. L’ensemble est ainsi inhibé de nombreux flottements, mais cela vient de ce que le texte de Camus n’est pas assez efficace et s’attarde sur une évocation de sentiments pour trop contradictoires pour des humains et d’autant plus des révolutionnaires, des humains poussés par le désir de changer le monde, non pas pour fuir leurs propres destins d’hommes, non pas pour vouloir devenir des héros, mais pour simplement répondre, raconter et créer le monde qu’ils imaginent et sur lequel ils réfléchissent avec ardeur et raison.

La pièce nous montre les cruels atermoiements de terroristes qui refusent de tuer des enfants, qui doutent de leur engagement ou de leur foi en la révolution, qui doutent même de leur amour pour les autres. Elle présente l’engagement militant et révolutionnaire avec une tonalité mélo-dramatique agaçante et pour trop ennuyante. La mise en scène en dépit de la nullité du texte est admirable et le changement de décor et même l’absence de décor montrent bien cette mutation des personnages vers le dépit et le désespoir. La mutation des grilles et de la table en prison montre bien que les personnages sont enfermés par leurs propres contradictions.

Le texte empêche que quiconque puisse dépasser les contradictions de ces mêmes personnages. Il ne semble y avoir aucun pouvoir dans ce texte de Camus, aucune magie cruelle qui pourrait se retourner contre nous sans même que nous y prêtions garde. On ne peut rien créer avec cette pièce, la mise en scène reste trop attachée à la figure textuelle et oublie le geste, l’action propitiatoire du sacrifice qui devrait s’exprimer par le jeu d’acteur avec une force d’autant plus grande que le texte invite à ses tremblements ; mais les comédiens ne tremblent pas, leurs faiblesses ne se laissent pas suffisamment surprendre. Le texte ne suffit pas exprimer leurs souffrances et leurs contradictions, il leur manque une énergie motrice, une volonté de dépasser les personnages qu’ils incarnent, de les muter, d’en faire des monstres d’humanité. Avec un texte aussi « philosophique », il faut essayer d’en tirer une adaptation personnelle à l’aune de sa propre histoire ou d’événements récent, c’est le principal problème de cette mise en scène qui se trouve être beaucoup trop consensuel. Mais le consensuel n’est pas forcément mauvais, il manque simplement de beauté et de désir.

Néanmoins, ce spectacle reste une très belle manière de découvrir cette pièce de Camus et la compagnie signe tout de même un spectacle fort intéressant.

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