L’enfant de demain dans une mise en scène d’Arnaud Churin à la Chapelle du Verbe Incarné à 18h20

Cette adaptation du témoignage de Serge Amisi, tirée de son roman Souvenez-vous de moi, l’enfant de demain édité aux éditions Vents d’ailleurs, parvient avec sincérité à toucher les spectateurs. Le but du projet est donc atteint, grâce à la simplicité de la mise en scène et à la forme de la langue, une langue simpliste et incorrecte car il s’agit d’une langue d’enfant.

Serge Amisi lui même fait parti des deux comédiens qui jouent sur scène, mais il n’incarne pas son propre rôle, joué par Mathieu Genet. Cette présence physique d’un ancien enfant soldat, un « kadogos » c’est à dire un enfant soldat de la République Démocratique du Congo, confère au jeu une plus grande profondeur qui rend à son tour une émotivité nouvelle.

Cependant l’émotion ne peut être absente lorsque le spectateur, devenu témoin d’une enfance massacrée, s’immisce dans l’histoire de cet enfant, et découvre en même temps que lui et par ses yeux, l’horreur de son parcours. Devant nous se dresse alors les spectres de l’enlèvement par les soldats Rwandais, l’enrôlement forcé dans l’armé, le meurtre qu’il s’agisse de celui de son oncle sous la menace de la mort, de ceux des civils ou de ceux de l’ennemi, mais aussi le spectre de la drogue qui doit aider les enfants à commettre leurs premiers massacres, ou encore celui du cannibalisme pratiqué contre l’ennemi.

A travers toutes ces épreuves, nous sommes donc spectateurs impuissants de la dégénérescence de l’enfance et de sa perversion. Au départ, cet enfant ne comprend pas, il considère tout ceci comme un jeu mais au fil de la pièce, sa gaieté lui échappe et son innocence disparaît peu à peu, emportée par toute la violence qui l’entoure et la cruauté qui parfois se peint dans ses actions. Lorsque finalement l’enfant se retrouve seul avec son arme au milieu de la forêt, il en vient à lui parler, à lui donner une identité propre, une existence qui va jusqu’à la déification quand il se tient blottit contre son arme, lui conjure de le protéger et la regarde, elle qui fait le double de sa taille et se tient disproportionnée et silencieuse devant lui, telle une divinité.

La scénographie rend hommage à ce témoignage et le sublime dans le sens où elle ne l’obstrue pas. En effet, la scène ne comporte que deux chaises et un rideau de bandelettes. Quant aux costumes des comédiens, ils suggèrent à la fois l’enfance mais aussi le dénuement par la simplicité et quelques touches de couleurs.

Ce témoignage s’impose donc pour moi comme l’un des spectacles les plus touchant qu’il m’ait été donné de voir durant ce festival, tant par sa démarche, sa sobriété et l’émotion qu’il parvient à transmettre au spectateur.

 

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