L’Opéra du Gueux de John Gay dans une mise en scène de Pascal Durozier par la compagnie des Passeurs à la Cour du Barouf à 20H00

Cette représentation est d’une remarquable animosité, pleine d’énergie et d’un jeu resplendissant.

C’est aussi une conception particulière du théâtre à travers la métalepse qui encadre le récit, où l’écrivain, un peu comme Peachum dans la version brechtienne, explique au public les mécanismes du théâtre par l’effet de distanciation.
L’histoire nous présente les accointances douteuses de notables, homme de loi et directeur de prison avec toute la pègre londonienne. Les musiques d’un genre populaire et proche d’airs enjouées sont interprétées avec de bons musiciens et des chanteurs-comédiens aguerris. La musique ajoute plus d’intensité au récit des misères et crée une sorte de drame humain à la sempiternelle fureur et à la tristesse savoureuse. Il s’agit d’une comédie délirante, mais profondément ancré dans une contestation sociale et aussi incroyable que cela puisse paraître elle fait montre d’une dérision pénétrante et libidineuse.

Cette troupe a su en augmenter les traits, particulièrement à travers le travail sur le travestissement, qui relève du prodige tant il perce et détruit une quelconque forme de virilité. La mise en scène d’une grande simplicité permet des modulations rapides et efficaces, et l’utilisation de bancs, transposables en panneaux de bois pour créer des lieux aussi différenciés qu’un salon ou un échafaud, augmente la brutalité de l’ensemble, que les comédiens enivrent bientôt d’une acariâtre impureté, excepté les deux figures de femmes pures et aimantes trompées par le même brigand qui sont porteuses d’un registre proche de la tragédie, mais pour trop parodique.

La troupe est d’une vivacité terrifiante, et l’atmosphère inquiétante est donnée à ressentir avec une bonté et une gaieté qui contrastent avec les histoires salaces et intrigantes des personnages.
L’ensemble ne souffre aucune faiblesse et nous emporte dans son flot intrépide. Un spectacle violent et qui nous donne à penser sur notre actualité et sur notre société contemporaine. Un des rares opéras aussi sourcilleux de dénoncer les mœurs lubriques et criminels de certains hommes et la poésie inaudible des êtres châtiés qui prend ici tout son sens à travers l’expression de l’amour comme délivrance de la femme et comme promesse pour tromper l’innocente beauté. Le metteur en scène crée ici une véritable harmonie où chaque comédien joue avec grandeur son rôle et la part sombre de l’humanité qui gît en chacun de nous. La représentation est une pépite sans la moindre imperfection !

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