La Peur d’après Stefan Zweig dans une mise en scène et une adaptation d’Élodie Menant au Petit Louvre à 16h40

 

Cette représentation m’a laissé le goût amer d’une pièce pleine de longueurs et de turpitudes inutiles.

L’adaptation en elle même n’est pas si proche de la nouvelle de Zweig par rapport au drame psychologique qu’elle comporte, et aux enjeux de son contexte, qui se situe dans une société très rigoureuse envers les femmes et qui n’a de cesse de leur mettre un bâillon. Cette adaptation évince cet aspect essentiel de l’univers de Zweig et se centre sur les personnages d’une manière trop absconse. La teneur du drame est perdu par la fadeur du jeu et la perversion inique de la temporalité, les comédiens sont les jouets incongrus de cette adaptation et de cette mise en scène, ils sont en proie à un jeu répétitif et plein de fausses pudeurs, d’une vaine effronterie, et d’émotions brutes façonnées dans une immédiateté alarmante sans aucun recul et approfondissement véritable.

L’ensemble peut sembler entraînant et énergique, mais il ne révèle aucune démarche artistique véritable, et j’ai peine à dire si il s’agit véritablement de théâtre.

Le décor reste cependant intéressant, et nous fait rentrer dans l’intimité des personnages, au cœur de leur foyer, par l’entremise des chambranles qui laissent l’espace vide autour d’eux et qui nous montrent les personnages dans l’évolution de leur milieu.

Les inspirations cinématographiques propres à l’univers d’Hitchcock ne sont pas prééminentes dans cette mise en scène, en effet l’atmosphère feutrée et inquiétante de ces films n’est pas bien retranscrite. L’entreprise a quelques côtés charmants, mais le jeu est beaucoup trop personnel, il ne nous donne aucune émotion. Je suis resté séant à attendre une rupture, un cataclysme, un moment où le jeu aurait pris une nouvelle force en s’appuyant davantage sur les personnages, mais ce moment n’est pas arrivé et le jeu est resté pantelant et chevrotant. Il y a néanmoins certains moments où l’ensemble prend de l’ampleur et où les comédiens essayent véritablement de porter leur jeu et leur texte à l’universalité, de le faire entendre au public, et ce pour l’interroger indirectement sur le sens d’une vie vaine et superfétatoire.

Le jeu est en réalité, n’est pas adapté à la scène, on ressent l’étrange sensation qu’il s ‘agit d’un plateau-télé et que les comédiens jouent dans un télé-film, tant la musicalité de la parole et la beauté des corps traversés par le souffle est inexistante. Les comédiens ne sont pas foncièrement mauvais, mais ils ne sont pas très convaincants.

L’histoire est évidemment palpitante, le spectacle en revanche l’est moins. La prétendue esthétique cinématographique n’est qu’un simulacre d’art, elle est un prétexte pour ne pas faire un véritable travail sur les corps et sur la dramaturgie. Le langage ainsi profané suit un chemin hasardeux, où le spetacteur exigeant se perd et se blesse, dans les ornières visibles de la mise en scène et des personnages. Le théâtre doit cacher ses ornières, les mettre à distance et en effacer la trace. Ce travail se sert de ses propres ornières, celle générées par l’angoisse d’Irène, mais plutôt que d’en réduire la largeur, la mise en scène en augmente l’intensité et ce trou reste béant, il ne se referme pas sur Irène à la manière d’un piège ainsi que cela est suggéré par la force du texte de Zweig .

Le metteur en scène a tenté infructueusement de transmettre cette ambiance, sans pour autant parvenir à révéler toute l’ignominie de tels mensonges et de telles apparences, elle en a fait des considérations banales et purement formelles. La modernité présente dans la mise en scène est pourtant très intéressante, et part d’une excellente intention mais le contexte reste trop superflu et impropre à la théâtralité. Un spectacle néanmoins plein d’initiatives et de bonne volonté, qui demande des perfectionnements implacables sur la transposition pour une scène de théâtre.

 

 

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