Mémoires d’Hadrien dans un texte et une mise en scène de Jean Pétrement par la compagnie Bacchus au théâtre du roi René à 15h05

L’histoire est d’une très grande beauté, mais l’ensemble est beaucoup trop prompt et contient parfois des longueurs. L’adaptation n’est pas très bien réussie, si bien qu’on a parfois l’impression d’assister à une mauvaise tragédie, c’est à dire qu’elle ne nous plonge pas entièrement dans l’univers des personnages, qui nous restent froids et distants. L’inspiration de cette pièce d’après Antinoüs de Fernando Pessoa et les Mémoires d’Hadrien de Yourcenar reste une excellente source poétique, mais portée à la scène, cette source vive se tarit. Si bien que Jean Pétrement qui joue Hadrien, joue dans un sublime exacerbé, un empereur qu’il essaye d’interpréter à la manière d’un Jules César dans Shakespeare, sans pour autant y parvenir parfaitement. Les comédiens ne sont pas foncièrement mauvais, mais ils ne parviennent pas à se saisir du tragique, qui n’est pas dans l’histoire, mais en dehors de l’histoire, dans les cœurs mêmes des spectateurs, qui assistent pantelant à cette représentation.

Un spectacle intéressant néanmoins qui nous donne une idée de la teneur du roman d’origine, mais qui n’en est qu’un intrépide simulacre. La mise en scène est d’une belle facture, mais elle essaye justement de faire une dichotomie pour le moins étrange : les costumes évoquent par l’utilisation d’un costume à même le torse pour les hommes, le monde moderne et avec une robe d’inspiration grecque pour l’esclave de l’empereur, le monde antique. Le lieu qui semble être le bain de l’empereur ne s’adapte pas à cette mise en scène qui pour être éclatante, en devient stérile.

L’ensemble reste moyen et ne nous émeut guère, c’est juste une pièce où les comédiens montrent qu’ils savent bien jouer. Cette pièce est le fruit d’un travail trop hasardeux, qui fait de la douce poésie de Pessoa, un prétexte à l’exaltation, et de l’œuvre de Yourcenar, un support pour la célébration bien trop prétentieuse des valeurs de l’homme. La mort d’Hadrien marque une sorte d’apothéose que cette mise en scène ne rend que fort peu, pris dans l’expression et la marque d’un futile sublime. La tension se perd, et les enjeux de l’œuvre sont bien là, mais l’ensemble devrait durer au moins deux heures de plus, pour approfondir la recherche, et tirer davantage les germes de ce despote éclairé, dont la pensée et les convictions étaient d’une grande satiété pour son temps. Tout cela n’est malheureusement évoqué qu’avec trop de rapidité, et l’idée de mémoires n’est pas assez mise en abîme. On a l’impression qu’il s’agit d’un pure élément anecdotique alors que cela ne l’est en rien. Ces mémoires sont justement le seul témoignage pour la postérité de ce qu’il aura fait, tant la méchanceté et l’ancrage de l’esclave resteront grand, et de fait les effets de son œuvre s’amenuisent à mesure qu’il faiblit.

C’est bien cette tension que cette adaptation nous livre avec trop peu de profondeur et nous donne à voir, certes un spectacle d’une bonne qualité, mais qui voulant élever les âmes avec un trop haut degré de culture, à emporter la mienne dans un flot discontinu proche de l’ennui.

 

 

 

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