Vous Frères humains d’après François Villon dans une mise en scène de Jean-Marc Doron par la compagnie Le théâtre dans la nuit du 5 au 27 juillet, jours pairs à 17H00 au Magasin

Nous assistons à un éblouissement total au cours de cette représentation où nous restons comme aveuglés de la lugubre et terrible lumière que François Villon nous offre, à travers l’interprétation divinatoire d’Alain Leclerc, qui nous dévoile avec force et sans la moindre circonspection, l’âme et l’esprit de ce poète révolté.

 

A travers une adaptation brillante de son testament dans une langue incroyablement belle et poétique et dans une mise en scène aux accents de nature morte de la renaissance, Jean-Marc Doron nous livre avec la plus grande sagesse, un morceau de l’histoire de notre littérature. François Villon, ce poète dont on ne sait pratiquement rien, hormis ses démêlés avec la justice, et qui a connu comme tant de poètes par la suite, la torture et la prison, nous donne une vision cinglante de la société parisienne du XVéme siècle en racontant le stupre de son imperturbable barbarie.

 

Le testament est écrit alors que le poète s’approche de sa mort. C’est encore un affront fait aux autorités de son temps. Même devant dieu, il ne se repent de rien, mais bien au contraire, il dénonce les véritables abus du pouvoir arbitraire et féroce. La parole contestatrice prend vie avec lui, l’auteur de la Ballade des pendus, qui est aussi une sorte d’épitaphe, appelle à une remise en cause complète de la peine de mort à travers le récit de tous les suppliciés (dont il fait partie),qu’il nous raconte et à une réflexion plus étendue sur les valeurs morales et humaines. La mise en scène est d’une rare spiritualité, les tapisseries et la table de chêne avec quelques couverts et une coupe de pommes ne sont pas sans nous évoquer l’univers des natures mortes, et l’atmosphère particulière qui leur sont propre , à montrer la vanité de ce monde. Le comédien se sert d’ailleurs en grande partie de ses apprêts à priori d’une bonne qualité et propre à la consommation pour se faire un bain de pied dans un bassin en cuivre. Le décor évoque véritablement cet univers médiéval, ainsi que la beauté de son costume, qui forme une sorte de redingote aux motifs spécieux.

 

Le comédien fait montre d’un immense talent et nous délivre bien cette voix insolente du poète. Son interprétation est entre l’épopée d’un vulgaire malfrat aux accents campagnard et à l’insolence brutale, et la voix tragique d’un grand intellectuel de son temps indigné par l’horreur du pouvoir et l’abrutissement de l’école scolastique. Même si la justice l’a épargné d’une mort certaine, c’est à Dieu qu’il demande l’absolution et réparation des maux endurés, ce sont ces bourreaux contre qui il invective sa damnation éternelle. Cette pièce apparemment jouée depuis plusieurs années à Avignon, est désormais et sans aucun doute une pièce incontournable, un chef d’œuvre d’interprétation et d’écriture, un travail immense sur la poésie et l’âme d’un des poètes fondateur de la littérature moderne.

 

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s