Quand j’étais Charles écrit et mis en scène de Fabrice Melquiot avec Vincent Garanger du 5 au 27 Juillet au théâtre GiraSole à 17H10

On ne présente plus ce grand auteur, qui nous montre une fois de plus la matière singulière de son talent. L’écriture est lucide et crée une véritable émotion face à laquelle le spectateur est confrontée, celle de la perte d’un être aimé. Dans une Bourgogne enracinée dans la ruralité, et que je connais bien puisqu’elle est ma terre altière, Melquiot nous raconte l’histoire d’un homme, qui est celle de tant d’autres, l’histoire d’une séparation douloureuse…

Le comédien seul en scène est d’une impressionnante impériosité et scande d’une voix modulée et sincère, les émotions intrinsèque à sa situation individuelle. Il nous raconte son histoire, interprétant les personnages sans artifices, avec une éclatante perfection. Il plonge sa tête dans un aquarium, trop petit pour qu’il puise se noyer véritablement, et entretient une correspondance avec Charles Aznavour pour épancher sa solitude. C’est le grand Charles qui le sauve. Une chanson peut sauver, elle peut vous faire oublier le temps et vous donner des directions à suivre, elle est une source inépuisable de sagesse, surtout celles du Grand Charles, que Charles révère particulièrement et interprète dans des karaokés, comme pour partager ces chants d’espoir.

Ce texte nous décrit avec entrain la grande sagacité et beauté des êtres touchés par la grâce de la musique de variétés, par cette culture populaire, loin de l’horizon intellectuel parfois détestable de la capitale. Melquiot nous montre nos parents, loin des préoccupations urbaines et de réussite sociale, loin d’une jeunesse qui ne sait plus chanter l’amour comme le grand Charles jadis le chantait. Ce récit n’est pas seulement une expression atypique avec un pathos cru, c’est le dévoilement de l’intériorité d’un homme qui ne comprend plus rien à ce qui lui arrive, mais qui essaye et continue encore d’en jouir.

La mise en scène est agencé avec puissance et crée de véritables tensions. Les masques posés sur des trépieds et utilisés par le comédien lorsqu’il interprète les personnages avec une voix off en filigrane, participent d’une ambiance terrifiante. Les flashs lumineux et les lumières très prononcées et avec une grande intensité donnent à l’ensemble, une gravité, celle d’un rêve détruit, d’une ambition qui se déchaîne mais qui n’aboutit à rien. Les chanson, même si elles traversent l’histoire, n’est pas prééminente et rajoutent de la douceur à l’ensemble sans pourtant être véritablement chantées et interprétées. L’ensemble est inventif et nous fait même rire, d’une manière assez étouffée ou dans une hilarité qu’on ne contrôle plus.

Mais derrière l’ensemble des dérisions tant dans la scénographie que dans le texte, une entière verve tragique émerge de cet obscur plateau et nous plonge dans la même solitude que le personnage. C’est cette solitude essentielle à la création de l’œuvre théâtrale, qui s’exprime dans la personnalité même du personnage. Il nous semble en effet que le comédien crée l’histoire avec le public, il s’agit presque de confidences de moments heureux ou bien même de souvenirs douloureux que l’on partage sans la moindre contradiction avec ce personnage qui nous émeut et nous donne matière à penser.

Cette représentation est d’une excellente ardeur, et l’ubiquité du personnage fait que le comédien doit travailler en conséquence son jeu, le travail est ici tel qu’il ne nous permet pas d’avoir de déception et produit un émerveillement sourcilleux.

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